Ménélik II
ዳግማዊ ምኒልክ
Roi des Rois d'Éthiopie
Ménélik II en costume impérial

Règne
4 novembre 1889 - 12 décembre 1913
Sacre 4 novembre 1889
( Entoto Mariam )
Dynastie Dynastie Salomonide
Titre complet Roi des Rois d'Éthiopie, Lion conquérant de la Tribu de Judah, élu de Dieu
Prédécesseur Yohannès IV
Successeur Iyasou V

Biographie
Nom de naissance Sahle Maryam
Naissance 17 août 1844
Ankober , Éthiopie
Décès 12 décembre 1913
Addis Abeba ,
Éthiopie
Père Négus Hailé Malakot
Consort(s) Taytu Betul
Descendance Zaoditou I
Shoaregga
Wossen Seged

Empereur d'Éthiopie

Cet article fait partie de la série:
Histoire de l'Éthiopie

Histoire ancienne
Pays de Pount ( -3000 / -1000 )
D'mt ( -800 / -700 )
Axoum ( -100 / X e  siècle )
Liste des rois de D'mt
Liste des rois d'Axoum
Royaume d'Ethiopie
Liste des rois d'Éthiopie
Dynasties :
Dynastie Zagwe
Dynastie salomonide
Histoire médiévale
Période gondarienne
Période des Masâfént
Interaction avec les puissances coloniales
Théodoros II ( 1855 / 1868 )
Yohannès IV ( 1872 / 1889 )
Ménélik II ( 1889 / 1913 )
Bataille d'Adoua ( 1896 )
XX e  siècle
Hailé Sélassié ( 1930 / 1974 )
Seconde guerre italo-éthiopienne ( 1935 / 1941 )
Résistance éthiopienne
Campagne d'Afrique de l'Est ( 1941 )
Révolution éthiopienne ( 1974 )
Derg ( 1974 / 1991 )
Autres
Liste des dirigeants d'Éthiopie
Chronologie de l'Éthiopie
Ménélik II
Sceau de Ménélik II

Ménélik II d'Éthiopie ( Ge'ez : ዳግማዊ ምኒልክ, dägmawi Menilek en amharique ) ( 17   août   1844 - 12   décembre   1913 ) fut Négus du Choa et Roi des Rois d'Éthiopie.

Sommaire

Ascension vers le trône impérial

Fils du négus Hailé Malakot du Choa (1847 - 1855), le prince Sahle Maryam est né le 17 août 1844 à Ankober , dans le Choa, et fut désigné comme héritier de la branche choanne de la dynastie salomonide , descendant directement du Roi Salomon et de la Reine de Saba . À la mort de son père en 1855 , il fut, juste après sa désignation comme nouveau Négus du Choa, emprisonné par l'Empereur Téwodros II . Retenu captif dans la forteresse de Maqdala , le jeune Sahle Maryam fut bien traité, au point même d'épouser une fille de l'Empereur, Alitash. Cependant, il parvint à s'échapper en 1865 et à retourner dans le Choa pour récupérer la couronne qui lui revenait de droit. Après le suicide de Téwodros II, en 1868 , qui fit suite à sa défaite face aux Britanniques venus assiéger la citadelle de Maqdala, Sahle Maryam poursuivit son combat contre les différents prétendants au trône impérial.

Confrontation avec Yohannes IV

Au début de l'année 1865 , après s'être échappé de la forteresse, Sahle Maryam retourne dans la Choa, récupère la couronne et s'autoproclame Neguse negest (Roi des Rois, titre donné à l'Empereur d'Éthiopie), même si son contrôle se limitait à sa province natale. Ce titre n'avait donc aucune valeur, c'était plutôt un moyen d'affirmer ses aspirations plutôt que d'affirmer une situation réelle [ 1 ] . Toutefois, ce ne fut que vers la fin de l'année 1877 que Yohannes IV prêtera attention à Ménélik, l'Empereur avait déjà à faire à d'autres seigneurs ambitieux. Ménélik se préparait à affronter Yohannes IV dont les troupes disposaient d'armes à feu fournies par les Britanniques, un avantage considérable sur ses adversaires, à cela il faut ajouter l'expérience acquise lors des batailles. Au printemps 1878 , Yohannes IV, dont les troupes sont équipées d'armes fournies par les Britanniques, marche sur le Choa, Ménélik constatant la supériorité des forces ennemies, il renonce au titre de Roi des Rois et reconnaît la souveraineté de Yohannes IV, celui-ci devient l'Empereur unique de toute l'Éthiopie. Un traité est signé à Fitché le 20 mars 1878, il confère une légitimité à Ménélik sur les territoires au sud du Choa mais également sur le Wello, en échange Ménélik accepte de mettre fin à ses volontés d'occuper le trône impériale.

En 1883, Negus Sahlé Maryam épousa Taytu Betul, de noble lignée et descendante des familles régnantes du Semien, du Godjam et du Bagemder. Son oncle, le Dejazmatch Wube Haylé Maryam avait été le souverain du Tigray et de la majeure partie du nord de l'Éthiopie. Mariée pour la quatrième fois, elle savait user de son influence auprès de son époux, mais ne donna point descendance à Ménélik. Cependant, ce dernier avait eu deux filles de mariages précédents: Zaoditou I (Reine des Rois de 1917 à 1930) et Shoaregga, qui épousa le Ras Mikaél du Wollo, union dont devait naître le prince Yassou. Un fils, le prince Wossen Seged décéda durant l'enfance. En 1886, Ménélik maria sa fille Zaoditou au fils de l'empereur, le ras Araya Sellassie mais il décèdera, en mai 1888, sans qu'il ait donné d'enfant à Zaoditou.

Début d'extension territoriale

Trois objectifs occupent la pensée de Ménélik, tous trois liés entre eux. Il s'agissait d'étendre le domaine de la couronne, de défendre ce nouveau domaine face au colonialisme et d'améliorer les structures de l'Empire en le menant vers la modernisation. Le premier objectif est l'extension du domaine de la couronne (et plus tard de son Empire), plusieurs régions vont alors être intégrer. Les campagnes concernent principalement le sud, le sud-ouest et le sud-est. Cette volonté d'expansion peut s'expliquer par divers facteurs. Tout d'abord, la conquête de nouveaux territoires est synonyme de nouveaux prélèvements fiscaux et nouvelles opportunités commerciales. Le Choa voulait contrôler le sud qui possède de nombreuses ressources naturelles et les routes qui mènent vers les marchés portuaires de Zeilah , Obock et Tadjourah [ 2 ] . Autre facteur essentiel: la montée de la menace coloniale européenne. Ménélik se lance à la conquête de territoires visés par les puissances étrangères permettant ainsi de constituer un glacis de protection tout autour du haut plateau. Ménélik sera alors accusé par ses détracteurs de colonialisme à rebours [ 3 ] .

Commence alors une première période de conquêtes en 1879 qui se terminera en 1884 . Les conquêtes vers les territoires oromos à l'ouest s'effectuent sous le commandement du Ras Gobena Datchi. Les frontières sont repoussées à l'ouest jusqu'à la rivière Gibe. Vers le sud, les conquêtes se déroulent sur deux axes :
- le premier, le long de la vallée du Rift : les territoires habités par les Hadiya, les Kambata et les Silté, l'armée ira plus loin dans le sud dans le Wolaita ;
- le second axe: en direction de l'Arsi et du plateau du Balé: la conquête commencera vers 1882 et ne s'achèvera que vers 1890 . Les troupes devront faire face à la résistance des Arsi. Enfin, les derniers territoires conquis seront le plateau du Harar, occupé à partir de 1887 et l'Ogaden, plus tard en 1891. En même temps, l'administration impériale s'installe progressivement dans les terres somalis. En 1881 , le Ras Gobena force le Kaffa à payer un tribut; Jimma, Limmu, Gera et Guma deviennent des États tributaires. En 1882 , les premières expéditions à Aroussi sont lancées.
Ménélik souhaite importer des armes et aimerait contrôler un accès à la mer par Zeila. Après la bataille d'Embabo le 6 [ 4 ] - 7 juin [ 5 ] juin 1882 qui a vu la défaite et le renvoi des terres oromos du Negus Tekle Haimanot du Gojam, Ménélik contrôle le sud-ouest et les marchands étrangers, principalement français, traversent le territoire Afar et ouvrent une nouvelle route caravanière utilisée pour importer des armes par Obock et Tadjourah [ 6 ] . En 1883 , Ménélik surmontent l'obstacle des résistances, surtout celles des Arsi. En 1886 , Ménélik déplace sa capitale vers Addis Abeba nouvellement fondée; les conquêtes se poursuivent : le Ras Gobena occupe le Wollega et le Ras Darge Sahle Selassié achève la conquête d'Aroussi. La même année, les Britanniques pressent les français de limiter les licences de transport d'armes mais le Choa avait achevée l'intégration du royaume. En 1887 , l'émir Abdullahi de Harar est battu et l'Illubabor est annexé. Loin d'être achevée, l'extension territoriale se poursuivra après le couronnement de Ménélik II.

Le 10 mai 1889 , l'empereur Yohannès IV meurt suite à la bataille de Gallabat (Matemma) contre les derviches. La voie à la succession s'ouvre. Restaient en lice le Ras Mangasha, fils naturel de l'Empereur Yohannès, et Sahlé Maryam du Choa.

Ménélik II, Roi des Rois d'Éthiopie

Le 4 novembre 1889 , la grande majorité de la noblesse éthiopienne soutenant Sahlé Maryam, il est couronné Roi des Rois d'Éthiopie sous le nom de Ménélik II avec les titres de Roi des Rois d'Éthiopie, Lion Conquérant de la Tribu de Juda, Élu de Dieu. Il dut faire face à une querelle ancienne, mettant aux prises les branches du Choa et de Gondar quant à la légitimité du pouvoir. Ménélik s'appuya sur le fait que sa propre branche descendait de Salomon par la lignée masculine, alors que la branche de Gondar, celle de Yohannès IV, en descendait par la lignée féminine. Les deux branches avaient ainsi autant de droits à régner l'une que l'autre, bien que la lignée gondarienne eut été plus ancienne.

Poursuite de l'extension territoriale

Le règne de Ménélik marque le début d'une deuxième période de conquêtes territoriales qui va de 1889 à 1896 . Deux éléments vont jouer sur cette phase: la grande famine , que l'on appellera Kifou Qen ("époque terrible") [ 7 ] et le problème des prêts.
Le début de l'année 1887 est marqué par un évènement majeur: une famine, causée par l'épidémie de peste bovine de 1885 , ravage le nord du pays jusqu'en 1892, alors qu'en 1889, l'annexion du pays Gouragué est achevée; le Konta et le Kulo sont conquis par le Ras Wolde Giyorgis. Chassés par la famine, les survivants vont alors émigrer vers le sud dans les territoires récemment intégrés au Choa. Parmi les émigrants, de nombreux soldats tigréens et gondariens, ceux-ci rejoindront l'armée de Ménélik. En même temps, l' Italie demande la paiement d'une dette de 4 millions de lires contractée en 1890 [ 8 ] . Pour résoudre la crise, Ménélik décide de repousser les limites du sud: le Balé, le Sidamo (sans le Borana), l'Ogaden seront occupés à partir de 1891 puis intégrés à l'empire, tout comme le Welayta. En 1893 , l'intégration du Kambata, occupé depuis 1890, est achevée. L'Empereur participera personnellement aux campagnes en 1894 , alors que certains Ras vont achever l'intégration des nouveaux territoires : le Ras Gobana Datchi dans le sud-ouest, le Ras Mekonnen Walda Mikael au Harar et dans l'Ogaden, le Ras Darge Sahle Selassié à Arroussi et le Ras Wolde Giyorgis Abboyé au Kaffa, ce dernier ayant également conquis le Gofa. La même année, le Wollamo est également conquis.
Mais l'instant d'une bataille historique, les campagnes militaires d'extension seront interrompues.

Bataille d'Adoua

Icône de détail Article détaillé : Bataille d'Adoua .

Le 1er mars 1896, faisant face à la pression des puissances coloniales environnantes, Ménélik II mit en déroute l'armée italienne à Adoua, aidé, entre autres, par le Ras Makonnen, un de ses cousins et généraux.

Dernière phase d'extension

Suite à la victoire d'Adoua, Ménélik concrétisera ses objectifs qui apparaissent plus essentiels, poursuivre l'extension territorial, c'est le commencement d'une troisième et dernière période de 1896 à 1900 . L'Empereur Ménélik II souhaitant créer un glacis de protection face au colonialisme, il poursuit la conquête de nouveaux territoires. En 1896-1897, des expéditions sont lancées dans le Borana (à côté du Sidamo), alors que la Fitawrari Habte Giyorgis après avoir fait construire un fort à Mega contrôle le pays Konso. Le Kaffa refusait de payer le tribut et sera entièrement conquis. En 1898 , le Beni Shangul et la frontière avec le Soudan sont contrôlés, le Ras Wolde Giyorgis soumet le Goldea et le Maji, il atteint le Lac Rudolf (aujourd'hui Lac Turkana ). Enfin, toujours la meme année, le Ras Tassama intégrera le Massonge et le Gimirra. Plus tard, en 1899, des expéditions sont lancées par le Dejazmach Leontieff, un russe, le long de la frontière sud du lac Rudolf. Les conquêtes militaires qui auront duré environ vingt ans s'achèvent enfin.

Une intégration difficile mais couronnée de succès

Globalement, l'intégration des nouveaux territoires fut réussie, sauf pour les gabar , c'est-à-dire les paysans, écrasés par les impôts qui couvraient les dépenses de la cour impériale, du clergé , de l'armée et des propriétaires terriens [ 9 ] . Les conquêtes n'excluaient pas les soumissions volontaires, en contrepartie les clans dominants locaux gardaient un certain pouvoir. Lorsqu'un territoire était occupé, des naftagna , c'est-à-dire des fusiliers assurant la défense de la zone occupée, s'y installaient. Parmi les territoires ayant été intégré volontairement, on peut citer la ville de Harar , le royaume de Djimma ainsi que certains zones du Wellega. Les naftagna se mêlaient de la gestion du pays et les chefs traditionnels voyaient leur influence diminuer, la population devant allégeance au deux. Toutefois, cela permettait une stabilité, les impôts seront uniformisés et la justice deviendra plus formelle : on appellera cela la pax aethiopica [ 10 ] .

Néanmoins, certains territoires n'ont pas accepté la soumission volontaire, parmi eux: le Walaita, le Kaffa et le Guimira. Dans ce cas, les chefs traditionnels perdaient tout privilège, leurs terres et parfois leur liberté. Mais l'idéal unitaire était l'objectif, ces territoires seront donc intégrés avec une violence militaire plus importante entraînant de nombreux morts et la destruction de certaines cultures. En outre, il y avait dans la conquête et la soumission des autres peuples, un aspect ethnique car les conquérants étaient en majorité amhara , bien qu'il y avait également des Oromos et des Gouragués , tous parlaient l' amharique et étaient des chrétiens orthodoxes . Les populations conquises étaient donc assimilées à des Amharas. Les conquêtes ont marqué les mémoires des peuples conquis, 90% de la population oromo fut amenée sous administration impériale (les 10% restant se trouvant dans l'actuel Kenya) [ 11 ] faisant des Oromos le peuple le plus important, démographiquement parlant, de l'empire. L'élite oromo ne comprenait pas sous quels prétextes elle devait se plier à l'administration d'autres peuples, tout comme les Somalis avaient du mal à s'identifier à la nouvelle administration. Par ailleurs, le XX e siècle connaissait la diffusion de concepts occidentaux dont l'égalité des peuples ce qui compliquait les conquêtes et l'intégration.

Suite à toutes ces conquêtes, Ménélik II avait changé en profondeur la structure politico-sociale d'un Empire sur lequel il régnait, Empire trois fois plus vaste que le domaine de la couronne du Choa vers 1880 soit un million de kilomètres carrés, des hauts plateaux jusqu'aux basses terres les plus chaudes. L'administration, essentiellement militaire, de l'Empire était fondée en grande partie sur les katama , des villes garnisons qui donneront naissance à des futures villes d'importance régionale telles que Yirgalem dans le Sidamo ou Goba dans le Balé. Elles sont toutes situées à plus de 1 000 m d'altitude, les naftagna provenant des hauts plateaux, ils redoutaient les pestilences (surtout la malaria) et le climat des basses terres.

L'Éthiopie avait réussi l'exploit de créer un vaste Empire au moment précis où les puissances européennes se partageaient l'Afrique.
Le succès de Ménélik II peut s'expliquer par divers facteurs. Il avait intégré dès le début, des Oromos du Choa et des Gouragués dans son administration et dans les hauts postes de l'armée, ainsi, il recrutera une armée beaucoup plus importante que s'il s'était limité à recruter des Amharas. Par ailleurs, suite aux décès de Tewodros II et de Tekle Giyorgis II, de nombreux soldats étaient désœuvrés. Ils rejoindront avec d'anciens mercenaires, les troupes de Ménélik II qui devinrent ainsi supérieures en nombre aux troupes ennemies. Alors que Yohannes IV était encore Roi des Rois, la cour du Choa devenait un centre d'influence majeur éthiopien, aussi bien au niveau national qu'international. Des diplomates, des marchands, des aventuriers, beaucoup d'étrangers se rendaient à la cour d'Entoto. Parmi ces étrangers, des marchands qui échangeaient leurs armes contre des produits naturels. La France et l'Italie, entre autres, feront ainsi entrer de nombreuses armes modernes dans le royaume du Choa, permettant aux troupes de Ménélik de disposer d'une supériorité technique. Il faut également mentionner la personnalité de Ménélik, homme charismatique, doté d'un génie diplomatique et d'un excellent sens de l'organisation militaire. Il participera et se rendra lui-même sur les champs de batailles, tout en confiant à des hommes talentueux des postes importants.

Modernisation de l'Empire et mort de l'Empereur

Ménélik II était conscient de l'importance de la victoire d'Adoua et des conquêtes territoriales. Cependant, il savait également que la puissance militaire seule ne pourrait défendre son Empire. Sans véritable plan global établi par l'Empereur, l'Éthiopie connaît alors une phase de modernisation dans différents domaines. L'Empereur était très ouvert aux nouvelles techniques et s'entourait de conseillers européens sans pour autant remettre en cause les traditions éthiopiennes. La modernisation ne fut pas accueillie positivement par tous, certains étaient assez réservés voir réticents, parmi eux, l'Impératrice Taitu et d'autres membres de l'aristocratie. Le Ras Makonnen qui s'était rendu en Europe en 1896 et en 1902 était plus ouvert à cette modernisation.

Au niveau des transports et des communications, des routes: d'Addis Abeba à Addis Alem , construite en 1902 ainsi qu'une route de Dire Dawa à Harar; des ponts sont construits. Les vélos font leur apparition et les automobiles sont introduites à Addis Abeba: en décembre 1907 par Bentley et C. Halle, en janvier 1908 par A. Holtz [ 12 ] bien que le symbole reste le chemin de fer franco-éthiopien (aujourd'hui djibouto-éthiopien) dont la construction commence en 1897 et se termine en 1917 , reliant Djibouti à Addis Abeba. Un système postal est créé en 1893 [ 13 ] et des bureaux de postes sont ouverts l'année suivante. Le bureau central tenu par des agents français, arrivés en 1906, développera le service urbain. Deux ans plus tard, l'Éthiopie va adhérer à l' Union Postale Universelle [ 14 ] .
Dans le domaine de la santé et de l'éducation, les premières écoles publiques sont créées: la première école publique ouvrira ses portes en 1906 [ 15 ] , l'école Ménélik II à Addis Abeba en 1908 puis une autre à Harar. Les premiers étudiants sont envoyés à l'étranger en 1894, certains iront en Russie. Une campagne de vaccination contre la variole est lancée en 1898. Divers hôpitaux ouvrent leurs portes: un hôpital de la Croix Rouge Russe (1897, cessera de fonctionner en 1907), l'hôpital Ras Makonnen à Harar (1902) et l'Hôpital Ménélik II (1910).
Le secteur économique est également modernisé. En 1892, le système d'imposition est réorganisé [ 16 ] . Le système monétaire est réformé. L'ancien étant basé sur le thaler Marie-Thérèse d'Autriche, le nouveau est basé sur le thaler de Ménélik, frappé à Paris, apparaît en 1894, puis à partir de 1897, il est frappé à Addis Abeba, l'ingénieur autrichien Willy Henze y avait installé une fabrique en 1896. Le premier système continuera d'exister puisqu'il était utilisé dans les colonies voisines. Toutefois, les monnaies divisionnaires de Ménélik circulent en Ethiopie. En 1903, un institut d'émission produisant la monnaie est créé. En mars 1905, la Bank of Abyssinia est créée, elle était appelée « yé ingliz bank » [ 17 ] (Banque anglaise) car les capitaux anglais y opéraient par l'entremise de l' Égypte . La banque contrôlait le système financier de l'Éthiopie. A partir de 1914-1915, les premiers billets de banques sont imprimés.
La justice est restructurée, suite à une réforme de 1908, le pays est divisé en six districts qui gardaient tous un contact avec le Choa, chacun des districts comprenant deux wambar (juges) nommés par l'Empereur [ 18 ] . Si les deux juges ne pouvaient trouver un accord, l'affaire était portée devant l' Afa negus , un juge suprême. Enfin, la réforme prévoyait la nomination de deux fonctionnaire par tribunal, ils devaient écrire et garder les minutes des actes de procédure: le greffe fut introduit. Enfin, au niveau politique, un Cabinet des Ministres est créé en 1907, dont le premier président fut Fitawrari Habte Giyorgis . Initialement symbolique, l'institution est confronté à un certain enracinement régional de la royauté, on considérait la cour d'Addis Abeba comme la cour du Choa [ 19 ] . Progressivement, le Cabinet acquerra une vie propre.
Plus généralement, d'autres éléments participent à cette période de modernisation. Une presse écrite est fondée en 1911 [ 20 ] ; des hôtels et des restaurants apparaissent dans la capitale. La modernisation impactera particulièrement Addis Abeba, qui devient une ville cosmopolite: des commerçants, des marchands, des manufacturiers et des aventuriers viennent de toute part : Arméniens, Yéménites, Grecs, Indiens, Français, etc. Cette immigration influencera la langue et des néologismes apparaissent: "biro" et "choufère" proviennent des mots français "bureaux" et "chauffeur"; "kot" vient de l'anglais: "coat" (veste).

Malade dès 1909 , il ne put correctement organiser sa succession qui tourna, après 1913, à l'affrontement entre factions politiques puis entre deux jeunes nobles tous deux de sang royal : Lij Yassou , son petit-fils, et Dejazmach Tafari Makonnen , un petit-neveu, fils du Ras Makonnen. Ainsi, son décès ne fut annoncé que plusieurs semaines après sa mort, en décembre 1913.

Il repose dans un mausolée à Addis Abeba.

Le mausolée où reposent Menelik II, sa femme et sa fille

Références

  1. L'Éthiopie contemporaine , sous la direction de Gérard Prunier, édition Karthala, 2007, page 96
  2. Histoire de l'Éthiopie d'Axoum à la révolution , Berhanou Abebe, Edition Maisonneuve & Larose, 1998, page 124
  3. Histoire de l'Éthiopie d'Axoum à la révolution , Berhanou Abebe, Edition Maisonneuve & Larose, 1998, page 124
  4. Histoire de l'Éthiopie d'Axoum à la révolution , Berhanou Abebe, Edition Maisonneuve & Larose, 1998, page 125
  5. Ethiopia, A short illustrated history , Ministry of Education and Fine Arts, Berhanena Selam Haile Selassie I printing press, Addis Abeba, 1969, page 131
  6. Histoire de l'Éthiopie d'Axoum à la révolution , Berhanou Abebe, Edition Maisonneuve & Larose, 1998, page 125
  7. L'Éthiopie contemporaine , sous la direction de Gérard Prunier, édition Karthala, 2007, page 103
  8. Histoire de l'Éthiopie d'Axoum à la révolution , Berhanou Abebe, Edition Maisonneuve & Larose, 1998, page 126
  9. Histoire de l'Éthiopie d'Axoum à la révolution , Berhanou Abebe, Edition Maisonneuve & Larose, 1998, page 128
  10. Histoire de l'Éthiopie d'Axoum à la révolution , Berhanou Abebe, Edition Maisonneuve & Larose, 1998, page 127
  11. L'Éthiopie contemporaine , sous la direction de Gérard Prunier, édition Karthala, 2007, page 96
  12. Histoire de l'Éthiopie d'Axoum à la révolution , Berhanou Abebe, Edition Maisonneuve & Larose, 1998, page 139
  13. Histoire de l'Éthiopie d'Axoum à la révolution , Berhanou Abebe, Edition Maisonneuve & Larose, 1998, page 138
  14. Histoire de l'Éthiopie d'Axoum à la révolution , Berhanou Abebe, Edition Maisonneuve & Larose, 1998, page 139
  15. L'Éthiopie contemporaine , sous la direction de Gérard Prunier, édition Karthala, 2007, page 106
  16. Ethiopia, A short illustrated history , Ministry of Education and Fine Arts, Berhanena Selam Haile Selassie I printing press, Addis Abeba, 1969, page 128
  17. Histoire de l'Éthiopie d'Axoum à la révolution , Berhanou Abebe, Edition Maisonneuve & Larose, 1998, page 138
  18. Histoire de l'Éthiopie d'Axoum à la révolution , Berhanou Abebe, Edition Maisonneuve & Larose, 1998, page 136
  19. L'Éthiopie contemporaine , sous la direction de Gérard Prunier, édition Karthala, 2007, page 107
  20. Ethiopia, A short illustrated history , Ministry of Education and Fine Arts, Berhanena Selam Haile Selassie I printing press, Addis Abeba, 1969, page 128

Bibliographie

  • Guebrè-Heywèt Baykedagne, L'empereur Ménélik et l'Éthiopie (trad. Beletou Kebede et Jacques Bureau), Maison des études éthiopiennes, Addis Abeba ; Institut national des langues et civilisations orientales, Paris, 1993, 55 p. (reproduction de l'édition amharique de 1912, suivie de la traduction française)
  • Étienne Mérab, Impressions d'Éthiopie : l'Abyssinie sous Ménélik II , H. Libert, 1929
  • Henry de Monfreid , Ménélik tel qu'il fut , B. Grasset, Paris, 1954, 255 p.
  • Guèbrè Sellassié, Tèsfa Sellassié et Maurice de Coppet, Chronique du règne de Ménélik II : roi des rois d'Éthiopie , Maisonneuve frères, 1930, 796 p.
Précédé par Ménélik II d'Éthiopie Suivi par
Yohannès IV
( 1871 - 1889 )
Négus d'Éthiopie
Ménélik II
( 1889 - 1913 )
Iyasou V
( 1913 - 1916 )
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