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Louis XIV
Illustration.
Portrait de Louis XIV en costume de sacre par Hyacinthe Rigaud en 1701 .
Titre
Roi de France et de Navarre

( 72 ans, 3 mois et 18 jours )
Couronnement en la cathédrale de Reims
Régent Anne d'Autriche (1643-1651)
Premier ministre Jules Mazarin (1643-1661)
Jean-Baptiste Colbert (1662-1683)
Prédécesseur Louis XIII
Successeur Louis XV
Dauphin de France

( 4 ans, 8 mois et 9 jours )
Prédécesseur Louis de France
Successeur Louis de France
Biographie
Dynastie Maison de Bourbon
Nom de naissance Louis de Bourbon [ 1 ]
Date de naissance
Lieu de naissance Château de Saint-Germain-en-Laye
Royaume de France   Royaume de France
Date de décès (à 76 ans)
Lieu de décès Château de Versailles
Royaume de France   Royaume de France
Nature du décès Gangrène
Sépulture Basilique de Saint-Denis
Père Louis XIII
Mère Anne d'Autriche
Fratrie Philippe d'Orléans
Conjoint Marie-Thérèse d'Autriche
(1659-1683)
Françoise d'Aubigné
(1683-1715)
Enfants Louis de France
Anne-Élisabeth de France
Marie-Anne de France
Marie-Thérèse de France
Philippe-Charles de France
Louis-François de France
Héritier Philippe de France (1643-1661)
Louis de France (1661-1711)
Louis de France (1711-1712)
Louis de France (1712-1712)
Louis de France (1712-1715) Red crown.png
Religion Catholique
Résidence Palais du Louvre
Château de Saint-Germain
Château de Versailles
Grand Trianon
Château de Marly

Signature de Louis XIV

Louis XIV
Rois de France

Louis XIV , dit « le Grand » et « le Roi-Soleil », né le au château Neuf de Saint-Germain-en-Laye et mort le à Versailles , est un roi de France et de Navarre . Il règne sur le royaume de France et de Navarre du (officiellement le ) à sa mort en 1715. Né Louis, surnommé « Dieudonné » [ 2 ] , il monte sur le trône de France au décès de son père Louis XIII , quelques mois avant son cinquième anniversaire. Il est le 64 e roi de France , le 44 e roi de Navarre et le troisième roi de France issu de la dynastie des Bourbons . Son règne de 72 ans est l'un des plus longs de l'histoire d'Europe , et le plus long de l'Histoire de France.

S'il n'aime guère que Colbert fasse référence à Richelieu, néanmoins il s'inscrit dans son projet de construction séculaire d'un absolutisme de droit divin . Usuellement son règne est divisé en trois parties. La période de sa minorité troublée par la Fronde de 1648 à 1653 , où sa mère et le cardinal Mazarin gouvernent. La période allant de la mort de Mazarin en 1661 au début des années 1680 où le roi gouverne en arbitrant entre les grands ministres, la période allant du début des années 1680 à sa mort, où le roi gouverne de plus en plus personnellement notamment aprés la mort de Colbert en 1683 puis de Louvois en 1691 . Cette période est aussi marquée par un retour du roi à la religion sous l'influence notamment de sa nouvelle femme Madame de Maintenon . Son règne marque la fin des grandes révoltes nobiliaires, parlementaires, protestantes et paysannes qui avaient marqué les décennies précédentes. Le monarque impose l'obéissance à tous les ordres et contrôle les courants d'opinion (y compris littéraires ou religieux) de façon plus prudente que Richelieu.

D'un point de vue religieux, le 17 e  siècle siècle est complexe et ne se limite pas à l'opposition entre catholiques et protestants. Parmi les catholiques, il existe sur la question de la grâce une forte opposition entre les jésuites qui donnent au roi son confesseur, et les jansénistes . De manière un peu schématique les premiers pensent à la suite de Pélage que l'homme peut faire seul ou presque son salut tandis que les seconds plus augustiniens insistent sur le rôle de la prédestination et de Dieu. De son côté l' École française de spiritualité , influente parmi les dévôts, défend un augustinisme plus tempéré. Louis XIV aura à arbitrer entre ses courants de pensée religieuse en tenant compte non seulement de ce qu'il pense mais également par de considérations politiques. Louis XIV se méfie du caractére anti-absolutiste du jansénisme qu'il fera condamner. Concernant les protestants, il révoquera l' édit de Nantes en 1685 ce qui sera généralement bien accueilli en France, plus mal en Europe. Mais la question religieuse est aussi marquée par des relations avec les papes en général assez houleuses notamment sur la question du l'indépendance politique du clergé français face au pape, par l'imprégnation du gallicanisme par le jansénisme et par la question du quiétisme de Fénelon .

La France est alors le pays le plus peuplé d'Europe ce qui lui confère une certaine puissance d'autant que jusque dans les années 1670, l'économie se porte bien grâce notamment à un certain dynamisme économique des français et à des finances publiques en ordre. Par la diplomatie et la guerre, Louis XIV affirme sa puissance en Europe , en particulier contre les Habsbourg . Sa politique du «  pré carré  » cherche à agrandir et rationaliser les frontières du pays, protégée par la «  ceinture de fer  » de Vauban qui fortifie les villes conquises. Cette politique lui permet de donner à la France des frontières approchant celles d'aujourd'hui avec l'annexion du Roussillon, de la Franche-comté, de Lille, de l'Alsace et de Strasbourg. Toutefois les guerres pèsent sur les finances publiques et l'utilisation par Louis XIV de sa puissance lui valent une méfiance des autres pays européens qui s'allient souvent à la fin de son règne pour contrer la France. C'est aussi le moment où aprés la Glorious Revolution , l'Angleterre commence à affirmer sa puissance notamment maritime et économique sous le règne d'un adversaire déterminé de Louis XIV Guillaume d'Orange .

À partir de 1682 , Louis XIV dirige son royaume depuis le vaste château de Versailles , modèle architectural de nombreux palais européens et dont il a dirigé la construction. Sa cour soumet la noblesse , étroitement surveillée, à une étiquette très élaborée. Le prestige culturel s'y affirme grâce au mécénat royal en faveur d'artistes tels que Molière , Racine , Boileau , Lully , Le Brun et Le Nôtre , ce qui favorise l'apogée du classicisme français, qualifié, dès son vivant, de « Grand Siècle », voire de « Siècle Louis XIV  ».

Sa difficile fin de règne est marquée par l'exode des protestants persécutés , par des revers militaires, par les deux famines de 1693 et de 1709 qui font près de deux millions de morts, par la révolte des Camisards et par les nombreux décès de ses héritiers royaux. Tous ses enfants et petits-enfants dynastes sont morts, et son successeur, son arrière-petit-fils Louis XV , n'a que cinq ans à la mort du roi, et pourtant, même après la régence assez libérale de Philippe d'Orléans , l'absolutisme perdure, attestant ainsi de la solidité du régime construit par Louis XIV .


Sommaire

Biographie

La jeunesse de l'Enfant-Roi

Louis-Dieudonné

Anne d'Autriche et le futur roi Louis XIV qui porte une plume au béguin assortis à sa robe et son tablier richement ornés de broderies et de dentelles.

Fils de Louis XIII et d' Anne d'Autriche , Louis est le fruit d'unions dynastiques : ses parents sont des deux familles les plus puissantes d'Europe ( Bourbon et Habsbourg ), ses grands-parents paternels Henri IV et Marie de Médicis , étaient respectivement Franco-Navarran et Florentine ; ses grands-parents maternels, Philippe III et Marguerite d'Autriche-Styrie étaient espagnol et autrichienne, tous deux Habsbourg , proches parents l'un de l'autre [ 3 ] .

Acte de naissance 1638

Au traditionnel titre de Dauphin de Viennois est ajouté à sa naissance celui de Premier fils de France . L'enfant est aussi prénommé Louis- Dieudonné , car, après presque vingt-trois ans de mariage sans enfant, plusieurs fausses couches de la reine et la mésentente du couple royal, la naissance inattendue de l'héritier du trône est considérée comme un don du ciel, au point que certains historiens suspectent le véritable père d'être Mazarin [ 4 ] . En effet, le Premier ministre échange à l'époque des lettres utilisant des codes avec Anne d'Autriche, qui sont parfois très sentimentales [ 5 ] . Beaucoup de courtisans parlent de « miracle ». En effet en 1637 , Louis XIII avait présenté un acte faisant de la Vierge Marie la « protectrice spéciale » de son royaume et, à peine la grossesse de la reine est-elle avérée que le roi publie cet acte le , la fête de l' Assomption de Marie célébrée par le Vœu de Louis XIII étant désormais un jour férié et chômé en France [ 6 ] . Irrité, Louis XIII aurait répliqué que « ce n'était point là si grand miracle qu'un mari couchât avec sa femme et lui fasse un enfant » [ 7 ] . Des récits affirment que le roi a été conçu le [ Note 1 ] , l'historien Jean-Christian Petitfils propose plutôt la date du 20 ou du 30 novembre [ 8 ] .

La naissance de Louis [ 9 ] , le [ 10 ] , est suivie, deux ans plus tard, par celle de Philippe , d'abord titré duc d'Anjou , puis duc d'Orléans vingt ans plus tard, à la mort de son oncle, Gaston d'Orléans . Celui-ci était hostile au cardinal de Richelieu , Premier ministre de Louis XIII , qui le trouvait trop favorable aux nobles et aux Habsbourg. La naissance tant espérée d'un dauphin écarte du trône un comploteur impénitent ; c'est ainsi une victoire politique pour le cardinal de Richelieu , Premier ministre de Louis XIII

À la mort de son père, Louis-Dieudonné qui a quatre ans et demi devient roi sous le nom de Louis XIV [ 11 ] . Son père Louis XIII qui se méfiait et d'Anne d'Autriche et de son frère le duc d'Orléans qui avaient participé à des complots contre Richelieu a établi un conseil de Régence comprenant en sus des deux personnes citées des fidèles de Richelieu dont Mazarin. Le texte y afférent a été enregistré le par le Parlement. Le , Anne d'Autriche fait conduire son fils au Parlement pour casser la déclaration de son père et lui confier « l'administration, libre, absolue et entière du royaume pendant sa minorité » [ 12 ] , en bref la régence pleine et entière. Elle maintient contre toute attente le cardinal Mazarin comme Premier ministre, en dépit de la désapprobation des cercles politiques français de l'époque dont beaucoup n'apprécient pas qu'un Italien, fidèle de Richelieu, dirige la France [ 13 ] .

La Régente quitte alors les appartements incommodes du Louvre et s'installe au Palais-Cardinal , légué par Richelieu à Louis XIII , pour profiter du jardin où peuvent jouer le jeune Louis XIV et son frère. Le Palais-Cardinal devient alors le Palais-Royal où des gouvernantes abandonnent le jeune Louis à leurs femmes de chambre qui cèdent à tous ses caprices, ce qui fera naître la légende colportée par les Mémoires de Saint-Simon d'une éducation négligée [ 14 ] .

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L'éducation du roi

Louis XIV et son frère cadet Philippe , dit le « Petit Monsieur », tableau attribué à Henri et Charles Beaubrun .
Louis XIV , en costume de sacre en 1648 .

En plus de ses fonctions ministérielles, Mazarin , parrain de Louis XIV , se voit attribuer par la reine en mars 1646 la responsabilité de l'éducation du jeune monarque et de son frère le duc Philippe d'Orléans (dit «  le Petit Monsieur  »), l'usage étant que les princes élevés par des gouvernantes « passent aux hommes » à l'âge de sept ans (l'âge de raison à l'époque) pour être confiés aux soins d'un gouverneur assisté d'un sous-gouverneur [ 15 ] . Il devient donc « surintendant au gouvernement et à la conduite de la personne du roi et de celle de M. le duc d'Anjou » et confie la tâche de gouverneur au maréchal de Villeroy . Le roi et son frère viennent souvent à l' hôtel de Villeroy , non loin du palais royal. Louis XIV se lie d'amitié à vie avec le fils du maréchal, François de Villeroy . Malgré les efforts des différents précepteurs ( abbé Péréfixe de Beaumont en 1644, François de La Mothe Le Vayer à partir de 1652, son meilleur éducateur étant sans doute Pierre de La Porte, son premier valet de chambre qui lui fait la lecture de textes historiques [ 16 ] ) engagés pour lui prodiguer des cours de latin , d' histoire , de mathématiques , d' italien et de dessin , Louis n'est pas un élève très travailleur. Mais, suivant l'exemple du grand collectionneur d'art qu'est Mazarin, Louis XIV se montre très sensible à la peinture , à l' architecture , à la musique et surtout à la danse qui est, à l'époque, une composante essentielle de l'éducation d'un gentilhomme : on dit que le jeune Louis s'entraîne à danser environ deux heures par jour de 7 à 27 ans [ 17 ] . Le jeune roi apprit également à jouer de la guitare auprès de Francesco Corbetta [ 18 ] .

Louis aurait bénéficié également d'une éducation sexuelle : sa mère (Anne d'Autriche) aurait demandé à la baronne de Beauvais (surnommée « Cateau la Borgnesse ») de « déniaiser » Louis XIV à sa majorité sexuelle [ Note 2 ] .

Louis XIV , enfant, en costume romain.

Louis, le « miraculé »

Dans son enfance, Louis XIV échappe à plusieurs reprises à la mort. À 5 ans , il manque de se noyer dans un des bassins du jardin du Palais-Royal. Il est sauvé in extremis . À 9 ans , le , il est atteint de la variole [ 19 ] . Dix jours plus tard, les médecins n'ont plus aucun espoir mais le jeune Louis se remet « miraculeusement ». À 15 ans , il a une tumeur au sein [ 19 ] . À 17 ans, il souffre de blennoragie [ 19 ] .

L'alerte la plus sérieuse pour le Royaume a lieu le  : le roi, à 19 ans , est victime d'une grave intoxication alimentaire (à cause de l'infection des eaux) et de fièvre typhoïde [ 19 ] , diagnostiquée comme un typhus exanthématique , lors de la prise de Bergues dans le Nord . Le lundi 8 juillet , on lui donne les derniers sacrements et on commence à préparer la succession mais Guénaut, le médecin d'Anne d'Autriche, lui donne un émétique à base d' antimoine et de vin qui guérit encore une fois « miraculeusement » le roi. Selon son secrétaire Toussaint Rose , c'est à cette occasion qu'il perd une bonne partie de ses cheveux et se met à porter temporairement [ 20 ] la « perruque à fenêtre » dont les ouvertures laissent passer les quelques mèches qui lui restent [ 21 ] .

L'épreuve de la Fronde

Article détaillé : Fronde (histoire) .
Le Grand Condé , d'abord ferme soutien du pouvoir royal devient l'opposant le plus déterminé.

Après avoir célébré sa première communion à l' église Saint-Eustache le , Louis XIV , qui n'a alors que 12 ans, entre au conseil en 1650 . C'est l'époque de la Fronde , une contestation de l'autorité royale par les parlements et la noblesse qui allait marquer durablement le monarque. En réaction à ces événements, Louis XIV s'appliqua plus tard à continuer le travail commencé par Richelieu : affaiblir les membres de la noblesse d'épée en les obligeant à servir comme membres de sa cour en transférant la réalité du pouvoir à une administration très centralisée et à la noblesse de robe [ 14 ] .

En 1648 , le Parlement de Paris s'oppose aux impôts que veut lever par Mazarin et un pouvoir de légiférer en matière d'impôt [ 22 ] . La Journée des barricades contraint la régente et le roi à s'installer à Rueil-Malmaison [ 23 ] . Si la cour revient assez vite dans la capitale, les exigences des parlementaires, appuyés par le très populaire Jean-François Paul de Gondi , obligent Mazarin à envisager un coup de force. En pleine nuit début 1649, la régente et la cour quittent la capitale dans le but de l'assiéger et de la remettre à obéissance. L'affaire se complique quand des personnalités de la haute noblesse apportent leur soutien à la fronde : le prince de Conti , frère de Condé , Beaufort , petit-fils d' Henri IV et quelques autres veulent renverser Mazarin. Si, après quelques mois de siège conduit par Condé, un accord de paix ( paix de Rueil ) est trouvé qui voit le triomphe du Parlement de Paris et des généraux mais qui constitue une déception pour la cour et pour le peuple. De sorte que plus que d'une paix il s'agit d'une trêve [ 24 ] .

En 1649-1650, un renversement d'Alliance intervient, Mazarin et la régente se rapprochent du Parlement et des chefs des grands de la première Fronde et font enfermer Le prince de Condé, leur ancien allié, et le Cardinal de Retz [ 25 ] . À partir de se développe la révolte princière qui oblige Mazarin et la cour à se déplacer en province pour mener des expéditions militaires [ 26 ] . En 1651, Gondi et Beaufort, chefs des Grands de la première fronde et le Parlement, s'allient à la fronde des princes, pour renverser Mazarin. Le , une émeute parisienne oblige Mazarin à s'exiler. La reine et le jeune Louis essaient de s'enfuir de la capitale mais, alarmés, les Parisiens envahissent le palais royal où loge le roi, désormais prisonnier de la fronde. Pire, le cardinal de Retz et le duc d'Orléans exigent de vérifier que le roi est bien là et en pleine nuit ils confient cette mission au capitaine des Suisse du Duc. Louis XIV considèrera cela comme une humiliation qu'il n'oubliera jamais [ 27 ] .

Le , un lit de justice déclare la majorité du roi (la majorité royale est à treize ans). Tous les grands du Royaume viennent lui rendre hommage, sauf Condé qui, de Guyenne , lève une armée pour marcher sur Paris [ 28 ] . Le pour éviter d'être à nouveau prisonnière dans Paris, la cour quitte Paris pour Fontainebleau, puis Bourges où sont stationnés les quatre mille hommes du maréchal d'Estrée [ 29 ] . Commence alors une guerre civile qui « va contribuer à clarifier les choses » [ 28 ] . Le , Louis XIV autorise Mazarin à revenir en France ; en réaction, le Parlement de Paris qui a banni le cardinal met sa tête à prix pour 150 000  livres [ 30 ] .

Début 1652 trois camps se font face : la cour libérée de la tutelle instaurée par le Parlement en 1648, le Parlement et enfin Condé et les Grands [ 31 ] . Condé va dominer Paris durant la première partie de l'année 1652 en s'appuyant notamment sur le peuple qu'il manipule en partie. Mais Condé perd des positions en province et Paris supporte de moins en moins sa tyrannie. Aussi, peu à peu sa tyrannie pèse sur Paris qu'il quitte le avec ses troupes [ 32 ] . Le Anne d'Autriche et son fils Louis XIV accompagnés du roi déchu Charles II d'Angleterre rentrent dans la capitale. Va alors se mettre en place dont une lettre que le roi a adressé quelque temps auparavant au Parlement donne la substance :

« Toute autorité Nous appartient. Nous la tenons de Dieu seul sans qu'aucune personne, de quelque condition qu'elle soit, puisse y prétendre […] Les fonctions de justice, des armes, des finances doivent toujours être séparées ; les officiers du Parlement n'ont d'autre pouvoir que celui que Nous avons daigné leur confier pour rendre la justice […] La postérité pourra-t-elle croire que ces officiers ont prétendu présider au gouvernement du royaume, former des conseils et percevoir des impôts, s'arroger enfin la plénitude d'un pouvoir qui n'est due qu'à nous [ 33 ]  ? »

Louis XIV qui a quinze ans convoque un lit de Justice le où rompant avec la tradition, il apparaît en chef militaire avec gardes et tambours. À cette occasion, si une amnistie générale est proclamée, des grands, des parlementaires ainsi que des serviteurs de la maison de Condé sont bannis de Paris. Le parlement lui se voit interdire « de prendre à l'avenir aucune connaissance des affaires de l'État et des finances » [ 34 ] .

Louis XIV est sacré le en la cathédrale de Reims par Simon Legras , évêque de Soissons, mais laisse les affaires politiques à Mazarin, tandis qu'il continue sa formation militaire auprès de Turenne .

Louis XIV par Juste d'Egmont (1654).

Mariage avec Marie-Thérèse d'Autriche

Entrevue de Louis XIV et de Philippe IV dans l'île des Faisans en 1659. On distingue la fille de Philippe IV , future reine de France, derrière lui.

Pendant le voyage du jeune roi, le , les Espagnols acceptent de signer le traité des Pyrénées qui fixe les frontières entre la France et l'Espagne. De son côté, Louis XIV accepte bon gré, mal gré de respecter une des clauses du traité : épouser l' infante Marie-Thérèse d'Autriche , fille de Philippe IV , roi d'Espagne , et d' Élisabeth de France [ 35 ] . Les époux sont doublement cousins germains  : la reine mère Anne d'Autriche étant la sœur de Philippe IV et Élisabeth de France la sœur de Louis XIII . Ce mariage a cependant pour but de rapprocher la France de l'Espagne. Il a lieu le en l' église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz [ 36 ] . Louis ne connaît sa femme que depuis trois jours, celle-ci ne parle pas un mot de français mais le roi « l'honore » fougueusement et devant témoins dès la nuit de noces [ 37 ] . Selon d'autres sources, cette nuit de noces, contrairement à l'usage, n'eut pas de témoin [ 38 ] .

Notons qu'à l'occasion de ce mariage, Marie-thèrèse a du renoncer à ses droits sur le trône d'Espagne et que Philippe IV d'Espagne s'est engagé à verser « 500 000 écus d'or payables en trois versements » . Il est mentionné que si ce paiement ne se fait pas la renonciation devient caduque [ 39 ] .

Le début de la direction du gouvernement par Louis XIV 1661 - 1680

La prise de pouvoir

Nicolas Fouquet , le flamboyant surintendant sera écarté du pouvoir pour permettre au Roi-Soleil de mieux briller.

À la mort de Mazarin , le , la première décision de Louis XIV est de supprimer la place de ministre principal et de prendre personnellement le contrôle du gouvernement le [ 40 ] par un «  coup de majesté  ».

La situation financière dégradée [ 41 ] dont l'informe Jean-Baptiste Colbert et le fort mécontentement des provinces contre la pression fiscale durant les 18 années de ministère du défunt cardinal étaient préoccupants. Les causes en étaient la guerre ruineuse contre la maison d'Espagne et les cinq années de Fronde , mais aussi l'enrichissement personnel effréné de Mazarin, dont Colbert lui-même avait profité et celui du surintendant Fouquet. Le , jour de ses 23 ans, le roi fit arrêter au grand jour, par d'Artagnan , Nicolas Fouquet dont il supprime par la même occasion le poste de surintendant des finances [ 42 ] .

Louis XIV crée une chambre de justice pour examiner les comptes des financiers dont Fouquet. Les juges condamnèrent en 1665 Fouquet au bannissement, sentence que le roi commua en emprisonnent à vie à Pignerol [ 43 ] . En juillet 1665 les juges renoncent à poursuivre les fermiers et les traitants amis de Fouquet moyennant le versement d'une taxe forfaitaire [ 44 ] . Tout cela permit à l'État de récupérer une centaine de millions de livres [ 45 ] .

Le , il entreprend l' expédition de Djidjelli , ayant pour but de mettre fin au règne des barbaresques en Méditerranée, mais l'affaire se solde, en , par un échec cuisant [ 46 ] .

Ministres, favorites et confesseurs

Le roi gouverne avec la Chancellerie occupée par Pierre Séguier puis par Michel Le Tellier , la surintendance des finances occupée par Colbert , le secrétaire d'État à la guerre Michel Letellier, puis par Louvois, le secrétaire d'État à la maison royale et au clergé Henri de Guénégaud, le secrétaire d'État aux affaires étrangères (mais là l'influence du roi est forte) et le secrétaire d'État à la Religion prétendument réformé et à 57 provinces [ 47 ] . Durant la première partie du règne nous verrons que l'appareil d'État sera assez profondément modernisé.

Le roi eut sur la période plusieurs maîtresses dont les plus notables sont Louise de La Vallière et Madame de Montespan . Cette dernière avait en commun en avec le roi « le goût du faste et de la grandeur » [ 48 ] . Elle conseille de roi dans le domaine artistique. Elle soutient Jean-Baptiste Lully , Racine et Boileau . Elle correspond à une période où Louis XIV dans la quarantaine semble pris d'une frénésie sensuelle intense. Le roi pourtant religieux de par son éducation connaît une vie sentimentale peu chrétienne [ 49 ] . Les choses vont changer au début des années 1680 quand le roi va se rapprocher, puis épouser secrètement Madame de Maintenon . Parfois on attribue la conversion de Louis XIV à l' Affaire des poisons [ 50 ] .

Le poste de confesseur royal était occupé par un jésuite. Ce fut d'abord le Père Annat de 1654 à 1670, un anti-janséniste farouche attaqué par Blaise Pascal dans Les Provinciales puis le Père Ferrier de 1670 à 1674 et enfin le Père de la Chaize de 1675 à 1709 [ 51 ] .

Les guerres et les traités de Paix

Bas-relief, La Paix de Nimègue , représentant de manière hagiographique les conquêtes de Louis XIV ( Martin Desjardins , musée du Louvre ).

Durant cette période le roi mène deux guerres. D'abord la guerre de dévolution de 1667-1668, provoquée par le non paiement des sommes dues pour le renoncement de la reine au trône d'Espagne, puis la guerre de Hollande 1672-1678. La première guerre se conclut par le Traité d'Aix-la-Chapelle (1668) par lequel le royaume de France conserve les places fortes occupées ou fortifiées par les armées françaises pendant la campagne de Flandre ainsi que leurs dépendances, des villes du comté de Hainaut et la forteresse dans le comté de Namur [ 52 ] ;tières]]. En contrepartie, la France rend à l'Espagne la Franche-Comté . Ce territoire lui sera rendu par le Traité de Nimègue du qui conclut la guerre de Hollande [ 53 ] .

La maturité de 1681 à 1710

Les mutations du début des années quatre-vingt

Vers 1681, le roi revient à une vie privée décente sous l'influence de ses confesseurs de l'affaire des poisons et de Madame de Maintenon [ 54 ] . En 1683, Colbert, un de ses principaux ministres, l' « agent de cet absolutisme rationnel qui se développe alors fruit de la révolution intellectuelle de la première moitié du siècle » , meurt. Colbert pour Jean-Christian Petitfils à la suite des scientifiques de son siècle s'est préoccupé de connaître la réalité des choses et fait procéder à des enquêtes de terrain et à des statistiques. Mais Colbert n'aimait guère la concertation et aurait été un « centralisateur forcené » [ 55 ] révant d'unifier le droit, tâche qu'accomplira la Révolution. Toujours en 1683, la reine Marie-Thérèse meurt, ce qui permettra au roi d'épouser secrètement Madame de Maintenon en 1683 vraisemblablement, mais les dates de ou ont aussi été avancées [ 56 ] . En 1684, la dévotion s'installe en force à la cour [ 57 ] intallée à Versailles depuis 1682.

La révocation de l'édit de Nantes

Le , le roi signe l' édit de Fontainebleau , qui révoque l' édit de Nantes de 1598, un édit souhaité par le clergé et populaire parmi la population du royaume [ 58 ] . À l'époque, selon Jean-Christian Petitfils , l'unité religieuse était considérée comme nécessaire à un pays selon l'adage « cujus regio ejus religio (à chaque pays sa religion) » [ 59 ] . Les protestants ont fait l'objet, avant l'édit, de persécutions venant de l'appareil d'État, de dragonnades (logement forcé de soldats). En fait, l'appareil d'État, avec Michel Letellier, un des signataires du texte, semble avoir très partiellement informé le roi de la situation des protestants et ce d'autant plus que le camp des modérés était affaibli par la mort de Colbert [ 60 ] . D'un autre côté, cette révocation redorait le prestige de Louis XIV vis-à-vis des princes catholiques et « lui restituait sa place parmi les grands chefs de la chrétienté » [ 61 ] .

1691 : début du gouvernement personnel du roi

Jusque vers 1691, le roi gouverne en arbitrant entre ses principaux ministres : Colbert, Letellier et Louvois. La mort de ce dernier en 1691, change la donne. Elle permet au roi de répartir le secrétariat d'État à la guerre entre plusieurs mains ce qui de fait conduit le roi à s'impliquer davantage dans le gouvernement quotidien. D'après Saint-Simon le roi prend alors plaisir « à s'entourer de « fort jeunes gens » ou d'obscurs commis peu expérimentés, afin de mettre en relief ses capacités personnelles » [ 62 ] . À partir de cette date, il devient à la fois chef d'État et de gouvernement [ 62 ] .

Affaires étrangères

La guerre des réunions oppose entre 1683 et 1684, la France et l'Espagne elle se termine par la trêve de Ratisbonne signée pour permettre à l'empereur Léopold I er de combattre les ottomans. La guerre de la ligue d'Augsbourg oppose Louis XIV , allié à l' Empire ottoman et aux jacobites irlandais et écossais, à une large coalition européenne, la ligue d'Augsbourg menée par l'Anglo-Néerlandais Guillaume III , l'empereur du Saint-Empire romain germanique Léopold I er , le roi d'Espagne Charles II , Victor-Amédée II de Savoie et de nombreux princes du Saint-Empire romain germanique . Ce conflit se déroula principalement en Europe continentale et dans les mers voisines, mais on y rattache le théâtre irlandais , où Guillaume III et Jacques II se disputèrent le contrôle des îles britanniques, et une campagne limitée entre les colonies anglaises et françaises et leurs alliés amérindiens en Amérique du Nord. La guerre dure de 1688 à 1697 (on l'appelle aussi guerre de neuf ans). Elle aboutit au Traité de Ryswick de 1697. où la France reconnaît la légitimité de Guillaume d'Orange au trône anglais qui sort renforcé de l'épreuve tandis que la France surveillée par ses voisins de la ligue d'Augsbourg ne peut plus dicter sa loi. Globalement ce traité est mal accueilli en France [ 63 ] . La guerre de succession d'Espagne oppose encore la France à quasiment tous ses voisins, à l'exception de l'Espagne. Elle se conclut par le Traités d'Utrecht (1713) et le traité de Rastatt de 1714. Ces traités sont écrits en français, qui devient langue diplomatique, une situation qui perdurera jusqu'en 1919.

Fin de règne et succession

Une série de deuils affaiblit la dynastie

Louis XIV et sa famille par Nicolas de Largillierre .

Des décès, entraînant des problèmes de succession et la santé dégradée du vieux roi assombrissent la fin de son règne.

En 1710, Louis XIV avait une grande famille, et de nombreux héritiers légitimes : un fils de 48 ans , trois petits-fils (dont Philippe, roi d'Espagne) et deux arrière-petits-fils sans compter les branches cadettes de la famille royale Orléans, Condé et Conti (que le roi a marié avec ses bâtardes pour mieux les humilier et les tenir en respect). Tous (sauf le roi d'Espagne et son frère le duc de Berry) se prénommaient Louis pour montrer la continuité de la dynastie. Or, il perd presque tous ses héritiers légitimes entre 1711 et 1714 [ 64 ] .

En 1711 , le Grand Dauphin , seul fils légitime survivant qu'il a eu avec la Reine, décède de la variole à 49 ans [ 65 ] . En 1712 une épidémie de rougeole ravage la famille de l'aîné de ses trois petits-fils. Le nouveau dauphin duc de Bourgogne , meurt à 29 ans avec son épouse et son fils de 5 ans (un premier enfant était déjà mort en bas âge en 1705). Ne survit qu'un petit garçon de deux ans, Louis , sauvé de l'épidémie par sa gouvernante [ 66 ] , mais qui reste affaibli : il est le dernier arrière-petit-fils légitime du roi régnant, d'autant plus isolé qu'en 1714 , son oncle, le duc de Berry , le plus jeune des petits-fils du roi meurt sans héritier des suites d'une chute de cheval.

L'âge de Louis XIV et la santé très fragile de l'enfant qui est désormais son héritier posent un grave problème dynastique. En effet, si l'enfant venait à mourir, l'arbre généalogique des Bourbon poserait un problème diplomatique majeur pour la succession du Roi de France.

 ┌── par  Marie-Thérèse d'Autriche (1638-1683)  │ └──>  Louis de France  (  1661  1711  ) │ │ │ │ ┌──>  Louis de France  (  1682  1712  ), duc de Bourgogne │ │ │ │ │ │ │ └──> Louis de France (  1704  -  1705  ) │ │ │ └──>  Louis de France  (  1707  -  1712  ) │ │ │ └──>   Louis   XV    de France  (  1710  -  1774  ) │ │ │ │ └──+──>  Philippe de France  , duc d'Anjou (  1683  -  1746  ), roi d'Espagne │ │ │ └──>  Charles de France  (  1686  -  1714  ), duc de Berry, marié avec  Marie-Louise-Élisabeth d'Orléans  │
┌──>  Louis   XIV    (  1638  1715  )
│ │
│ │ ┌──>  Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine  (  1670  -  1736  ),
│ │ │ │ │ ┌────────+──>  Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse  (  1678  -  1737  )
│ │ │ │ │ │ │ └──> Autres enfants dont  Mademoiselle de Blois  │ │ │ │ └─ par  Madame de Montespan  │ │ └──>  Philippe d'Orléans (1640-1701)  ──>  Philippe d'Orléans (1674-1723)  (Régent) 

L'hypothèse de la légitimation des bâtards royaux ?

Louis XV , l'arrière-petit-fils de Louis XIV , lui succède et conduit le pays en 1722 après la régence de son oncle, Philippe d'Orléans .

Pour résoudre cette crise potentielle, le roi Louis XIV décida de renforcer la maison royale en accordant par un édit du le droit de succession, à défaut de tous les princes de sang royal [ 67 ] au duc du Maine et au comte de Toulouse , deux fils bâtards légitimés qu'il avait eus de Madame de Montespan . Cette décision violait les lois fondamentales du Royaume , qui avaient toujours écarté du trône les enfants bâtards et rencontra une incompréhension souvent scandalisée [ 68 ] . Il semble que le roi ait été prêt à contredire les vieilles lois de succession pour écarter du trône et de la régence son neveu Philippe d'Orléans , successeur potentiel, et dont il se méfiait, le trouvant paresseux et débauché [ 69 ] . Il avait systématiquement soumis les hommes de cette branche, en ne leur confiant presque pas de commandements militaires, et en les reliant à sa descendance directe (par deux mariages très discutés, celui de Philippe d'Orléans à Mademoiselle de Blois, et celui de son petit-fils, le duc de Berry à la fille du duc d'Orléans).

Finalement son arrière-petit-fils, petit-fils du Grand Dauphin , le duc d'Anjou, âgé de cinq ans, survécut. Il fut couronné sous le nom de Louis XV et le Parlement, juste après le décès du roi, finit par casser cet arrêt de légitimation et écarter les bâtards royaux de la régence qu'assura le duc d'Orléans , neveu et gendre de Louis XIV .

Mort du roi

Article détaillé : Mort de Louis XIV .

Le , au retour de Marly , le roi apparaît brusquement très abattu. Le 10, il se plaint d'une douleur à la jambe gauche qui se révèle être une gangrène sénile (ischémie aiguë probablement causée par un caillot venant boucher l'une des artères principales du membre) à la jambe contre laquelle les médecins sont impuissants [ 70 ] .

Le , Louis XIV meurt d'une ischémie aiguë du membre inférieur, causée par une embolie liée à une arythmie complète, compliquée de gangrène aux alentours de 8 h 15 du matin [ 71 ] , entouré de ses courtisans, après une agonie de plusieurs jours. Son règne a duré soixante-douze années et cent jours (cinquante-quatre années de règne effectif si on retire la période de la régence de 1643 à 1661).

Le Parlement de Paris casse son testament dès le 4 septembre, ouvrant une ère de retour en force des nobles et des parlementaires. Pour la plupart de ses sujets, le souverain vieillissant était devenu une figure de plus en plus lointaine. Le cortège funèbre de Louis XIV est même hué ou raillé sur la route de Saint-Denis . Cependant, de nombreuses cours étrangères, même traditionnellement ennemies de la France, ont conscience de la disparition d'un monarque d'exception : Frédéric-Guillaume I er de Prusse n'a besoin de donner aucune précision de nom lorsqu'il annonce solennellement à son entourage : « Messieurs, le roi est mort » .

Sépulture

Le corps de Louis XIV est déposé dans le caveau des Bourbons, dans la crypte de la basilique Saint-Denis [ 72 ] . Son cercueil est profané le et son corps jeté dans une fosse commune attenante à la basilique vers le nord [ 73 ] .

Au XIX e  siècle, Louis-Philippe  I er commande un monument dans la chapelle commémorative des Bourbons à Saint-Denis, en 1841-1842. L'architecte François Debret est chargé de concevoir un cénotaphe en remployant plusieurs sculptures d'origines diverses : un médaillon central représentant un portrait du roi de profil réalisé par l'atelier du sculpteur Girardon au XVII e  siècle, mais dont l'origine n'est pas connue, cantonné de deux figures de Vertus sculptées par Le Sueur et provenant du tombeau de Guillaume du Vair, évêque-comte de Lisieux, et surmonté d'un ange sculpté par Jacques Bousseau au XVIII e  siècle et provenant de l'église de Picpus. De part et d'autre de cet ensemble de sculptures sont placées quatre colonnes en marbre rouge provenant de l'église de Saint-Landry, et des bas-reliefs provenant du tombeau de Louis de Cossé à l'église du couvent des Célestins de Paris (les génies funéraires provenant du même tombeau ont été déplacés par Viollet-le-Duc au musée du Louvre) [ 74 ] .


Le règne du Roi-Soleil : l'apogée de l'absolutisme français

Louis XIV en 1661 par Charles Le Brun . À 23 ans , il décide de prendre réellement le pouvoir en devenant monarque absolu.

Également connu sous le nom du Roi-Soleil (appellation tardive qui remonte à la monarchie de Juillet même si le roi prend cet emblème lors de la fête du carrousel le [ 75 ] ), Louis XIV renforce la monarchie qui devient monarchie absolue de droit divin . Lorsque le , le roi qui — à 16 ans — vient de prendre le pouvoir seul décrète dix-sept édits visant à renflouer les caisses de l'État, ce qui a pour effet de faire passer le total des revenus fiscaux du royaume de 130 millions de livres en 1653 à plus de 160 millions en 1659-1660 [ 76 ] . La légende raconte qu'il aurait déclaré aux parlementaires réticents le célèbre mais contesté : «  L'État, c'est moi  ! » Louis n'a, en réalité, jamais prononcé cette phrase. On peut néanmoins citer ses dernières paroles : « Je m'en vais mais l' État demeure » [ 77 ] .

Même si Louis XIV se dissocie de l'État, dont il se définit lui-même comme, seulement, le premier serviteur [ 78 ] , [ 79 ] et s'il indique sur son lit de mort, en 1715 : « Je m'en vais mais l'État demeurera toujours » [ 80 ]  ; cette phrase résume toutefois l'idée que ses contemporains se sont faite du rapport au pouvoir du roi : par des réformes politiques administratives et fiscales, par une politique étrangère et religieuse centralisant le pouvoir. D'un point de vue plus philosophique pour les théoriciens de l'absolutisme du XVII e  siècle français, imprégnés de néoplatonisme , cette formule signifie que l'intérêt du roi n'est seulement le sein propre mais c'est aussi celui du pays qu'il sert et qu'il représente. Bossuet note à ce propos : « le roi n'est pas né pour lui-même, mais pour le public » [ 81 ] .

L'absolutisme de Louis XIV

La pensée absolutiste de Louis XIV

Buste de Hobbes à 58 ans de trois quart, regard scrutateur, lèvres timidement pincées, calotte sur la tête.
Thomas Hobbes (1588-1679) qui a écrit en France son livre majeur Léviathan (Thomas Hobbes) est un contemporain de Louis XIV

Cette pensée est contenue dans un écrit rédigé par Louis XIV intitulé : Mémoires pour l'instruction du dauphin . Ce livre n'a pas été écrit directement par Louis XIV qui l'a « en partie dicté au président Octave de Prérigny puis à Paul Pellison-Fontanier [ 82 ]  » . L'autre partie n'a pas été dictée. Le Roi a juste indiqué en note ce qu'il voulait voir inscrit. Les Mémoires constituent un ensemble assez disparate « de tableaux militaires et de pensées sans autre fil conducteur que la chronologie [ 83 ]  » . Cet écrit a permis de développer « la figure du roi-écrivain » que Voltaire a amplifiée en faisant de Louis XIV un roi-philosophe platonicien précurseur du despotisme éclairé [ 84 ] . Il convient d'ailleurs de noter que le texte est imprégné de pensée néo-stoïcienne très prégnante dans la société cultivée du Grand Siècle [ 85 ] . Ce livre traduit l'importance que Louis XIV attribue à la concentration du pouvoir entre ses mains. Mais chez lui, le pouvoir c'est d'abord la liberté d'action du roi, sa liberté de décision tant face aux ministres qu'à tout autre corps. La pensée de Louis XIV, proche ici de celle de Richelieu est résumée par la formule « Quand on a l'État en vue, on travaille pour soi » , formule qui s'oppose à la pensée de Thomas Hobbes qui met plus l'accent sur le peuple et la multitude [ 86 ] . Toutefois chez Louis XIV la liberté est limitée par des thématiques stoïciennes : l'autocontrôle, la maîtrise que l'on doit exercer sur soi et la volonté de se dépasser. On y trouve aussi l'idée d' « équilibre tranquille (l' euthymia d'un Sénéque [ 87 ] ) » , la nécessité de résister aux passions. Dans ses Mémoires Louis XIV note :

« C'est qu'en ces accidents qui nous piquent vivement et jusqu'au fond du cœur, il faut garder un milieu entre la sagesse timide et le ressentiment emporté, tâchant pour ainsi dire, d'imaginer pour nous-même ce que nous conseillons à un autre en pareil cas. Car, quelque effort que nous fassions pour parvenir à ce point de tranquilité, notre propre passion, qui nous presse et nous sollicite au contraire, gagne assez sur nous pour nous empêcher de raisonner avec trop de froideur et d'indifférence ( Mémoires p.  71-72 cité in Perez [ 87 ] ). »

Atteindre cet équilibre suppose un combat contre soi-même. Il écrit à ce propos, « il faut se garder contre soi-même, prendre garde à son inclinaison et être toujours en garde contre son naturel ( Mémoires p.  72 cité in Perez [ 88 ] ) » . Pour atteindre cette sagesse il recommende l'introspection : « il est utile […] de se remettre de temps en temps devant les yeux les vérités dont nous sommes persuadés ( Mémoires p.  28 in Perez [ 89 ] ) » . Dans le cas du dirigeant, il ne faut pas seulement bien se connaître, il faut également bien connaître les autres. Le Roi-Soleil écrit : « Cette maxime qui dit que pour être sage il suffit de se bien connaître soi-même, est bonne pour les particuliers ; mais le souverain, pour être habile et bien servi, est obligé de connaître tous ceux qui peuvent être à la portée de la vue ( Mémoires p.  237 , in Perez [ 90 ] ) » .

L'absolutisme en pratique

L'absolutisme modéré de Louis XIV

Contrairement à la vision de Bossuet qui tend à assimiler le roi à Dieu, Louis XIV ne se considère que comme le lieutenant de Dieu pour ce qui concerne la France [ 91 ] . À ce titre, il se considère l'égal du pape et de l'empereur. Pour le roi, Dieu est un dieu vengeur, ce n'est pas le Dieu de douceur que commence à promouvoir François de Sales . C'est un Dieu qui par l'intermédiaire de sa Providence peut châtier de façon immanente ceux qui s'opposent à lui. Chez Louis XIV, cette peur de Dieu vient limiter son absolutisme [ 92 ] , [ 93 ] .

Le roi qui est plus politique et plus pragmatique que les grands ministres qui l'assistent pendant la première partie de son règne se méfie de leur absolutisme pré-technocratique. À propos de ses ministres, il dit « nous n'avons pas affaire à des anges mais à des hommes à qui le pouvoir excessif donne presque toujours à la fin quelque tentation d'en user » [ 94 ] . De même, il reproche à Colbert ses références répétées au Cardinal de Richelieu [ 95 ] .

La cour comme instrument de l'absolutisme

La cour permet de domestiquer la noblesse [ 96 ] . Certes la cour ne compte que de 4 000 à 5 000 nobles mais elle attire les plus en vue qui revenus dans leur terre imitent le modèle et répandent les règles du bon goût [ 96 ] . Par ailleurs la cour permet de surveiller les Grands et le roi prend bien soin d'être informé de tout [ 97 ] . L'étiquette assez subtile qui régit la Cour permet au roi d'arbitrer les conflits et de répandre une certaine discipline. Enfin la cour est pour Louis XIV un moyen de sélectionner le personnel de l'administration civile et militaire [ 96 ] . À travers les règles de préséance, l'autorité du roi est renforcée, tandis que s'installe une liturgie royale qui contribue à l'affirmation du pouvoir divin du roi [ 96 ] .

Les oppositions à l'absolutisme durant la Fronde

Pour Michel Pernot, « La Fronde, tout bien pesé, est la conjonction de deux faits majeurs : l'affaiblissement de l'autorité royale pendant la minorité de Louis XIV  ; la réaction brutale de la société française à l' État moderne voulu par Louis XIII et Richelieu  » . La Grande noblesse, la petite et moyenne noblesse et les Parlements d'une manière ou d'une autre ont des objections à avancer à la monarchie absolue telle qu'elle se constitue.

La petite et moyenne noblesse vise à « instaurer en France la monarchie mixte ou Ständestaat en donnant le premier rôle dans le royaume aux États généraux  » . En cela, elle s'oppose aux Grands qui eux veulent surtout garder une influence forte dans les instances principales de l'État en y siégeant eux-mêmes ou en y faisant siéger des fidèles et aux Parlements qui ne veulent surtout pas entendre parler des États généraux .

Le Parlement n'est absolument pas un parlement au sens moderne. Il s'agit « des tribunaux d'appel jugeant en dernier ressort » [ 98 ] . Les parlementaires sont propriétaires de leur charge, qu'ils peuvent transmettre à leur héritier moyennant le paiement d'une taxe appelée la paulette [ 99 ] . Les lois, ordonnances, édits et déclarations doivent être enregistrés avant d'être publiés et appliqués. À cette occasion, les parlementaires peuvent émettre des objections quant au contenu (remontrances) lorsqu'ils pensent que les lois fondamentales du royaume ne sont pas respectées. Pour faire plier le parlement, le roi peut adresser une lettre de jussion à laquelle le parlement peut répliquer par des remontrances itératives. Si le désaccord persiste, le roi peut utiliser la procédure du lit de justice et imposer sa décision [ 100 ] . Les magistrats aspirent à « rivaliser avec le gouvernement dans les affaires politiques » [ 101 ] et ce d'autant plus que, comme le Conseil du roi, ils émettent des arrêts. De nombreux magistrats sont opposés à l'absolutisme. Pour eux le roi ne doit utiliser que sa « puissance réglée, c'est-à-dire limitée seule légitime » [ 102 ] . Lors du lit de justice du , l'avocat général Omer Talon (1595-1652) demande à la régente « de nourrir et élever sans entrave sa majesté dans l'observation des lois fondamentales et dans le rétablissement de l'autorité que doit avoir cette compagnie (c'est du Parlement qu'il s'agit), anéantie et comme dissipée depuis quelques années, sous le ministère du Cardinal de Richelieu » [ 103 ] .

Les oppositions à l'absolutisme après la Fronde

La crise financière du milieu des années soixante-dix est accompagnée d'une forte hausse de la fiscalité tant par le biais d'augmentation des taux que par la création de nouveaux impôts. Cela entraîne des révoltes dans le bordelais et surtout en Bretagne (révolte des bonnets rouges) où les forces armées devront rétablir l'ordre [ 104 ] . Le Languedoc et la Guyenne connaissent une conspiration animée par Jean-François de Paule, seigneur de Sardan, soutenu par Guillaume d'Orange. Cette conspiration sera assez vite étouffée [ 105 ] . Toutefois comme les révoltes en France sont de tout temps chose courante, force est de constater qu'elles ont été rares sous le règne de Louis XIV. Cela tient pour beaucoup au fait que contrairement à ce qui s'était passé durant la Fronde, elles n'ont que peu reçu de soutien de la noblesse employée dans les armées du roi ou occupée à la cour. Par ailleurs le roi disposait d'une force armée qu'il pouvait déployer rapidement et la répression était rigoureuse [ 106 ] . Malgré tout, en 1709 période de famine et de défaite militaire, l'opinion publique contraindra le monarque à se séparer de son secrétaire d'État à la Guerre Chamillart [ 107 ] .

Le gouvernement royal

L'obéissance des Provinces et des Parlements

Moulage du contre-sceau du grand sceau de Louis XIV , roi de France. Archives nationales SC-D116bis.

Le roi fait très tôt obéir les Provinces : en réponse aux révoltes de la Provence (Marseille en particulier) le jeune Louis XIV envoie le duc de Mercœur pour réduire la résistance et réprimer les rebelles. S'ensuit une répression le , le roi entre dans la ville par une brèche ouverte dans les remparts, il change le régime municipal et soumet le Parlement d'Aix. Les mouvements de contestation en Normandie, en Anjou se terminent en 1661 . L'obéissance est « plus acceptée qu'imposée » [ 108 ] , [ 109 ] .

L'autorité du jeune souverain s'impose aux Parlements : dès 1655, il impressionne les parlementaires en intervenant en costume de chasse et le fouet à la main pour faire cesser une délibération. Le pouvoir des Parlements diminue par la mise en place de lits de justice sans la présence du roi, par la perte de leur titre de « cour souveraine » en 1665, et par la limitation, en 1673 [ 110 ] , de leur droit de remontrance .

La réorganisation administrative et financière

La première partie du règne de Louis XIV est marquée par de grandes réformes administratives et surtout par une meilleure répartition de la fiscalité. Les douze premières années virent le pays en paix et le retour d'une relative prospérité [ 111 ] . On passe progressivement d'une monarchie judiciaire (où la principale fonction du roi est de rendre justice) à une monarchie administrative (le roi est à la tête de l'administration) ; de grandes ordonnances administratives accentuent le pouvoir royal : les terres sans seigneurs deviennent terres royales, ce qui permet la réorganisation fiscale et celle des droits locaux. Le roi crée le Code Louis en 1667 , sorte de code civil, l' ordonnance criminelle en 1670, le code forestier (étape cruciale de la réorganisation des Eaux et Forêts), l'édit sur les classes de la Marine en 1669, l'ordonnance de commerce en 1673… 

Le conseil royal se réorganise en plusieurs conseils, d'importance et de rôles divers : Conseil d'en haut, pour les affaires les plus importantes (avec peu de ministres), du conseil des dépêches, le lundi, pour l'administration provinciale, du conseil des finances, de celui des parties, pour les causes judiciaires, de celui du commerce et de ceux chargés de la religion catholique — conseil des consciences — et protestante [ 112 ] . Louis XIV ne veut pas qu'il y ait des princes de sang ni de duc aux conseils, se souvenant des problèmes rencontrés lors de la Fronde lorsqu'ils siégeaient à ces conseils [ 113 ] . Les décisions du roi sont préparées dans un certain secret, après l'avis des ministres qui siègent dans un conseil qu'il réforme profondément. Ces édits sont rapidement enregistrés par les Parlements, puis rendus publics dans les provinces où les intendants , ses administrateurs, prennent de plus en plus le pas sur les gouverneurs, issus de la noblesse d'épée [ 114 ] .

Conseil du roi ou étroit il se compose de trois conseils
Conseil d'En-haut

Composé de ministres d'État que seul le roi peut convoquer

Vrai gouvernement : plus hautes affaires politiques et diplomatiques. Il se réunit trois fois par semaine [ 115 ] .
Conseil des finances ou royal

Contrôleur général, deux ou trois intendants des finances

Il a repris les affaires de la surintendance. Il comprend le roi, un chef du conseil et trois conseillers, dont un intendant des finances. Il établit le budget, dresse les baux de fermes, répartit la taille (brevet). Il se réunit trois fois par semaine [ 115 ] .
Conseil des dépêches

Les quatre secrétaires d'État

Étudie les rapports des intendants et des gouverneurs et leur adresse les réponses [ 115 ] .
Les autres conseils Rôles
Conseil des parties ou privé

30 conseillers d'État, 98 maîtres des requêtes

Haute Cour de justice, questions administratives. Le roi n'y assiste presque jamais laissant la présidence au Chancelier [ 116 ] .
Conseil du commerce

12 négociants élus, 6 officiers

Vie économique. Existence éphémère 1664-1676, n'a réellement fonctionné que trois ou quatre ans [ 117 ] . Il sera remplacé en 1700 par un bureau du commerce simple commission du conseil privé qui préparera l'édit de 1701 qui permet aux nobles de pratiquer le comerce en gros sans déroger [ 114 ] .
Conseil de conscience , présidé par le roi

Confesseur du roi, archevêque de Paris, et un ou deux prélats

Questions religieuses et nominations aux bénéfices vacants [ 118 ] .
Les Ministres Rôles
Le Chancelier (inamovible) Justice
Le contrôleur général des finances (amovible) Charge crée en 1665 Grand administrateur de la vie financière et économique
Les quatre secrétaires d'État (amovibles)
  • des étrangers
  • de la Guerre
  • de la Marine
  • de la Maison du roi
Il se partagent aussi la France en quatre secteurs, où ils exercent les fonctions de ministre de l'intérieur,

de même que le contrôleur général des finances.

Jean-Baptiste Colbert succède à Fouquet après avoir organisé son « élimination ».
François-Michel Le Tellier , marquis de Louvois, secrétaire d'État à la Guerre , rival de Colbert au sein du conseil royal.

À partir de la création du Conseil royal des finances (12 septembre 1661) les finances, dirigées désormais par un contrôleur général, en l'occurrence Colbert , supplantent la justice en tant que première préoccupation du Conseil d'en haut . Celui qui aurait normalement dû être chargé de la justice, le chancelier , François-Michel Le Tellier de Louvois , finit lui-même par délaisser la justice pour se consacrer essentiellement aux affaires de guerre. Au fil du temps, deux clans dans l'administration se constituent, rivalisent et cohabitent. Le clan Colbert gère tout ce qui touche à l'économie, la politique étrangère, la Marine et la culture alors que le clan Le Tellier -Louvois prend la mainmise sur la Défense [ 119 ] . Le roi fait ainsi sienne la devise « diviser pour mieux régner ». En ayant deux clans rivaux sous ses ordres, il est certain qu'ils s'autocontrôlent et que cela empêche toute dérive permettant à un de ses ministres de réussir un coup d'État contre lui.

Jusqu'en 1671 , le clan Colbert domine mais, quand commencent les préparatifs de la guerre de Hollande , les réticences de Colbert, qui rechigne à se lancer à nouveau dans de grandes dépenses, commencent à le discréditer aux yeux du roi. De plus, l'écart d'âge entre Colbert ( 52 ans à l'époque) et le roi ( 33 ans ) fait que le roi se rapproche naturellement de Louvois qui n'a que 30 ans et la même passion : la guerre. Jusqu'en 1685, c'est le clan Louvois qui est le plus influent. En 1689, Louis II Phélypeaux de Pontchartrain est nommé contrôleur général avant de devenir secrétaire d'État (1690). En 1699, il est élevé à la dignité de chancelier, tandis que son fils Jérome lui succède [ 120 ] .

En 1665, la fonction publique compte 800 membres appointés (membres des conseils, secrétaires d'État, conseillers d'État, maîtres des requêtes, commis) et 45 780 officiers de finance, de justice et de police propriétaire de leur charge [ 121 ] .

La sécurité intérieure

Le roi Louis XIV est décrit comme un souverain voulant « tout savoir » [ 122 ] .

Le jeune roi se défie d'une ville qu'il a vu se révolter et qu'il n'a pas encore quitté pour Versailles. Ce « Paris du XVII e siècle est quasiment invivable » [ 123 ] . La ville est perçue comme une concentration dangereuse d'épidémies, incendies, inondations, encombrements et désordres de tout genre. Elle attire des individus qui espèrent vivre mieux auprès des riches : escrocs, brigands, voleurs, mendiants, infirmes, hors-la-loi, paysans sans terre et autres déshérités [ 124 ] . La Cour des miracles , le plus célèbre des ghettos incontrôlables est estimé à 30 000 individus, soit 6 % du peuplement.

L'édit de fondation de l'hôpital général de Paris ( ), dit de « Grand Renfermement », a pour objet d'éradiquer la mendicité, le vagabondage et la prostitution. Conçu sur le modèle de l'hospice de la Charité établi en 1624 à Lyon, il est desservi par la compagnie du Saint-Sacrement en trois établissements ( la Salpêtrière , Bicêtre et Sainte-Pélagie ). Mais, en dépit des peines et des expulsions prévues pour ceux qui ne regagnent pas l'hôpital, cette mesure qui horrifiait Vincent de Paul , est un échec, faute d'effectifs suffisants. De plus, les différentes factions de police sont disséminées et rivalisent entre elles. La situation, mal maîtrisée, empire et « on rapporte que le roi n'en dort plus la nuit » .

Le Colbert nomme l'un de ses proches, La Reynie à la charge de la lieutenance générale de police qui vient d'être créée [ 125 ] . Intègre et travailleur La Reynie a déjà participé au conseil de la réforme de la justice. L'ordonnance civile de Saint-Germain-en-Laye ( ) organise un contrôle précis des affaires intérieures. Elle vise une approche globale de la criminalité, notamment en fusionnant les quatre services de police de Paris. Les attributions de La Reynie, nommé en 1674 Lieutenant général de police, sont étendues : maintien de l'ordre public, des bonnes mœurs, du bon ravitaillement, de la salubrité (ébouage, pavage des rues, fontaines d'eau, etc.), la sécurité (rondes, éclairage des rues par lanternes, lutte contre la délinquance et les incendies, liquidation des « zones de non-droit »… (voir la cour des miracles ). Son service a la confiance du gouvernement royal, et s'occupe donc également des grandes et petites affaires criminelles dans lesquelles de hauts aristocrates pourraient être mêlés : complot de Latréaumont (1674), affaire des poisons (1679-1682), etc. [ 123 ] .

La Reynie s'acquitte de sa tâche épuisante avec intelligence pendant 30 ans , jusqu'en 1697 et instaure à Paris une « sécurité inconnue » [ 126 ] . Mais au moment de son retrait, la situation commençait à se dégrader. Le marquis d'Argenson , qui lui succède, est un homme rigoureux et sévère qui entreprend la remise en ordre dans l'intransigeance. Dans ce domaine comme dans les autres, l'administration royale se fait plus répressive. Il instaure une sorte de police secrète d'État, qui semble servir les intérêts des puissants et accentuer le despotisme d'un règne vieillissant. Ses services lui valent, en 1718, lors de la Régence, la place enviée de garde des Sceaux [ 127 ] .

La simplification et l'uniformisation des procédures touche tous les domaines : les affaires civiles sont distinguées des procédures criminelles, la justice civile s'étend à tout le royaume, où chaque paroisse a obligation de mieux tenir les registres paroissiaux. La répression contre les Bohémiens atteint son comble : confirmant un décret du roi de 1666, l'ordonnance du , confirme et ordonne que tous les Bohémiens mâles soient dans toutes les provinces du royaume où ils vivent, condamnés aux galères à perpétuité, leurs femmes rasées et leurs enfants enfermés dans des hospices. Une peine était en outre portée contre les nobles qui donnaient dans leurs châteaux asile aux Bohémiens ; leurs fiefs étaient frappés de confiscation [ 128 ] , [ 129 ] . Ces mesures prétendaient lutter contre le vagabondage transfrontalier et l'utilisation mercenaire par certains nobles.

Louis XIV , homme de guerre

Article détaillé : Guerres de Louis XIV .
Louis XIV en 1670.

Louis XIV a ainsi consacré près de trente-trois ans sur cinquante-quatre à faire la guerre. Sur son lit de mort, il confesse au futur Louis XV « j'ai souvent entrepris la guerre trop légèrement et l'ai soutenue par vanité » [ 130 ] . De fait, les dépenses militaires notamment en temps de guerre ont accaparé la part la plus importante du budget de l'État (jusqu'à près de 80 % en 1692) [ 97 ] . Marqué par le modèle et l'éducation de son père, puis fasciné, enfant, par la prestance du jeune Condé, Louis XIV assiste enfant à plusieurs combats lors de la Fronde. Il reçoit une formation militaire poussée par Turenne . Le jeune Louis participe, par exemple, à vingt ans, le à Dunkerque , à la bataille des Dunes . Là ses troupes conduites par Turenne remportent une victoire importante contre Condé et l'Espagne [ 131 ] .

La réorganisation de l'armée

La réorganisation de l'armée est rendue possible par celle des finances. Si Colbert a réformé les finances, c'est Michel Le Tellier puis son fils, le marquis de Louvois qui réforment avec le roi les troupes : unification des soldes, création de l' hôtel des Invalides en 1670 , réforme du recrutement [ 132 ] . Cette nouvelle impulsion politique limite la désertion et augmente le niveau de vie de la gent militaire. Le roi charge Vauban de construire une ceinture de fortifications autour du territoire (politique du pré carré ) [ 133 ] . Au cœur du règne le Royaume dispose d'une armée de 200 000 hommes ce qui en fait de loin la première armée d'Europe, capable de tenir tête à des coalitions rassemblant de nombreux pays européens [ 134 ] .

La Marine

Représentants de l'État visitant la galère la Réale en construction à l' arsenal de Marseille . Tableau attribué à Jean-Baptiste de La Rose .

À la mort de Mazarin , en 1661, la Marine royale , ses ports et ses arsenaux sont en piteux état [ 135 ] . Seule une dizaine de vaisseaux de ligne est en état de fonctionnement correct. À la même période, la marine anglaise comptait 157 vaisseaux (dont la moitié sont des vaisseaux importants, embarquant de 30 à 100 canons) , soit un rapport de 1 à 8 avec la Marine française. Les flottes de la république des Provinces-Unies en comportent 84.

Contrairement à une idée très répandue, Louis XIV s' intéressa personnellement aux questions navales et contribua avec Colbert à l'essor de la marine de guerre française [ 136 ] . Le , il crée le titre de secrétaire d'État à la Marine et nomme officiellement Colbert premier titulaire du poste [ 137 ] . Mais pour le roi, le plus important in fine n'est pas la mer, mais la terre c'est là que pour lui on acquiert la grandeur [ 96 ] .

Malgré tout, Colbert et son fils vont mobiliser des ressources humaines, financières et logistiques sans précédent qui ont permis, pratiquement ex nihilo , de faire de la France une puissance militaire navale de premier rang. À sa mort en 1683, la Royale compte 112 vaisseaux et dépasse de quarante cinq unités la Royal Navy [ 136 ] , mais les officiers du fait de la relative jeunesse de la flotte manquent souvent d'expérience [ 96 ] .

Les guerres de Louis XIV

Louis XIV engage le royaume dans une multitude de guerres et batailles :

Guerres de Louis XIV
Date Allié(s) Ennemi(s) Casus belli Issue
Guerre de Dévolution 1667 - 1668 Aucun Espagne ,
À partir de 1668 : Angleterre , Provinces-Unies , Suède
Non-paiement à la France de la dot de l'infante d'Espagne, Marie-Thérèse . Traité d'Aix-la-Chapelle (1668)
Guerre de Hollande 1672 - 1678 Angleterre , Suède , Électorat de Cologne , Principauté épiscopale de Münster Provinces-Unies , Saint-Empire , Espagne , Brandebourg , Danemark-Norvège Après la guerre de Dévolution , Louis XIV croit devoir se débarrasser de la Triple alliance de La Haye , et surtout des Provinces-Unies s'il veut continuer à conquérir les territoires espagnols. Traité de Nimègue et Traité de Westminster
Guerre des Réunions Aucun Espagne La France exige les territoires ruraux des alentours des villes conquises lors des guerres de Dévolution et de Hollande , tel que le dicte la coutume . Victoire française et Trêve de Ratisbonne
Guerre de la Ligue d'Augsbourg Jacobites , Empire ottoman Ligue d'Augsbourg  : Provinces-Unies , Angleterre , Saint-Empire , Savoie , Espagne , Suède (jusqu'en 1691), Portugal , Écosse Louis XIV prend possession de divers territoires dans le cadre de sa politique des réunions , dont Strasbourg et les Trois-Évêchés . Traités de Ryswick  : Louis XIV reconnaît Guillaume III d'Orange comme Roi d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande.
Guerre de Succession d'Espagne 1701 1714 Espagne , Électorat de Bavière , Électorat de Cologne Provinces-Unies , Angleterre , Saint-Empire , Savoie , Portugal , Autriche , Prusse , Aragon , Camisards Louis XIV accepte le testament de Charles II , qui fait du duc d'Anjou , petit-fils de Louis XIV et de l' infante d'Espagne , le roi d'Espagne. Traité d'Utrecht  : Philippe d'Anjou est reconnu comme roi d'Espagne mais renonce à ses droits de succession au trône de France.
Traité de Rastatt  : signé entre le Royaume de France et l'Archiduché d'Autriche

Ces guerres agrandissent considérablement le territoire : sous le règne de Louis XIV , la France conquiert la Haute-Alsace , Metz , Toul , Verdun , le Roussillon , l' Artois , la Flandre française , Cambrai , le comté de Bourgogne , la Sarre , le Hainaut et la Basse-Alsace . A cause de ses guerres et de la volonté de puissance française, les autres pays européens à la fin du règne s'allient de plus en plus contre le royaume qui reste puissante sur le continent mais relativement isolée tandis que l'Angleterre est confortée économiquement et que commence à poindre un sentiment national en Allemagne. [ 138 ]

La politique étrangère

Territoire sous règne français et conquêtes de 1643 à 1715.

Louis XIV tend à affirmer la puissance de son royaume. Il utilise les armes traditionnelles de la diplomatie (ambassade, traités, alliances, unions dynastiques, soutien aux opposants de ses ennemis). Mais c'est surtout par l'armée qu'il s'impose. Jeune roi, il poursuit d'abord la stratégie de ses prédécesseurs depuis François  I er pour dégager la France de l'encerclement hégémonique des Habsbourg en Europe par une guerre continuelle contre l' Espagne , en particulier sur le front des Flandres . Le « Grand Roi » en profite pour rendre son «  pré carré  » par des guerres de conquêtes sur ses voisins, négligeant toutefois un peu l'expansion coloniale. Pour assurer à son petit-fils la succession d'Espagne, il se lance sur le tard dans une guerre contre toute l'Europe qui finit par épuiser les belligérants. À la fin de son règne, le roi a arraché un compromis : si les Bourbons dominent en France et Espagne, ils reconnaissent deux nouvelles puissances montantes : l'Angleterre protestante et les Habsbourg d'Autriche.

La politique étrangère domaine réservé du roi

La politique étrangère est un domaine où le monarque s'implique personnellement. Il écrit dans ses mémoires « On me vit traiter immédiatement avec les ministres étrangers, recevoir les dépêches, faire moi-même une partie des réponses et donner à mes secrétaires la substance des autres » [ 139 ] . Un des grands moteurs de la politique étrangère de Louis XIV est la recherche de gloire. La gloire pour lui n'est pas seulement une question d'amour-propre, elle tient aussi au désir de s'inscrire dans la lignée des hommes dont le souvenir perdure à travers les siècles. Un de ses premiers objectifs est de protéger le territoire national, le pré carré de Vauban [ 140 ] . Le problème est que cette politique est vue, notamment après 1680 quand la puissance de la France s'affirme, comme une menace par les autres pays européens [ 140 ] .

Autour du roi on trouve des collaborateurs de talent tel Hugues de Lionne de 1656 à 1671, Arnauld de Pomponne 1672-1679, auquel succéde Charles Colbert de Croissy (1679-1691) plus brutal et cynique avant que Pomponne revienne en 1691 quand une politique plus accommodante fut jugée nécessaire. Le dernier responsable des affaires étrangères fut Jean-Baptiste Colbert de Torcy , le Fils de Colbert « un des plus brillants ministres des affaires étrangères de l'ancien régime » selon Jean-Christian Petitfils [ 141 ] .

La France dispose alors de quize ambassadeurs de quinze envoyés et deux résidents dont certains sont d'excellents négociateurs. Autour d'eux gravitent des négociateurs officieux et des agents secrets parmi lesquels un certain nombre de femmes, telle la baronne de Sack, Madame de Blau et Louise de Penancoët de Kéroualle qui fut la maîtresse de Charles II (roi d'Angleterre) [ 142 ] . L'arme financière (bijoux offerts aux femmes ou maîtresses de puissants, attribution de pensions etc.) est aussi utilisée. Deux des pensionnés les plus importants ont été deux ecclésiastiques Guillaume-Egon de Fürstenberg (qui devient abbé de Saint-Germain-des-Prés) et son frère [ 143 ] .

1643-1672 : l'alliance traditionnelle contre les Habsbourg

Louis XIV portant la moustache « à la royale » [ 144 ] , portrait en 1670 par Claude Lefèbvre .

Dans un premier temps, pour se dégager de l'encerclement des Habsbourg, le jeune Louis XIV avec son ministre Mazarin fait alliance avec les principales puissances protestantes, reprenant ainsi la politique de ses deux prédécesseurs et de Richelieu .

Cette guerre franco-espagnole connaît quatre phases : quand le règne débute, la France soutient directement les puissances protestantes contre les Habsbourg, lors du dernier tiers de ce qu'on a appelé ensuite la guerre de Trente Ans , conclue en 1648 par les traités de Westphalie . Profitant de la Fronde , l'Espagne tente d'affaiblir le roi en soutenant la révolte militaire du Grand Condé (1653) contre Louis XIV [ 145 ] . En 1659, des victoires françaises et une alliance avec les puritains anglais (1655-1657) et les puissances allemandes ( Ligue du Rhin ) imposent à l'Espagne le traité des Pyrénées (soudé par le mariage entre Louis XIV et l'infante en 1659) [ 146 ] . Enfin, le conflit reprend à la mort du roi d'Espagne (1665) quand Louis XIV entame la guerre de Dévolution  : au nom de l'héritage de son épouse, le roi réclame que des villes frontalières du royaume de France en Flandre espagnole lui soit dévolues. Il s'appuie sur les difficultés de l'Espagne au Portugal [ 147 ] .

À l'issue de cette première période, Louis XIV , jeune roi, est à la tête de la première puissance militaire et diplomatique d'Europe, s'imposant même au pape . Il a agrandi son royaume vers le nord ( Artois , achat de Dunkerque aux Britanniques) et conservé, au sud, le Roussillon [ 148 ] . Sous l'influence de Colbert , le roi a aussi construit une marine et agrandi son domaine colonial pour combattre l'hégémonie coloniale espagnole.

1672-1697 : Puissance dominante mais isolée

La Guerre de Hollande

Article détaillé : Guerre de Hollande .
Causes de la guerre

La guerre de Hollande est souvent considéré comme « l'une des erreurs les plus graves du règne » et l'on a beaucoup diserter sur les raisons de la guerre [ 149 ] . Louis XIV a-t-il fait la guerre à la Hollande parce qu'elle était un des pivôts de la propagande anti-française et anti-Louis XIV où étaient imprimés des écrits sur la vie scanakeuse du roi et de son arbitraire ? ou bien parce que la Hollande étaient alors la puissance maritime dominante ainsi qu'un grand centre financier ? S'agissait-il d'un conflit protestants les hollandais faces aux français catholique ? Pour un auteur américan Paul Somino, il s'agit surtout du choix du roi liée à une rêve de gloire [ 150 ] .

Ni Michel Le Tellier ni François Michel Le Tellier de Louvois ne furent les instigateurs de la guerre même s'ils s'y rallièrent. De même Colbert au début était contre car cela menacait la stabilité économique du royaume. En fait s'il faut trouver un mauvais génie, ce serait plutôt Henri de La Tour d'Auvergne (vicomte de Turenne) qui pensait que la guerre serait courte ce dont le Grand Condé doutait [ 151 ] .

La naissance d'un adversaire acharné, l'extension de la guerre et Maëstricht

Au départ les victoires succédent aux victoires jusqu'à ce que les hollandais ouvrent les écluses inondant les pays et arêtant la progression des troupes. Les hollandais proposent alors la paix à des conditions avantageuses alors au de-là des objectifs de guerre français, qui malgré tout refusent la paix [ 152 ] . L situation de blocage amène une révolution en Hollande où le peuple se révolte contre l'oligarchie temporisatrice et porte au pouvoir Guillaume d'Orange un adversaire d'autant plus redoutable qu'il deviendra roi d'Angleterre [ 153 ] . L'Espagne se met à aider la Hollande de même que de nombreux Etats Allemands. Le François-Henri de Montmorency-Luxembourg laisse ses troupes se livrer à un massacre ce que Guillaume d'Orange exploite en faisant publier des libelles insistant sur la cruauté française [ 154 ]

Si sur mer les forces alliées anglo-françaises ne sont pas très heureuses face à la marine hollandaise, sur terre le roi remporte une victoire en prenant la ville de Maëstricht [ 155 ] Mais cette victoire renforce la détermination des autres pays qui commençent à craindre la puissance française. En Angleterre en 1674, Charles II menacé par le Parlement anglais fait défection [ 156 ] . Dès 1674 on envisage des négociations qui ne s'ouvriront qu'en mai 1677 à Nimègue [ 157 ] .

La paix de Nimègue

Par les Traités de Nimègue , la France reçoit « la Franche-Comté, le Cambrésis, une partie du Hainaut avec Valenciennes, bouchain, Condé et Maubeuge, une partie de la Flandre maritime avec Ypres et Cassel et le reste de l'Artois qui lui manquait » [ 158 ] .

Mais avec ce traité, défavorable à l'Empereur, est rompu la politique de Richelieu et de Mazarin visant à menager les Etats germaniques. Aussi, si le peuple français de même que les grands seigneurs applaudissent le roi, si les élus parissiens lui décernent le titre de Louis le Grand, cette paix est porteuse de menaces futures [ 159 ]

Les réunions

Les traités ne définissent pas exactement les frontières des nouvelles possessions, aussi Louis XIV profitant de sa puissance va tenter de rattacher à la France tous les territoires ayant un jour relevé de la souveraineté des villes ou territoires nouvellement acquis. A cet effet, des magistrats vont étudier le passé afin d'interpréter au mieux des intérêts français les traités [ 160 ] . En Franche-Comté par exemple une chambre du parlement de Besançon sera chargé de cette tâche. Le cas le plus délicat sera celui de Strasbourg, une ville libre. Au départ Louis XIV modère ses juristes mais quand un général de l'Empire se rend dans cette ville il change d'avis et il décide de l'occuper à l'automne 1681 [ 161 ] . Cette politique inquiéte. En 1680, l'Espagne et l'Angleterre signe un pacte d'entreaide mutuelle. Mais Louis XIV ayant menacé Charles II d'Angleterre de publier les termes du traité secret de Douvres allié à des espèces sonantes et trébuchantes accordées à ce souverain le font changer d'avis [ 162 ] Si la France accorde des subsides à des états allemands dont le Brandebourg l'inquiétude est vive dans les Etats allemands. Le roi ne joue pas réellement franc jeu avec l'Autriche qu'il soutient officiellement tut en ménageant leur ennemi turc qui menace Vienne. Finalement la Trêve de Ratisbonne confirmet pour vingt ans la plupart des avancées française notamment à Strasbourg [ 163 ] . Parmi les alliés de l'Espagne Louis XIV a pris en grippe la république de Gênes qui n'a pas traité avec le respect qui lui était du l'ambassadeur de France. La ville est bombardée par la flotte française de Duquesne et en partie détruite. En 1685, le doge de Gênes devra venir à Versailles s'incliner devant le roi [ 163 ] .

La guerre de neuf ans ou Guerre de la Ligue d'Augsbourg

Article détaillé : Guerre de neuf ans .
Le contexte

Les causes du déclenchement de la nouvelle guerre sont multiples. Pour Léopold Ier (empereur du Saint-Empire) le traité de Ratisbonne n'est que provisoire. Il doit être revu quand il aura vaincu les turcs à l'est [ 164 ] Au contraire Louis XIV insiste pour que la Trêve de Ratisbonne soit prorogée. Par ailleurs, l'attitude de Louis XIV envers les protestants irritent les Hollandais qui innondent la France de libelles contre le régime de tyrannique de Louis XIV et contre un roi qualifié d'Antéchrist [ 164 ] . En Angleterre, le roi catholique, Jacques II allié incommode de Louis XIV est renversé pendant la Glorious Revolution de 1688-1689 et remplacé par le protestant Guillaume d'Orange [ 165 ] . En Savoie Louis XIV traite le Duc Victor-Amédé comme un vassal [ 166 ] . En Allemagne le roi veut faire valoir les droits de la Princesse Palatine sur le Palatnat de manière éviter que le nouvel électeur ne soit un fidèle de l'Empereur. En juillet 1686, les princes allemands craignant une nouvelle extension des "réunions" forment la ligue d'Augbourg comprenant l'Empereur, le Roi d'Espagne, le Roi de Suède, l'Électeur de Bavière, celui du Palatinat et le Duc de Holstein-Gottorp [ 167 ] . Durant la même période les rapports de la France avec Innocent XI, mauvais depuis l'affaire de la régale ne s'améliorent pas [ 168 ]

La guerre
La carte de la bataille navale du cap Béveziers

Le 24 septembre 1688, le roi faisant état du refus de transformer le traité provisoire de Ratisbonne en traité définitif et s'estimant menacé par la ligue d'Ausbourg indique se voir contraint d'occuper Philippsburg si ses adversaires sous trois mois n'acceptent pas une conversion de la Trève de Ratisbonne en Traité et si l'évêque de Strasbourg ne devient pas électeur de Cologne. Parallèlement, sans attendre la réponse, il fait occuper Avignon, Cologne et Liège [ 169 ] et met le siège devant Philippsburg . En 1689, dans le but d'intimider ses adversaires, Louvois provoque le sac du Palatinat qui loin d'effrayer ses adversaires renforcent ses adversaires puisque l'Électeur de Brandebourg, Frédéric Ier de Prusse , l'Électeur de saxe, le duc de Hanovre et le Landgrave de Hesse rejoignent la coalition de l'Empereur [ 170 ] .

Les armées françaises connaissent d'abord des revers, tant et si bien quen 1689, Madame de Maintenon , le Dauphin et le Duc du Maine poussent Louis XIV à changer ses généraux. C'est ainsi que le Maréchal de Luxembourg remporte la Bataille de Fleurus (1690) que Louis XIV et Louvois peu habitués à la guerre de mouvenent n'exploitent pas [ 171 ] . Tourville sur mer disperse une flotte anglo-hollandaise le 10 juillet à Cap Bézeviers . Par contre, en Irlande, les troupes de Jacques II (roi d'Angleterre) et de Lauzun sont battus par Guillaume III d'Orange-Nassau nouveau roi d'Angleterre [ 172 ] . Le 17 mars 1690 Louis XIV investit Mons , en 1692, il investit Namur , tandis que Victor-Amédée II envahit le Dauphiné [ 173 ] .

1692, c'est aussi l'année de l'échec de Saint-Vast-La Hougue où la flotte française qui devait aider Jacques II a reconquérir son royaume est battue. Cette défaite, fait renoncer la France à pratiquer sur mer la guerre d'escadre et à lui préférer le recours aux corsaires [ 174 ] . En 1693 survient la bataille de Bataille de Neerwinden (1693) , une des plus sanglantes du siècle où les français s'emparent d'un grand nombre de drapeaux ennemis. En Italie, le maréchal Nicolas de Catinat bat Victor-Amédée à la Bataille de La Marsaille (octobre 1693) [ 175 ] . Sur mer en 1693, la flotte de la méditérannée aide l'armée françaiise de catalogne à s'emparer de Rosas , puis de concert avec la flotte de Tourville , coule ou détruit 83 navires d'un convoi anglais qui escorté par les Anglo-Hollandais faisait route vers Smyrne [ 176 ] . La guerre s'enlise quand Charles XI de Suède propose une médiation [ 177 ] .

La paix de Ryswick
Article détaillé : paix de Ryswick .
Sébastien Le Prestre de Vauban estime que la paix de Ryswick la plus infâme depuis les traités de Cateau-Cambrésis .

La Savoie est la première fait la paix avec la France, forcant ses alliés à une suspension d'arme en Italie. Finalement l'Angleterre, la Hollande et l'Espagne signent un acord en septembre 1697 rejoints le 30 octobre par l'Empereur et les princes allemands [ 173 ] . La France reçoit Saint Domingue (l'actuel Haïti ), conserve Strabourg et tandis que les Hollandais lui rendent Pondichéry . En revanche, elle doit rendre Barcelone, Luxembourg ainsi que les places fortes des Pays-Bas occupées depuis le traité de Nimègue , Louis XIV reconnait Guillaume d'Orange comme roi d'Angleterre, tandisque les Hollandais obtiennent de la France des avantages commerciaux. La Francea certes obtenu des frontières plus linéaires mais elle est placée sous la surveillance des autres pays. Guillaume d'Orange et l'Angleterre sortent renforcés et ont imposé leur concept de « blance de l'Europe » , c'est-à-dire l'idée qu'il convient d'éviter qu'il y ait en Europe continentale une puissance dominante. La paix est mal accueillie en France. Les français ne comprennent pas qu'après tant de victoires proclamées il ait été fait tant de concessions. Vauban , quant-à-lui estime qu'il s'agit de la paix la « plus infâme depuis celle de Cateau-Cambrésis  » [ 63 ] .

1697-1714 : La guerre de succession d'Espagne

Article détaillé : Guerre de Succession d'Espagne .

Le contexte

La fragilité de la santé du roi espagnol Charles II de Habsbourg , sans enfant et qui ne peut pas en avoir pose très tôt le problème de sa succession que vont se discuter les Bourbons de France et les Halsbourg d'Autriche [ 178 ] Le problème est que tant la solution française qu'autrichienne amène un déséquilibre en Europe. Aussi un ensemble de traité de partage va être élaboré entre la France et les autres pays sans aboutir à rien de concret. Finalement les espagnols convainquent Charles II que le mieux serait un candidat français projet que pour des raisons internes à l'Italie, le pape Innocent XII soutient [ 179 ] . Louis XIV va beaucoup hésiter avant de se décider. Le Conseil d'en-haut qu'il consulte est aussi divisé. En effet accepter le testament c'est porter un Bourbon sur le trône d'Espagne ce n'est pas agrandir la France ce que permettent les projets de traité. C'était d'ailleurs la position défendue par Vauban [ 180 ] . D'un autre côté laiiser l'Espagne aux Hadsbourg c'est risquer l'encerclement. Enfin l'Espagne est alors un pays économiquement exanuge de 6 millions d'habitants en métropole difficile à redresser comme les constateront les français un temps employés à cette tâche. Finalement Louis XIV accepte car il ne peut s'empêcher de voir le testament comme un « ordre de Dieu » [ 181 ] .

Les autrichiens prennent cette décision comme un casus belli et font alliance avec l'Électeur palatin, l'Électeur de Hanovre et celui de Brandebourg que les princes germaniques autorisent à se nommer roi de Prusse . Guillaume d'Orange pour les anglais et Heinsius pour les hollandais ne sont pas favorables au testament mais se heurtent à des opinions publiques qui ne veulent pas de guerre [ 182 ] . La guerre va survenir suite à des maladresses de Louis XIV qui conserve au nouveau roi d'Espagne des droits sur le royaume de France et qui intervient contre des garnisons hollandaises en Belgique sans respecteur les formes prévues dans les traités [ 183 ] .

De son côté le nouveau roi d'Angleterre Guillaume d'Orange s'acrive à réarmer son nouveau pays et pousse à l'opposition avec Louis XIV qui avait soutenu, avec une certaine méfiance, le roi déchu Jacques II. Aussi, et bien que le Grand roi ait tenté le dialogue, le 14 mai 1702 L'Angleterre, la Hollande et l'Empereur lui déclarent la guerre, rejoints par le Danemark, le roi de Prusse et de nombreux princes et évêques allemands [ 184 ] . Les animateurs militaires de cette coalition seront le Eugène de Savoie , Anthonie Heinsius et John Churchill (1er duc de Marlborough) [ 185 ] . De son côté si la France compte des généraux médiocres comme Villeroy ou Tallard, elle compte deux maréchaux niveau que Churchill et le Prince Eugène avec Vendôme et Villars [ 186 ]

Défaites militaires, pourparlers de paix dilatoires et appel au peuple

Villars à la bataille de Denain , peinture de Jean Alaux (1788–1858).

La guerre commence par une série de défaite si l'on excepte la percée de Claude-Louis-Hector de Villars en Allemagne [ 187 ] . la Provence est envahie, et Toulon assiégé en 1707 [ 188 ] . En Flandre la mésentente entre le duc de Vendôme et le duc de Bourgogne conduit à une retraite désastreuse en 1708 [ 189 ] . Au Conseil d'en haut, des divergences se font jour tandis que la situation financière n'est pas bonne. Aussi Louis XIV demande une suspension des combats et l'ouverture de négociationde paix en 1709. Mais ses adversaires ajoutent constamment de nouvelles demandes et veulent le contraindre à reconnaître un Habsbourg comme souverain de l'Espagne [ 190 ] .

Face à cette situation difficile, Louis XIV rédige ou fait rédiger par Torcy un appel au peuple où il explique sa position. Il écrit notamment :

« Je passe sous silence les insinuations qu'ils ont faites de joindre mes forces à celle de la Ligue, et de contraindre le roi, mon petit-fils, à descendre du trône, s'il ne consentait pas volontairement à vivre désormais sans Etats, à se réduire à la condition d'un simple particulier. Il est contre l'humanité de croire qu'ils aient seulement eu la pensée de m'engager à former avec eux pareille alliance. Mais, quoique ma tendresse pour mes peuples ne soit pas moins vive que celle que j'ai pour mes propres enfants; quoique je partage tous les maux que la guerre fait souffrir à des sujets aussi fidèles, et que j'aie fait voir à toute l'Europe que le désirais sincèrement de le les faire jouir de la paix, je suis persuadé qu'ils s'opposeraient eux-mêmes à les recevoir à des conditions également contraires à la justice et à l'honneur du nom FRANCAIS cité in Jean-Christian Petitfils [ 191 ] . »

Le mot FRANCAIS écrit en majuscule dans le texte original est un « appel au patriotisme » . Le roi, en oposition avec la pensée absolutiste ne demande pas l'obéissance mais le soutien du peuple [ 191 ] . La lettre lue aux troupes par le maréchal de Villars provoque un sursaut chez les soldats qui lors de la bataille de Malplaquet font preuve d'une grande combativité. S'ils doivent finalement battre en retraite, ils infligent à leur ennemi des pertes deux fois plus importantes que celles qu'ils ont à déplorer [ 192 ] .

Une paix voulue par la France et l'Angleterre : les traités d'Utrech

Article détaillé : Traités d'Utrecht (1713) .

En avil 1710, les Tories arrivent au pouvoir en Angleterre et sous l'impulsion de Henry St John (1er vicomte Bolingbroke) met au premier rang de la politique étrangère anglaise le domaine maritime et colonial, décision fait vraiment entrer le pays   « dans le concert des grandes puissances mondiales » [ 193 ] . Les anglais qui ne veulent ni d'une Espagne française ni autrichienne, acceptent lors des Préliminaires de Londres que Philippe V d'Espagne reste roi d'Espagne à condition que Louis XIV s'egage à ce que le roi d'Espagne ne puisse pas être aussi roi de France. Les autres belligérants trouvent cela insuffisant. Mais les anglais sont déterminés et font pression notamment financière sur leurs alliés tandisque le maréchal de Villars gagne la bataille de Denain et triomphe d'une armée qui menace d'envahir la France [ 194 ] . Aussi les belligérants acceptent de négocier et vont signer les Traités d'Utrecht (1713) . Philippe conserve le trône d'Espagne, les anglais reçoivent l'île de Saint-Christophe, la baie et le détroit d'Hudson, l' Acadie , Terre Neuve et il leur est consentie au niveau commercial la clause de la « nation amie » . Les hollandais rendent Lille à la France qui conserve l'Alsace. Les Habsbourg étaitent confirmés dans leur possession des ex-Pays-Bas espagnols, du Milanais , du royaume de Naples et de la Sardaigne . Victor-Amédée II recouvre la souveraineté de la Savoie et du Comté de Nice [ 195 ] .

Politique économique

Le roi et Colbert par Charles Le Brun .

D'un point de vue économique deux périodes sont à distinguer la période d'avant 1680 assez et brillante et la période 1680-1715, où le gouvernement de plus en plus solitaire de Louis XIV après la mort de ses grands ministres Colbert et Le Tellier prive les forces économiques de moyen de se faire entendre [ 196 ] et pénalise d'autant plus l'économie que les finances royales pèsent sur l'activité économique.

Le Colbertisme

Article détaillé : colbertisme .

Pour Colbert la richesse d'un pays est liée à son stock d'or. Or la France n'a pas de mines d'or et sa balance commerciale avec l'extérieur est déficitaire. Pour inverser cette tendance il faut donc diminuer les importations constituées surtout de produits de luxe italiens ou flamands. Il convient de créer ou de favoriser les industries du pays. Colbert n'hésite pas à pratiquer l'espionnage industriel notamment au détriment de Venise [ 197 ] à qui il emprunte les secrets de la verrerie. En octobre 1664, il peut ainsi créer la « manufacture de glaces, cristaux et verres » qui deviendra plus tard Saint-Gobain [ 198 ] . Un édit de 1664 autorise l'établissement des manufactures royales de tapisserie de haute et basse lice à Beauvais et en Picardie [ 199 ] . Colbert essaye aussi d'améliorer la qualité de l'industrie textile établie depuis longtemps en Picardie et en Bretagne en publiant force édits [ 200 ] . Il favorise aussi les voies de communication, notamment les voies fluviales (canal d'Orléans, canal de Calais à Saint-Omer), canal du Midi [ 200 ] .

La France depuis le début du XVII e  siècle se désolait de voir le commerce maritime dominé par les Hollandais, les Flamands, les Anglais et les Portugais. Aussi entreprit-il de bâtir une flotte et de créer des compagnies commerciales : Compagnie des Indes orientales (océan Indien), Compagnie des Indes occidentales (Amériques), Compagnie du Levant (Méditerranée et Empire ottoman ) et Compagnie du Sénégal (Afrique) pour promouvoir le commerce triangulaire des esclaves . Mais cela n'aboutit qu'à des « demi-réussites ou d'évidents échecs » (Compagnie des Indes occidentale) [ 200 ] . Pour Poussou [ 201 ] , plus que de mercantilisme, la France pratique une économie de rattrapage visant à à se mettre au niveau des Hollandais qui vers 1661 étaient la puissance maritime et commerciale dominante.

Un certain dynamisme économique des sujets du roi

Une flûte de champagne, un vin inventé par Dom Perignon sous Louis XIV

Si les agents économiques privés sont réticents à rejoindre les grandes compagnies, ils font malgré tout preuve de dynamisme. Les Bretons vendent à la fin du règne leurs toiles en Espagne, les Malouins durant la guerre de succession d'Espagne sont actifs dans l'Atlantique sud [ 202 ] . Par ailleurs c'est à cette époque qu'on invente le Champagne (AOC) . Enfin la fabrication de drap fin se développe dans le Carcassonnais tandis que la soierie Lyonnaise s'impose au détriment de la production italienne [ 203 ] . Selon Jean-Pierre Poussou « les marchands et négociants s'accommodaient mal du dirigisme de Colbert » [ 204 ] et se montrent plus dynamiques quand Pontchartain prend le relais et ce même si la révocation de l'édit de Nantes a privé la France de négociants et surtout d'artisans et d'ouvriers spécialisés protestants qui contribueront à l'émergence de concurrents dans les pays qui les accueilleront [ 204 ] . Il convient de dire que les dépenses militaires ainsi que les constructions entreprises en grand nombre dans le royaume entretiennent une forte demande intérieure qui favorise la production intérieure et le commerce [ 205 ] .

D'après l'historien Gérard Noiriel , sous le règne de Louis XIV, la moitié des paysans sont des journaliers (ouvriers agricoles). Ils disposent d'un lopin de quelques ares, sur lequel ils ont construit une maison d'une seule pièce. Ils cultivent aussi un potager, avec quelques poules et quelques brebis pour la laine. La fraction la plus pauvre de la paysannerie est composée de manœuvriers qui ne possédaient que quelques outils manuels (faucille, fourche, etc.). Du printemps jusqu'au début de l'automne, ils travaillent sur les terres du seigneur, d'un membre du clergé ou d'un riche laboureur. Ils participent aux moissons, aux foins et aux vendanges. En hiver, ils cherchent à se faire embaucher comme hommes de peine. Plus de moitié des revenus des paysans sont ponctionnées par les classes dirigeantes à travers divers impôts : taille , dîme , auxquels s'ajoutent les taxes sur le sel, sur le tabac, sur l'alcool et les droits seigneuriaux [ 206 ] . Pour Jean-Christian Petitfils , la misère n'est pas générale et il existait « une paysannerie aisée » , comprenant de grands exploitants, des fermiers, des laboureurs, de petits vignerons en Val de Seine, ou des « haricotiers » dans le Nord qui arrivaient à sortir de la misère [ 207 ] .

Les colonies

Les colonies d'Amérique du Nord

Carte de l'Amérique en 1681.

Malgré tout, les colonies sont plus une priorité pour Colbert que pour le roi. Colbert fort narri de la faiblesse de l'émigration vers le Canada prône les mariages mixtes français indiennes mais il se heurte à des réticences notamment à celle de l'Église [ 208 ] . Aussi est lancée l'opération « les filles du roi  » au Canada (Nouvelle-France) qui vise à envoyer au Canada de jeunes orphelines. Entre 1666 et1672 entre 764 et 1000 orphelines seront ainsi envoyée au Québec qui contribuent au doublement de la population globale de la colonie [ 209 ] commerce avec la nouvelle France transite principalement par La Rochelle dont la flotte triple entre 1664 et 1682 [ 210 ] .

Les colonies pratiquant le commerce triangulaire

Article détaillé : commerce triangulaire .
Pavillon du Roi-Soleil.

Ces colonies produisent surtout du sucre en pratiquant le commerce triangulaire. L'expansion sera très forte à Haïti qui passe de 18 plantations en 1700 à 120 en 1704 [ 205 ] .

Selon l'historien Tidiane Diakité Louis XIV serait de tous les rois de France et de l'Europe le seul à s'être autant intéressé à l'Afrique [ 211 ] , [ 212 ]  : il fut celui qui eut la correspondance la plus fournie avec des rois d' Afrique , celui qui dépêcha auprès d'eux le plus d'émissaires et chargés de mission, et il reçut des Africains à la cour. Certains fils de rois noirs, comme le prince Aniaba, furent élevés à Versailles , baptisés par les soins du roi qui caressait l'espoir d'une évangélisation de l' Afrique  ; il favorisa l'envoi de missionnaires, y compris en Éthiopie , royaume chrétien mais « infecté de plusieurs hérésies » [ 213 ] . Cet objectif d'évangélisation est d'ailleurs associé à celui de développement du commerce avec l'Afrique ; la France était alors en concurrence avec les nations commerçantes d'Europe du Nord dans ce domaine. La Compagnie du Sénégal est sa création, et certains préconisaient la création d'une colonie française à Saint-Louis.

Selon Diakité, Louis XIV semble avoir été attiré par ce continent mystérieux, dominé par des rois méconnus, eux-mêmes fascinés par le prestige de celui que les explorateurs français s'attachaient à présenter comme le « plus grand roi de l'Univers » . Pour Louis XIV , l'Afrique était un des enjeux du rayonnement de la monarchie française, au-delà des questions économiques et religieuses. Les Hollandais cherchèrent d'ailleurs en vain à ruiner cette image en mettant en avant la médiocrité des Français dans le commerce, leurs prétentions et leurs mauvaises manières [ 212 ] .

Schéma classique du commerce triangulaire entre l'Afrique, les Amériques et l'Europe.
Le Code noir
Article détaillé : Code noir .

Dans le contexte de la codification absolutiste du Royaume, de la religion et de l'économie, Louis XIV , en mars 1685 , promulgue le «  Code noir  » considéré par certains auteurs comme « le texte juridique le plus monstrueux qu'aient produit les Temps modernes » [ 214 ] . Ce texte, qui expulse les Juifs des Antilles, définit les règles de métissage et régularise le plein usage des esclaves dans les colonies auquel il donne un cadre juridique. Ses détracteurs y dénoncent une institutionnalisation de l'esclavage et de ses sévices (amputations par exemple en cas de fuite…) ; il pose toutefois certaines limites à l'arbitraire des propriétaires (une obligation de soins et de nourriture suffisante) et il est reconnu aux esclaves un droit limité à certaines formes de droits religieux, juridiques, de propriété et de retraite. Mais même ces rares dispositions furent mal appliquées, du fait de la pression des colons sur la justice.

Les crises agricoles

La crise de de 1693-1694 et l'impôt de capitation

Cette crise n'est pas liée à un hiver trop rude mais à un été assez froid, marqué par des pluies diluviennes qui gâchent les récoltes. Dans les secours, le gouvernement privilégie Paris et l'armée. Il s'en suit des séditions et un afflux de population vers les villes. Le bilan est de 1 300 000 morts, soit presque autant que durant la guerre de 1914 [ 215 ] .

Le grand hiver de 1709

L'hiver 1909 fut très froid. La Seine, le Rhône et la Garonne sont pris par les glaces. Les oliviers meurent et les semis ne donnent que peu de fruits. Il s'en suit une famine sévère, malgré des importations de blé étrangers. Le bilan de la famine s'élève à 630 000 morts [ 216 ] .

Les problèmes financiers

La crise financière des années 1674-1676

La guerre entraine dès 1675 un accroissement du déficit public, qui passe de 8 millions en 1672 à 24 millions en 1676 [ 217 ] . Pour faire face, Colbert augmente les impôts existants, ressuscite d'anciens impôts et en crée d'autres. Il invente aussi une sorte de bons du trésor et crée une caisse des emprunts. La guerre de Hollande marque la fin du colbertisme, car l'État n'est plus en mesure de soutenir l'industrie ni directement par des aides ni indirectement par ses commandes [ 218 ] .

Les impôts : capitation, dixième

Etablissement de la charte de la Banque d'Angleterre (1694) , par Lady Jane Lindsay, 1905

En 1694, Louis XIV crée un impôt sur le revenu qui touche tout le monde, y compris le dauphin et les princes : l'impôt de capitation. Cet impôt distingue vingt et une classes de contribuables à partir d'une analyse multicritère qui ne tient pas seulement compte des trois classes (noblesse, clergé, tiers état) mais également des revenus réels des personnes [ 219 ] . La capitation est supprimée en 1697 et rétablie en 1701 mais elle perd sa fonction d'impôt sur le revenu qui est repris par le dixième denier ("dixième") ispirée par la Dîme royale préconisée par Vauban [ 220 ] .

Il convient de ne pas exagérer le poids des impôts en France sous Louis XIV. Une étude anglaise a montré que les français sont en 1715 moins taxés que les anglais. Les impôts ne représentent que 0,7 hectolitre de grain de froment par contribuable en France contre 1,62 en Angleterre. En fait la France est alors un pays qui thésaurise beaucoup et de ce point de vue ce ne sont pas tant les sujets dans leur ensemble qui sont pauvres que l'Etat qui n'a pas réellement modernisé son système fiscal [ 221 ]

Les finances à la fin du règne

À la mort de Louis XIV , conséquence des guerres incessantes et des grands travaux, la France connaît une « crise financière sans précédent » [ 222 ] . Les embarras financiers de l'État deviennent « l'élément le plus fâcheux de la situation du royaume » en 1715 [ 223 ] , compliquant la tâche du régent, Philippe d'Orléans (1674-1723) , l'adulte de la famille royale le plus proche du roi, qui est aussi confronté à de grosses difficultés dans le domaine religieux. La dette s'élève à 3,5 milliards de livres [ 224 ] , soit dix années de recettes fiscales. Pour tenter de la résorber, le financier écossais John Law crée une nébuleuse de sociétés autour de la Banque générale , au capital de 6 millions de livres, fondée le sur le modèle de la Banque d'Angleterre , avec des actions échangeables contre les créances sur l'État. Pour   Jean-Christian Petitfils Louis XIV n'a pas su doter la France d'une Banque centrale comme l'ont fait les anglais avec la Banque d'Angleterre qui aurait permis de rationnaliser le financement de l'Etat [ 218 ] .

Le roi et la religion

Louis XIV tire son pouvoir du droit divin et a une vie et un rôle religieux. Il défend le catholicisme , surtout après la « conversion du roi » en 1680, liée notamment à l' affaire des Poisons qui lui fit probablement prendre conscience des conséquences funestes de ses désordres amoureux [ 225 ] .

Un roi très chrétien dès l'enfance

Article connexe : Très chrétien .

La place de la religion dans la vie du roi est importante, par des rites quotidiens ou royaux auxquels il s'astreint volontairement et par l'écoute des sermons.

Une existence liturgique

Le roi a une existence liturgique dense : dès son enfance, sa vie publique est ponctuée de nombreux actes religieux qui signifient aux yeux du public la grandeur de la fonction royale [ 226 ] plus que les spectacles et fêtes profanes du roi.

Sa journée, la semaine et l'année du Roi sont ponctués de rites. Anne d'Autriche lui impose des exercices de piété réguliers, dès sa première éducation religieuse, confiée à Hardouin de Péréfixe . D'après l'abbé de Choisy, elle recourt à des méthodes rigoureuses pour lui inculquer un esprit religieux : « Il n'y avait que sur le chapitre de la religion qu'on ne lui pardonnait rien ; et parce qu'un jour la reine mère, alors régente l'entendit jurer, elle le fit mettre en prison dans sa chambre, où il fut deux jours sans voir personne, et lui fit tant d'horreur d'un crime qui va insulter Dieu jusque dans le Ciel, qu'il n'y est presque jamais retombé depuis, et qu'à son exemple le blasphème a été aboli par les courtisans qui en faisaient alors vanité » [ 227 ] . Le roi se confesse dès l'âge de 9 ans (au père Paulin) et fait sa première communion le jour de noël 1649 (en mémoire du baptême de Clovis [ 228 ] au lieu de la traditionnelle date de Pâques ) quelques jours après sa confirmation. Le lendemain des cérémonies du sacre du 7 juin 1654, il devient grand Maître de l' ordre du Saint Esprit [ 229 ] .

Avant de sortir de son lit, et le soir au coucher [ 230 ] , le roi reçoit l'' eau bénite apportée par son chambellan, se signe et, assis, récite l'office du Saint-Esprit [ Note 3 ] . Habillé, il s'agenouille et prie en silence. Au lever, il indique l'heure à laquelle il souhaite assister à la messe quotidienne, qu'il ne manqua qu'exceptionnellement, en cas de campagne militaire. En tenant compte des jours où Louis XIV assiste à plusieurs messes, on estime qu'il a été présent à environ trente mille messes dans sa vie [ 231 ] . L'après-midi, il se rend régulièrement à l'office liturgique des vêpres, célébrées et chantées par la chapelle les jours solennels [ 232 ] . Chaque résidence royale est ainsi dotée d'une chapelle palatine à deux niveaux, avec tribune intérieure permettant au roi d'assister à la messe sans avoir à descendre au rez-de-chaussée [ Note 4 ] , [ 233 ] . Le roi ne communie qu'en certaines occasions [ Note 5 ]  : le samedi saint, la vigile de Pentecôte, la vigile de la Toussaint et la vigile de noël, le jour de l'Assomption ou de l'Immaculée Conception. Il assiste au salut du Saint-Sacrement , célébré tous les jeudis et dimanches en fin d'après-midi, ainsi que durant toute l'octave de la Fête-Dieu [ 234 ] .

Scène de lavement des pieds : panneau gauche d'un retable de la Passion du Christ , Maître du Livre de Raison , v.  1475 , Gemäldegalerie de Berlin

En raison du sacre , certains rites religieux s'appliquent au roi de France pour rappeler son statut particulier de roi très chrétien [ 235 ] . Louis XIV les assume avec une dévotion croissante. D'abord, la présence du Roi à la messe entraîne des actions liturgiques [ Note 6 ] proches de celles prévues en présence d'un cardinal, d'un archevêque métropolitain ou d'un évêque diocésain. Il est assimilé à un évêque sans juridiction ecclésiastique [ 236 ] . De plus, chaque jeudi saint , comme tous les évêques catholiques, dès l'âge de quatre ans [ 237 ] , le roi procède à la cérémonie du lavement des pieds ou Mandé royal ( Mandatum ou de Lotio pedum ). Sélectionnés la veille, examinés par le premier médecin du roi, lavés, nourris et revêtus d'une petite robe de drap rouge, treize garçons pauvres sont amenés dans la grande salle des gardes, à l'entrée de l'appartement de la reine [ Note 7 ] (les autres chefs d'État catholiques, ne lavent les pieds que de douze pauvres [ 238 ] ). Enfin, en vertu d'un pouvoir thaumaturgique dérivé du sacre, le roi de France est supposé pouvoir guérir les écrouelles , une forme ganglionnaire de la tuberculose. Cette dimension quasi sacerdotale est le signe que les rois de France, qui ainsi « font les miracles de leur vivant […] ne sont pas purs laïques, mais que participant à la prêtrise, ils ont des grâces particulières de Dieu, que même les plus réformés prêtres n'ont pas » [ 239 ] . Le roi n'apparait que comme un intermédiaire du pouvoir de Dieu [ 240 ] . Louis XIV utilise la formule « le Roi te touche Dieu te guérisse » (et non plus « Dieu te guérit » ), ce qui n'est pas lié à une baisse de croyance dans son pouvoir thaumaturgique : le subjonctif laisse à Dieu la liberté de guérir ou de ne pas guérir selon que cela est utile au malade ou non. Versailles devient un lieu de pèlerinage. Les malades y sont accueillis sous les voûtes de l'Orangerie. Le roi a touché près de 200 000 [ 241 ] scrofuleux , dont la maladie peut se manifester par des plaies purulentes sur le visage, et ne s'en plaignait pas d'après le chroniqueur du Mercure Galant [ 242 ] .

Un roi à l'écoute des sermons en chaire des prêtres

Le roi assiste à des sermons, des oraisons et à au moins vingt-six prédications lors de l' Avent et du Carême . Les prédicateurs viennent d'horizons variés, prêtres ou religieux comme Don Cosme de l' ordre des Feuillants , ou le père Séraphin, de l' ordre des Capucins [ Note 8 ] , [ 243 ] . Les thèmes de prédication sont libres, même si traditionnellement le sermon du 1 er novembre porte sur la sainteté , celui du sur la pureté [ 244 ] . C'est un des seuls espaces de critique possible sous l'absolutisme : les sermonneurs ne sont pas complaisants et mettent régulièrement en cause certains comportements du roi ou de la cour et le lien entre la vertu du roi et le bonheur de son peuple est régulièrement mis en avant. Bossuet, défenseur du droit divin et théoricien de la supériorité de la monarchie prône une politique royale en faveur des pauvres [ 245 ] , insiste sur les devoirs du roi et défend un programme de politique chrétienne : protection de l'Église et de la foi catholique, éradication de l'hérésie protestante, répression des blasphèmes et des crimes publics, pratique des vertus et notamment de la justice [ 246 ] .

Du libertinage à la dévotion

Jacques-Bénigne Bossuet , évêque et précepteur du Dauphin.

Le jeune roi, qui a su conserver le secret même à son confesseur lors de l'arrestation du frondeur Paul de Gondi, cardinal de Retz en 1652 [ 229 ] , ne se laisse pourtant pas dicter sa conduite par les religieux. Notons ici que jusque vers la fin des années 1670-début 1680 le roi et la cour s'adonnent à un très fort libertinage qui choque les dévôts. Le roi se convertira au moment où quittant Madame de Montespan , il se remarie secrétement avec Madame de Maintenon [ 247 ] . Jeune, on le soupçonne d'avoir soufflé à Molière l'idée du Tartuffe [ 248 ] . Notons que sur ce point, il suit les dernières décisions de Mazarin (1660) défavorables au parti dévôt que soutient en revanche la reine mère , jusqu'à son décès en 1666 [ 248 ] . Dés qu'il occupe réellement le pouvoir à partir de 1661, Louis XIV affirme vouloir soumettre les factions religieuses du royaume dans une unité d'obéissance [ 248 ] .Dès le , il fait savoir au Parlement qu'il a décidé d'éradiquer le jansénisme où il voit un rigorisme rendant impossible les hardiesses requises d'un chef d'État dans l'exercice de son autorité et l'obéissance due par les sujets [ 249 ] . Par ailleurs, il affirme son autorité et l'indépendance du clergé français par rapport au pape. Alexandre VII est même menacé de guerre en 1662 car il veut réduire l' extraterritorialité de l'ambassade de France à Rome (pour raisons diplomatiques et de police). Avignon est occupée [ 250 ] .

En 1664 il dissout les congrégations secrètes notamment la compagnie du Saint-Sacrement qui compte autant de dévôts jésuites que jansénistes. Cette dissolution n'est pas seulement liée à la dévotion de ses membres elle tient surtout au fait que le Roi s'inquiète de la constitution d'un groupe échappant à son contrôle [ 251 ] .

Louis XIV et les jansénistes

Article détaillé : Jansénisme .

Jansénistes et jésuites deux pôles opposés sur la question de la grâce

Deux visions de la grâce s'opposent à l'intérieur du christianisme depuis Pélage (hérésiarque) et Saint Augustin . Pour le premier l'homme peut faire son salut par lui-même sans recourir à la grâce divine. Au contraire pour Augustin D'Hippone, la vanité humaine symbole de la nature corrompue des êtres humains ne le permet pas le salut sans l'intervention de Dieu [ 252 ] . Traditionnellement, l'Église opte pour un moyen terme entre les deux. La Renaissance , en pariant sur la liberté humaine a eu tendance à revenir au pélagisme d'où les réactions de Luther et de Calvin plus proches sur ce point de l'augustinisme [ 253 ] . Les jésuites notamment Molina développent quant à eux la notion de grâce suffisante proche de la vision pélagienne de la grâce et débouchant sur une religion humaine qui nie le côté tragique de la vie. Cela entraîne en réaction une Réformation catholique plus augustinienne où s'illustrent de nombreux hommes d'église français tels Pierre de Bérulle , François de Sales ou Vincent de Paul . Au départ les Jansénistes peuvent être vus comme participant de ce courant de réformation [ 254 ] .

Les politiques de Mazarin puis de Louis XIV vis-à-vis des jansénistes

Richelieu connait Saint-Cyran , un des fondateurs du jansénisme en qui il voit le successeur de Bérulle à la tête du parti dévôt. Aussi il le fait enfermer [ 255 ] . Le jansénisme d'une certaine façon va être renforcé par la condamnation papale de certaines des thèses de l' Augustinus , le livre de Jansénius, l'autre fondateur du jansénisme. En effet, la bulle In Eminanti incite Antoine Arnauld à écrire De la fréquente communion , un livre clair et compréhensible par tous qui s'oppose à une religion mondaine des jésuites [ 256 ] . En 1653 le pape Innocent X par la bulle Cum occasione condamne cinq propositions dont il est sous-entendu qu'elles figurent dans l'Augustinus. Mazarin, désireux de se concilier le pape, décide, après avoir demandé conseil aux évêques, que ces propositions figurent dans l'Augustinus [ 257 ] . Les jansénistes commencent alors à être victimes de rumeurs et de pression de l'appareil d'État [ 258 ] . Lorsque Louis XIV commence à exercer lui-même le pouvoir, les persécutions s'intensifient et les religieuses de Port-Royal sont dispersées en 1664. Commence alors un jansénisme souterrain qui se poursuivra tout le 18 e  siècle . Si la politique de Mazarin était uniquement marquée par des considérations de politique politicienne, les décisions de Louis XIV sont plus réfléchies, et portent sur des questions de fond. Il se méfie des jansénistes car leur volonté d'autonomie les amène à s'opposer à un pouvoir absolu de droit divin. De plus, ils sont portés sur l'austérité alors que le roi aime les divertissements, la pompe, les arts [ 259 ] .

Pape Innocent XI (1611-1689), Bienheureux de l'Église catholique

Du droit de régale au gallicanisme

Article connexe : Gallicanisme .

Le droit de régale repose sur une coutume qui permet au roi de France de percevoir « les revenus des évêchés vacants et de nommer aux canonicat des chapitres jusqu'à ce que le nouvel évêque ait fait enregister son serment par la cour des Comptes » [ 260 ] . Le roi se fondant sur la jurisprudence du parlement de Paris, décide en d'étendre cette pratique à tout le royaume alors qu'elle ne touchait que la moitié du royaume [ 261 ] . Les évêques de tendance janséniste de Pamiers et d'Alet décident d'en appeler au pape au nom de la liberté de l'Église face au pouvoir séculier [ 262 ] . Le pape Innocent XI leur donne raison par trois trois brefs. En juillet 1680, l'assemblée du clergé soutient la position royale. À la suite de divers incidents, le pape excommunie un des évêques nommés par le roi. Une nouvelle assemblée du clergé en cherche à ménager les parties. Le roi cherche aussi un compromis en renoncant à certaines prérogatives. Le pape restant sur ces positions, l'assemblée du clergé adopte en les quatre articles qui serviront de base au gallicanisme [ 263 ] .

L' article 1 affirme la souveraineté du roi sur les affaires temporelles ; l' article 2 accorde « la plénitude de puissance » au pape sur les affaires spirituelles tout en y apportant des restrictions ; l' article 3 rappelle les principes de base du gallicanisme concernant la spécificité des règles, moeurs et constitutions du royaume de France ; le quatrième article émet de façon subtile des doutes sur la doctrine de l'infaillibilité pontificale [ 263 ] . Le pape refusant ces articles, les évêques français rétorquent « l'Église gallicane se gouverne par ses propres lois ; elle en garde inviolablement l'usage » [ 263 ] . Le parlement de Paris enregistre les articles en .

Cette épreuve de force à deux conséquences : le pape refuse d'approuver les nominations au poste d'évêque proposées par le roi, provoquant la vacance de nombreux postes ; l'appui du clergé français au roi oblige en quelque sorte ce dernier à adopter la ligne dure de l'Église de France face aux protestants [ 262 ] .

Louis XIV et les protestants

Après la révocation de l'édit de Nantes , le protestantisme devient interdit sur le territoire français.

Persécutions des protestants

Le protestantisme est, à l'époque de Louis XIV , minoritaire en France, où il n'a jamais constitué plus de 10 % de la population y compris lors des guerres de religion du XVI e  siècle . En 1660-1670, ils étaient environ 787 400 [ 264 ] . L' édit , signé à Nantes le par le roi de France Henri IV , était un compromis qui laissait la liberté de culte aux protestants dans certaines limites et la possession de certaines places fortes militaires. Cette possibilité de conserver des places fortes a été révoquée sous le règne de Louis XIII lors de la paix d'Alès en 1629 .

À la cour, le parti nobiliaire protestant a disparu. La conversion d' Henri IV et l'édit d'Alès l'avaient affaibli et Louis XIV , en « domestiquant » la noblesse, « domestiqua » aussi la religion : bon nombre de nobles protestants, pour acquérir une charge durent se convertir à la religion du roi, le catholicisme.

Au plan local et par des arrêts du Conseil, Louis XIV restreignit petit à petit les libertés accordées aux protestants par l'application rigide de l'édit de Nantes, jusqu'à vider le texte de sa substance. La logique du "tout que ce qui n'était pas autorisé par l'édit est interdit" conduit à l'interdiction de tout prosélytisme et de certains métiers pour les membres de la RPR . Avec l'arrivée au pouvoir de Louvois , la pression sur les protestants s'aggrave par l'obbligation qui leur est faite de loger les troupes [ 265 ] ( dragonnades ). Il convient de noter que les dragonnades ont été d'abord utilisées en Bretagne en 1675 pour venir à bout d'une révolte [ 266 ] . La radicalisation de cette politique accélére des conversions contraintes [ 266 ] . Louis XIV reçoit de son administration des listes de conversions et voit là « l'effet de sa piété et de son autorité » . Selon Jean-Christian Petitfils si le roi est mal informé par ses services et ses courtisans qui lui cachent la cruelle réalité, il n'en demeure pas moins que celui-ci « formé par des confesseurs jésuites, nourri dès l'enfance de sentiment antiprotestants » ne demande qu'à croire ce qu'on lui dit [ 60 ] .

Révocation de l'édit de Nantes

Article détaillé : Édit de Fontainebleau (1685) .
Monument dédié aux huguenots français venus s'installer à Franschhoek dans la province du Cap (Afrique du Sud) en 1688.


L'édit de Nantes est révoqué par Louis XIV le [ 267 ] par l' édit de Fontainebleau ) [ Note 9 ] , contresigné et inspiré par le chancelier Michel Le Tellier [ 268 ] . Le protestantisme est dès lors interdit sur le territoire français. Cette révocation entraîne l'exil de nombre de huguenots vers des pays protestants : l'Angleterre, les États protestants d'Allemagne, les cantons protestants de Suisse, les Provinces-Unies et ses colonies, comme celle du Cap . On estime à environ 200 000 le nombre d'exilés, dont beaucoup d'artisans ou de membres de la bourgeoisie [ 269 ] . Si les récents travaux de Michel Morrineau et de Janine Garrisson ont nuancé les conséquences économiques de la révocation [ 270 ] , l'économie ne s'effondrant pas en 1686 et la formation d'une diaspora française en Europe favorisant l'exportation ou l'essor européen de la langue française, il n'en demeure pas moins que les conséquences humaines et religieuses sont sensibles.

La révocation de l'édit de Nantes rétablit l'exclusivité catholique due Royaume.Si les temples sont transformés en églises, chez beaucoup de protestants, l'adhésion au catholicisme reste superficielle [ 271 ] , comme le montrent des soulèvements de protestants dans le Languedoc , dont la guerre des Cévennes entre les camisards et les troupes royales constitue le paroxysme.

L'édit de Fontainebleau portant révocation de l'édit de Nantes est bien accueilli en général notamment par les "papistes" et les dévôt mais pas seulement [ 272 ] . «  La Bruyère , La Fontaine , Racine Bussy-Rabutin , Le Grand Arnauld , Madeleine de Scudéry et beaucoup d'autres applaudirent » , tout comme Madame de Sévigné [ 273 ] . Bossuet qualifie le roi dans une oraison de 1686 de « nouveau Constantin  » [ 61 ] . L'édit de Fontainebleau vaut au Roi le soutien de l'Eglise catholique qui incite ses fidèles à le respecter. Le rêve de Guillaume Postel « Une foi, une loi, un roi » se réalise ainsi [ 274 ] . Le pape Innocent XI n'a pas réellement applaudi l'action du roi. Pour Alexandre Maral , ce pape qui n'était pas hostile à la rigueur morale des jansénistes semble avoir voulu la réunification des deux branches séparées (catholiques et protestants) de l'Eglise. Cette thèse est confortée par le fait qu'il fit cardinal en 1686 l'évêque de Grenoble favorable à cette politique [ 275 ] .

Louis XIV et le judaïsme

Louis XIV fut moins hostile que ses prédécesseurs aux Juifs . Le début de son règne marque en effet une évolution dans la politique du pouvoir royal vis-à-vis du judaïsme, dans l'esprit de la politique pragmatique de Mazarin : en 1648 , les traités de Westphalie attribuent les Trois-Évêchés , la Haute-Alsace et la Décapole à la France et le pouvoir choisit de ne pas exclure les Juifs qui y habitent bien que l'édit de 1394 expulsant les Juifs de France soit encore théoriquement applicable. Le choix est de préférer leur intégration. En 1657 , le jeune Louis XIV est reçu solennellement avec son frère à la synagogue de Metz . Au début de son règne personnel, sa politique, peut-être parce que Colbert voit dans les Juifs une population favorisant l'activité économique, permet le développement de la communauté juive lorraine qui croît sensiblement durant son règne. De même, les Juifs portugais , dits nouveaux chrétiens, qui vivent à Bordeaux ou dans la région de Bayonne, connaissent une paix relative.

Mais, comme c'est le cas avec les protestants, le roi change de politique en 1685 , année de la révocation de l' édit de Nantes , qui est aussi une année noire pour les Juifs . Huit d'entre eux sont brûlés vifs à Toulouse et le Code noir publié par le roi décrète dans son premier article l'expulsion des Juifs des Antilles françaises.

Aspects politico-religieux de l'opposition royale au quiétisme de Fénelon

Illustration présentant Fénelon et duc de Bourgogne , par Alphonse de Neuville (1835-1885), dans le livre de François Pierre Guillaume Guizot : A Popular History of France From The Earliest Times .

L'oraison est en vogue aux 16 e  siècle et 17 e  siècle avec notamment Sainte Thérèse d'Avila , Saint Jean de la Croix et en France, Pierre de Bérulle et François de Sales . Il s'agit d'une prière d'adoration. En Espagne, au 17 e  siècle , Miguel de Molinos dans un livre intitulé Guide spirituel , soutien une vision extrême où l'âme peut s'anéantir en Dieu et échapper au péché. En 1687, le pape Innocent XI condamne 68 des propositions du livre [ 276 ] . En France, cette pensée inspire Madame Guyon , qui à son tour, influence des dames de la cour, et surtout Fénelon . C'est le directeur spirituel de Saint-Cyr où l'épouse secrète de Louis XIV s'occupe de l'éducation de jeunes filles qui le premier, en mai 1693 va s'inquiéter de la progression de la doctrine de Madame Guyon dans cet établissement. Le roi averti suspecte une cabale et enjoint son épouse à rompre ses relations avec la dame en question [ 277 ] . Par ailleurs, l'arbitrage de Bossuet qui passe alors pour le chef de l'Eglise catholique en France est requis. Parallèlement Fénelon qui a rédigé en décembre 1693 de façon anonyme une violente diatribe contre la politique royale, voit sa carrière se ralentir. En particulier l'évêché de Paris qu'il visait lui est refusé [ 276 ] . L'affaire religieuse se double d'une affaire politique. Les jésuites qui ont fait condamner les thèses de Miguel de Molinos soutiennent maintenant Madame Guyon parce qu'elle est attaqué par les gallicans qui veulent une certaine indépendance de l'église de France vis-à-vis du pape. Ce dernier se garde de condamner formellement Madame Guyon et se contente de reprouver vaguement quelques thèses [ 278 ] .

Les choses auraient pu en rester là si Fénélon n'avait pas fait paraître en 1699 Les Aventures de Télémaque que le roi fait saisir et qui le renforce dans sa volonté de ne jamais le faire revenir à la cour. [ 278 ] . En réalité l'opposition de Fénelon à la politique de Louis 14 est basée sur un fort anti-machiavélisme qui refuse « la séparation entre la religion et la politique, la morale chrétienne et la morale d'Etat » [ 279 ] . La pensée de Fénelon nourrira tout un courant aristocratique marquée par l'idée d'une « monarchie patriacale et tempérée, ennemie de la guerre, vertueuse, philantropique » [ 277 ]

Le Roi et les problèmes religieux de la fin du règne

Une amélioration des relations avec le Vatican

Le rapprochement entre Louis XIV et Innocent XI était très difficile voire impossible car entre les deux il y avait une opposition de fond. Quand il est élu, le pape ambitionne de devenir le directeur spirituel du roi. Dans une lettre de mars 1679, il demande au chargé d'affaires de la nonciature de manière à ce que par l'intermédiaire du père de La Chaize le confesseur du roi, il soit conseillé à Louis XIV de bien vouloir « réfléchir au moins pendant dix minutes et bénir le Seigneur tut en s'efforcant aussi de méditer souvent sur la vie éternelle et sur la caducité de la gloire et des biens temporels » [ 280 ] . Par ailleurs, ce pape n'est pas sans sympathie pour l'austérité et laa rigueur des jansénistes. Dans l' affaire de la régale , il donne d'ailleurs raison à deux évêques jansénistes ce qui pousse le roi à adopter une attitude strictement gallicane [ 281 ] . Enfin leur politique envers les protestants est assez radicalement différente [ 275 ] . Enfin, le pape voudrait que le roi soutiennent l'empereur dans sa lutte contre les turcs ce que Louis XIV ne fait qu'à reculons car ce n'est pas dans l'intérêt de la France [ 282 ] . De même au moment de la guerre de neuf ans , ce pape favorisera les intérêts de l'Empereur lors de la succession à l'évêché de Cologne [ 283 ] .

L'élection d' Alexandre VIII change la donne. Il fait cardinal Forbin-Janson un évêque soutenu par le roi qui par reconnaissance lui restitue Avignon et le Comtat Venaissin [ 284 ] . En juillet 1691, Innocent XII , son successeur comence à régler la question des évêques dont la nomination n'avait pas été validée par le vatican depuis 1673. En 1693, le roi obtient des évêques français le retrait des quatre articles fondateurs du gallicanisme puis peu à peu l'affaire de la régale s'éteint [ 285 ] . En 1700,au début de la guerre de Succession d'Espagnele nouveau pape Clément XI , aide Louis XIV en soutenant son candidat pour l'archevéché de Strabourg contre celui de l'Empereur [ 285 ]

Le difficile arbitrage entre gallicans et ultramontains

La bulle Vinean domini

À la fin du règne de Louis XIV, le clergé français est majoritairement proche d'un augustinisme modéré teinté de jansénisme animé par l'archevêque de Paris Louis Antoine de Noailles , l'archevêque de Reims Charles Maurice Le Tellier et Jacques Bénigne Bossuet . Le père Pasquier Quesnel vu comme un continuateur du jansénisme vient interrompre cette progression lente en défendant des thèses d'un un gallicanisme radical dans la continuité de la pensée d' Edmond Richer . Il veut notamment l'élection des évêques et des curés par les chrétiens [ 286 ] . Parallèlement les jansénistes durs lancent "l'affaire du cas de conscience" portant sur l'absolution à donner ou nom à un prêtre n'admet pas que les cinq propositions du jansénisme condamnés par le pape figurent dans l'Augustinus [ 287 ] . Fénélon qui veut s'imposer au détriment de Bossuet adopte les thèses jésuites et insiste pour que Rome se prononce pour le refus de l'absolution. Ce que fait le pape en promulgant la bulle Vinean Domini Sabaoth de 1705. Les dernières soeurs de Port-Royal refusent d'accepter la position conciliante de l'archevêque de Paris. Elles sont alors excommuniées alors que le roi fait raser l'abbaye par arrêt de janvier 1710 [ 288 ] .

La bulle Unigenitus
Article détaillé : bulle Unigenitus .

Le père Le Tellier le nouveau confesseur du roi et Fénelon veulent obtenir une condamnation franche des thèses du père Quesnel [ 287 ] . Ils le veulent à la fois pour des raisons religieuses mais aussi peut-être pour des questions d'ambition personnelle. En effet par ce biais ils espèrent obtenir la révocation ou de démission du Cardinal de Noailles archevêque de Paris proche des thèses gallicano-augustiennes [ 289 ] . Le pape réticent qui craint de relancer un conflit dans le clergé français finit par céder et publie la bulle Unigenitus qui développe une vision hierarchisée et dogmatique de l'Eglise [ 290 ] . Les instigateurs français de la bulle impose alors une interprétation dure du texte destinée au clergé français. La cardinal de Noailles s'y oppose toit comme une large partie du bas clergé et des fidèles. Le roi et le pape ne parviennent pas à s'accorder sur la manière de faire obéir le cardinal, car le roi s'oppose à tout acte d'autorité pontificale qui mettrait en cause les libertés gallicanes [ 291 ] . Le parlement et la haute administration s'opposent de leur côté à l'enregistrement de la bulle et le roi meurt avant avoir pu forcé le parlement à enregistrer la bulle [ 292 ] .

La culture, les arts, les sciences instruments de rayonnement et de pouvoir

La recherche de gloire chez Louis XIV ne passe pas seulement par la politique et la guerre. Elle inclut les arts, les lettres et les sciences [ 293 ] . Il a appris de Mazarin l'importance du spectacle en politique et la nécessité de montrer sa puissance pour renforcer l'adhésion populaire [ 294 ] .

Louis le bâtisseur

Le dôme de l' hôtel des Invalides .

Dans l'esprit du roi, la grandeur d'un royaume doit aussi se mesurer par son embellissement. Sur les conseils de Colbert, un des premiers chantiers du roi sera la restauration du palais et du jardin des Tuileries [ 295 ] , confiée à Louis Le Vau et à André Le Nôtre . Les décors intérieurs sont confiés à Charles Le Brun et aux peintres de la brillante Académie royale de peinture et de sculpture .

Après l'arrestation de Fouquet , le roi semble vouloir imiter sa vie fastueuse. Il se montre extrêmement dépensier en allouant des sommes immenses aux frais de la cour royale . Il dépense d'importantes sommes dans l'amélioration du Louvre avant de finalement choisir le château de Versailles comme résidence royale. Il y emménage en 1682 après plus de vingt ans de travaux [ 296 ] . Notons que le château de Versailles a coûté moins de 82 millions de livres, soit à peine plus que le déficit budgétaire de 1715 [ 293 ] .

Le château de Versailles vu des jardins sud-ouest.

Outre le château de Versailles que Louis XIV fait agrandir petit à petit tout au long de son règne, il fait aussi construire le château de Marly afin d'inviter ses intimes. Dans ces deux châteaux, tout comme à Saint-Germain , le château qui vit le début de son règne, il confia la restauration des jardins à Le Nôtre [ 293 ] .

Dans Paris, on lui doit aussi, entre autres, le pont Royal (financé sur ses propres deniers ), l' Observatoire , les Champs-Élysées , les Invalides , la place Vendôme mais aussi la place des Victoires qui commémore la victoire sur l'Espagne, l'Empire, le Brandebourg et les Provinces-Unies. Deux arcs de triomphe, la porte Saint-Denis et la porte Saint-Martin , célèbrent les victoires du Roi-Soleil lors de ses guerres européennes [ 297 ] .

Il fait modifier aussi profondément la structure de villes françaises telles que Lille , Besançon , Belfort , Briançon en les fortifiant grâce aux travaux de Vauban . Certaines villes, telles que Versailles , pour la cour, ou Neuf-Brisach et Sarrelouis , pour défendre les acquisitions d'Alsace et de Lorraine, sont créées ou développées. En 1685, la ceinture de fer des fortifications défendant la France est pour l'essentiel achevée [ 298 ] .

Pour faciliter le développement de la Royale , il développe les ports et arsenaux de Brest et de Toulon , crée un port de guerre à Rochefort , des ports de commerce à Lorient et Sète et fait construire le port franc et l'arsenal des galères à Marseille [ 299 ] .

Louis XIV , patron des arts et des sciences

Tableau présentant Louis XIV en protecteur des arts et des sciences.

Louis XIV dans sa jeunesse danse lors des ballets donnés à la cour, tel le Ballet des Saisons à l' été 1661 . Le roi dansera son dernier ballet en 1670 [ 300 ] . Au ballet succéderont les comédies-ballet tel le Bougeois gentilhomme de Molière. En 1662 est fondée l'Académie royale de danse. Le roi chante aussi en s'accompagnant à la guitare . Robert de Visée , musicien à la Chambre du Roi , composa deux livres de pièces pour la guitarre dédiées au Roy. La musique fait partie de la vie de cour. Il ne passait pas un jour sans musique à Versailles. Tous les matins, après le conseil, Louis XIV écoutait trois motets à la chapelle royale [ 301 ] .

Louis XIV se comporte en mécène et patron des arts en finançant les grandes figures culturelles de l'époque, tels que Molière (en signe d'amitié, le roi accepta d'être le parrain de son premier enfant), le musicien Jean-Baptiste Lully , ou le décorateur Charles Le Brun , ainsi que le jardinier André Le Nôtre . Dans la compétition culturelle entre les cours, Lully devient l'organisateur des spectacles, influence Henry Purcell et Johann Sebastian Bach . Louis XIV place l' Académie française sous son contrôle et devient son « protecteur » [ 302 ] .

En 1647 est fondée l' Académie royale de peinture et de sculpture , où sont formés tous les grands artistes du règne : placée sous la protection de Colbert, elle est dirigée par Charles Le Brun , elle compte parmi ses fondateurs les plus grandes figures de la peinture française du milieu du siècle, tels Eustache Le Sueur , Philippe de Champaigne , et Laurent de La Hyre [ 303 ] . Conçue sur le modèle des Académies italiennes, elle permet aux artistes titulaires d'un brevet du roi d'échapper aux règles contraignantes des corporations urbaines, qui régissaient depuis le Moyen Âge le métier de peinture et de sculpture. Les membres de l'Académie mettent au point un système élaboré d'enseignement, de copie d'après les maîtres, de conférences destinées à théoriser le « beau » au service du monarque, et créent même une Académie de France à Rome, où sont envoyés les élèves les plus méritants. Toutes les grandes commandes du règne, dont les décors peints et sculptés du château de Versailles , sont réalisées par les élèves formés dans cette nouvelle Académie royale [ 303 ] .

En 1688 est fondée l' Académie des sciences , destinée à concurrencer la Royal Society de Londres [ 303 ] . Sous son règne le Jardin des plantes est réorganisé et est créé le Conservatoire des machines, arts et métiers [ 294 ] .

Le retour à l'Antiquité comme thème dans les arts

La référence à l'antiquité romaine devient la référence principale dans l'art. Le roi est représenté par les peintres comme étant le nouvel Auguste , comme Jupiter, vainqueur des Titans , comme Mars , dieu de la guerre ou Neptune . La nouvelle cosmologie s'oppose à la morale héroïque de Corneille. Elle vise à « redéfinir autour de la monarchie un nouvel ordre, un nouvel ensemble de valeurs » [ 304 ] . À partir de 1660-1670, par l'intermédiaire notamment de Nicolas Boileau et de Molière dont les comédies en privilégiant le bon sens et la raison « ruinent l'emphase tragique à la Corneille  » caractéristique de l'aristocratie frondeuse du début du siècle, l'art vise à imposer à l'aristocratie des valeurs plus « romaines » destinées à « discipliner ses folles impulsions » [ 305 ] .

L'homme Louis XIV

Personnalité

Portrait de Saint-Simon

Le « portrait de Louis XIV  » occupe une place certaine dans les Mémoires de Saint-Simon (381 pages dans l'édition Boislisle de 1916). Pour le mémorialiste, tout le « caractère » du roi découle de son trait fondamental, l' orgueil , alimenté par la flatterie dont il fait sans cesse l'objet et par son esprit qui est, dit-il, « au-dessous du médiocre […] mais capable de se former et de se raffiner » [ 306 ] . Pour l'historien moderne Thierry Sarmant , Louis XIV tirait cet orgueil de son impression d'appartenir à la plus ancienne, puissante et noble dynastie d'Europe, les Capétiens , de même que de la grande confiance en sa capacité de gouverner qu'il gagna après des débuts hésitants [ 307 ] .

D'autre part, certains de ses contemporains tels que le maréchal de Berwick ont souligné sa grande politesse, et sa belle-sœur Madame Palatine son affabilité [ 308 ] . Il était connu qu'il traitait avec respect ses domestiques [ 309 ] . En effet, Saint-Simon a écrit que sa mort n'a été regrettée « que de ses valets inférieurs, de peu d'autres gens » [ 310 ] . Le roi avait d'ailleurs comme principal homme de confiance son fidèle valet Alexandre Bontemps , organisateur de son mariage secret avec Madame de Maintenon et l'un des rares témoins de ce remariage [ 311 ] .

Malgré l'étiquette de « roi soleil », il était de nature timide , ce qui n'est pas sans rappeler son père Louis XIII et ses successeurs Louis XV et Louis XVI . Outre le faste des cérémonies, il redoutait les conflits et les scènes, et a ainsi pu favoriser des ministres plus effacés et dociles tels que d'Aligre , Boucherat , mais surtout Chamillart , l'un de ses favoris. Au demeurant, il n'était en confiance que dans un cercle restreint de parents, domestiques, ministres de longue date et quelques grands seigneurs [ 312 ] .

Au fil des années, il a su maîtriser sa timidité, sans la surmonter, et la faisait paraître comme maîtrise de soi [ 312 ] . Primi Visconti , le chroniqueur du XVII e  siècle , relate dans la même veine que « en public, il est plein de gravité et très différent de ce qu'il est en son particulier. Me trouvant dans sa chambre avec d'autres courtisans, j'ai remarqué plusieurs fois que, si la porte vient par hasard à être ouverte, ou s'il sort, il compose aussitôt son attitude et prend une autre expression de figure, comme s'il devait paraître sur un théâtre » [ 313 ] . S'exprimant de manière laconique et préférant réfléchir seul avant de prendre une décision [ 314 ] , une de ses répliques célèbres est « je verrai » , en réponse à des requêtes de toutes sortes [ 312 ] .

Le roi lit moins que la moyenne de ses contemporains cultivés. Il préfère se faire faire la lecture. Il aime en revanche la conversation. Un de ses interlocuteurs favoris Jean Racine est aussi un de ses lecteurs. Louis XIV lui trouve d'ailleurs « un talent particulier pour faire sentir la beauté des ouvrages » [ 315 ] . Racine lui lira La Vie des hommes célèbres de Plutarque . À partir de 1701, il se met à constituer une bibliothèque de livres rares [ 315 ] . Parmi les livres qu'il possède on trouve : Les Éléments de la politique de Thomas Hobbes , Le Prince parfait de J. Bauduin, Le portrait du gouverneur politique de Mardaillan et la Dîme royale de Vauban [ 316 ] .

Le soleil comme emblème et une devise Nec pluribus impar imposée par les courtisans

Louis XIV choisit pour emblème le soleil. C'est l'astre qui donne vie à toute chose mais c'est aussi le symbole de l'ordre et de la régularité. Il régna en soleil sur la cour, les courtisans et la France. En effet, les courtisans assistaient à la journée du roi comme à la course journalière du soleil. Il apparaît même déguisé en soleil lors d'une fête donnée à la cour [ 317 ] .

NEC PLURIBUS IMPAR (« supérieur à tous »), la devise du roi.

Voltaire rappelle dans son Histoire du siècle de Louis XIV l'épisode de la célèbre devise du Roi-Soleil. Louis Douvrier, un médailliste « antiquaire » [ Note 10 ] , eut l'idée en prévision du prochain carrousel de 1662 , d'attribuer un emblème et une devise à Louis XIV qui n'en avait pas. Cet ensemble ne plut pas au roi qui le trouva ostentatoire et prétentieux. Douvrier, pour assurer malgré tout le succès de sa production, la promut discrètement auprès de la cour qui s'enthousiasma de cette trouvaille et y vit l'occasion de montrer son éternel esprit de flatterie. Le blason comportait un globe éclairé par un soleil étincelant et la devise : nec pluribus impar ( latin ). Les héraldistes contemporains furent prompts à y voir un plagiat d'un ancien blason ayant appartenu à Philippe II d'Espagne qui signifiait pour la circonstance : « Suffisant à toutes les étendues » [ 318 ] . On fit alors remarquer que ce roi d'Espagne possédait encore à cette époque un empire où le soleil ne se couchait jamais . On détourna donc le sens de cette devise vers la personnalité du roi qui n'en demandait pas tant. Cela lui fit tort car elle lui attribua une attitude hautaine, distante et orgueilleuse qu'il n'avait pas. D'ailleurs, Louis XIV refusa toujours de s'en parer et ne la porta jamais dans les carrousels. Il semble que par la suite il ne fit que la tolérer pour ne pas décevoir ses courtisans.

Traduire la devise par « non inférieur à plusieurs » paraît d'abord un mot à mot plutôt indigent [ 319 ] et n'a pas beaucoup de sens si elle s'adresse au soleil. La formule latine trop abrupte (et construite en litote) permet ainsi toutes les traductions. Charles Rozan rapporte dans un ouvrage [ 320 ] la parole que Louvois adressa au roi quand celui-ci déplorait le sort de Jacques II d'Angleterre chassé de son pays : « Si jamais devise a été juste à tous égards, c'est celle qui a été faite pour votre Majesté : Seul contre tous  » . De fait, le roi dut déclarer la guerre à l' Angleterre , les Provinces-Unies , l' Espagne et le Saint-Empire , avec l'espoir de rétablir son cousin sur le trône [réf. nécessaire] .

Le métier de roi

Louis XIV travaille environ six heures par jour de 2 à 3 heures matin et après-midi, outre, comme il l'indique lui-même dans ses mémoires, le temps consacré à la réflexion et aux affaires extraordinaires, à la participation aux différents conseils et à la liasse c'est-à-dire aux tête-à-tête avec les ministres ou ambassadeurs [ 321 ] . Autre élément important pour lui : se tenir informé de l'opinion des sujets. C'est lui qui traite directement ce qui n'est que grâce car comme il l'écrit « Je m'instruisais par là en détail de l'état de mes peuples » [ 322 ] . Après dix ans d'exercice du pouvoir il écrit :

« C'est ici la dixième année que je marche, comme il me semble, assez constamment dans la même route ; écoutant mes moindres sujets ; sachant à toute heure le nombre et la qualité de mes troupes et l'état de mes places ; donnant incessamment mes ordres pour tous leurs besoins ; traitant immédiatement avec les ministres étrangers; recevant et lisant les dépêches ; faisant moi-même une partie des réponses et donnant à mes secrétaires la substance des autres [ 323 ] . »

Si l'historien François Bluche admet l'existence « d'accords instinctifs, implicites ou intuitifs entre le souverain et ses sujets » , il pointe malgré tout « la relative insuffisance de relations entre le gouvernement et les sujets de Sa Majesté » [ 324 ] .

Physionomie

Louis XIV représenté en Alexandre le Grand .

Il a été régulièrement dit du roi qu'il n'était pas grand. En 1956, Louis Hastier avait déduit, à partir des dimensions de l'armure qui lui avait été offerte en 1668 par la république de Venise, que le roi ne pouvait mesurer plus de 1,65  m . Cette déduction est aujourd'hui contestée [ 325 ]  : cette armure aurait pu être fabriquée selon un standard moyen de l'époque et était un présent honorifique : elle n'était donc pas destinée à être portée, si ce n'est dans les tableaux peints à sujet antique — au Grand Siècle, le roi allait à la guerre en chapeau à plume et en perruque. Certains témoignages confirment qu'il était d'une belle prestance ; ce qui laisse supposer que, pour son temps, il avait au moins une taille moyenne et une silhouette bien proportionnée. Madame de Motteville [ 326 ] raconte, par exemple, que lors de l'entrevue sur l' île des Faisans en entre les jeunes promis, présentés par les deux partis français et espagnols, que l'Infante Reine « le regardait avec des yeux tout-à-fait intéressés par sa bonne mine, parce que sa belle taille le faisait dépasser les deux ministres [Mazarin, d'un côté et don Louis de Haro, de l'autre] de toute la tête » . Enfin, un seul témoin, François-Joseph de Lagrange-Chancel qui fut maître d'hôtel de la Princesse Palatine , belle-sœur du roi, avance une mesure précise : « Cinq pieds, huit pouces de hauteur » , soit 1,84 m [ 327 ] .

Le buste de Louis XIV du Bernin est une représentation assez réaliste du roi.

Louis XIV fut un amateur fervent de la danse, du spectacle de ballets et du jeu de paume et comme presque tous ses ancêtres, un passionné de chasse et d' équitation [ 328 ] . Cela fut surtout vrai dans sa jeunesse car s'il a pu paraître robuste et insensible à la fatigue, ne se plaignant ni du chaud ni du froid, ni de la pluie ni de la grêle et feignait de s'étonner qu'on puisse en souffrir, Louis XIV fut avant tout un homme d'une grande endurance physique et morale.

Santé

Si Louis XIV eut un règne d'une longueur exceptionnelle, il fut paradoxalement toute sa vie d'une santé déficiente et maintes fois mise en péril. Aussi fut-il suivi quotidiennement par cinq médecins : Jacques Cousinot de 1643 à 1646, François Vautier en 1647, Antoine Vallot de 1648 à 1671, Antoine d'Aquin de 1672 à 1693, enfin Guy-Crescent Fagon jusqu'à la mort du roi. Tous eurent abondamment recours des saignées , à des purgations et à des lavements aux clystères — le roi aurait reçu plus de 5 000 lavements en 50 ans [ 329 ] . Par ailleurs, comme l'expliquent des notes sanitaires, il eut de nombreux ennuis peu « royaux » [ 330 ] . Ainsi, il arriva à Louis d'avoir fort mauvaise haleine à cause de ses ennuis dentaires, apparus en 1676 selon le journal de son dentiste Dubois ; il arrivait alors à ses maîtresses de placer un mouchoir parfumé devant leur nez (et ce d'autant plus que le roi ne supportait pas les parfums, à l'exception de la fleur d'oranger [ 331 ] ). Par ailleurs, en 1685 , alors qu'on lui arrachait un des nombreux chicots de son maxillaire gauche, une partie de son palais fut arrachée, provoquant une « communication bucco-nasale » [ 332 ] .

La lecture du journal de santé du roi Louis XIV , minutieusement entretenu par ses médecins successifs, est édifiante : il se passe peu de jours sans que le souverain soit l'objet d'une purgation , d'un lavement, d'un emplâtre, d'une pommade ou d'une saignée [ 333 ] . On y trouve entre autres consignés :

  • Petite vérole en 1647 ;
  • Troubles gastriques et dysenteries , indispositions chroniques chez ce monarque, réputé gros mangeur ;
  • Tumeurs  : téton droit cautérisé en janvier 1653 ;
  • Blennorragie  : tenue secrète, cette maladie le tenaille régulièrement depuis sa jeunesse (depuis mai 1655, époque de ses premières liaisons) ;
  • Vapeurs et douleurs dorsales fréquentes : certaines (novembre 1647) attribuées à une attaque de petite vérole  ; avec pustules sur tout le visage et d'autres parties du corps, suivie d'un début de «  gangrène  » des orteils  ;
  • Langueurs et fièvres variées — la fièvre typhoïde de juin 1658 qui lui fait même perdre ses cheveux et le condamne à porter des perruques toute sa vie ;
  • Maux de dents : en 1685, toute sa dentition supérieure côté gauche est « arrachée » avec le voile du palais qui sera cautérisé plusieurs fois aux pointes de feu (les liquides lui ressortent parfois par le nez) ;
  • Fistule anale  : cette malformation handicapante lui fera finalement subir une opération expérimentale la plus douloureuse qui soit (par le chirurgien Félix ) en novembre 1686 ;
    Article détaillé : Fistule anale de Louis XIV .
  • Ennuis urinaires, accompagnés de probables calculs (mictions accompagnées de « pelotons de sable ») ;
  • Goutte  : des attaques insupportables au pied droit et à la cheville gauche le tiennent longtemps immobilisé ou gênent sa marche — ses dernières années tiendront du supplice.

Maîtresses et favorites

Madame de Maintenon , l'épouse secrète du roi.

Louis XIV a de très nombreuses maîtresses, parmi lesquelles Louise de La Vallière , Athénaïs de Montespan , Marie-Élisabeth de Ludres , Marie Angélique de Fontanges , Madame de Maintenon (qu'il épousa secrètement après la mort de la Reine, sans doute dans la nuit du 9 au , en présence du Père de La Chaise qui donna la bénédiction nuptiale) [ 334 ] .

On dit souvent que Mademoiselle de Beauvais, dite Cateau La Borgnesse , déniaisa le roi qui avait 14 ans, mais les historiens en doutent fortement. Cependant, cette femme « issue de peu » eut l'extrême honneur de recevoir un cadeau étonnant d' Anne d'Autriche (la reine mère) : elle est payée en pierres précieuses, prévues initialement pour les travaux du Louvre, avec lesquelles elle s'est construit un hôtel particulier à Paris, aujourd'hui situé au 68, rue François-Miron, l' hôtel de Beauvais .

Le roi adolescent fait à 18 ans la rencontre d'une nièce du cardinal Mazarin , Marie Mancini . S'ensuivra entre eux une grande passion, contrariée par le puissant cardinal, l'oncle de la jeune fille, parrain du roi, Premier ministre du royaume et prince de l'Église. Conscient des intérêts de la France et des siens, le primat préfère faire épouser au roi sa pupille, l'infante d'Espagne [ 335 ] . En 1670, Jean Racine s'inspira de l'histoire du roi et de Marie Mancini pour écrire Bérénice .

Plus tard, le roi fait aménager des escaliers secrets dans Versailles pour rejoindre ses différentes maîtresses [ 336 ] . Ces liaisons irritent la compagnie du Saint-Sacrement , un parti de dévots. Bossuet , comme Madame de Maintenon, tentent de ramener le roi à plus de vertu.

Louis XIV , s'il aime les femmes, est conscient qu'il doit d'abord veiller aux affaires de l'État. Il note dans ses mémoires « il faut que le temps que nous donnons à nos amours ne soit jamais pris au préjudice de nos affaires » [ 337 ] . Il a une certaine méfiance vis-à-vis de l'influence que les femmes peuvent exercer sur lui. C'est ainsi qu'il refusera un bénéfice à une personne soutenue par M me de Maintenon en disant « je ne veux absolument pas qu'elle s'en mêle » [ 338 ] .

On dénombre au moins quinze favorites et maîtresses supposées du roi avant son mariage avec Madame de Maintenon :

Famille

Ascendance

Descendance

Article détaillé : Descendance de Louis XIV .

Louis XIV a de nombreux enfants légitimes et illégitimes .

De sa femme, Marie-Thérèse d'Autriche, le roi a six enfants (3 filles et 3 garçons) dont un seul, Louis de France, le « Grand Dauphin », survécut à l'enfance :

Nom Naissance Décès
Louis de France, fils de France, le Grand Dauphin
Anne-Élisabeth de France , fille de France
Marie-Anne de France , fille de France
Marie-Thérèse de France, fille de France, la Petite Madame
Philippe-Charles de France , fils de France, duc d'Anjou
Louis-François de France , fils de France, duc d'Anjou

De ses deux principales maîtresses, il eut 10 enfants légitimés dont 5 seulement survécurent à l'enfance [ 346 ]  :

De l'union du roi avec Louise de La Vallière naissent :

De Madame de Montespan naissent :

En 1679 , l' affaire des poisons consomme la disgrâce dans laquelle Madame de Montespan, ex- favorite du roi était tombée quelques mois auparavant.

Le roi aurait eu d'autres enfants mais non reconnus dont :

Titres

Filmographie

Bibliographie

Articles de recherche

  • Stanis Perez, «  Les brouilons de l'absolutisme : les "mémoires" de Louis XIV en question  », Dix-septième siècle , vol.  1, n o  222,‎
  • Hélène Delalex, « Les amours de Louis XIV  », dans la revue Château de Versailles. De l'ancien Régime à nos jours , n o  5, avril-juin 2012, p.  14-24 .

Biographies

Synthèse

Monographies

Chronographies

Notes et références

Notes

  1. Ayant quitté en ce jour son château de Versailles , le roi, à la suite d'un gros orage, doit se replier au Louvre où loge la reine Anne d'Autriche. Ses appartements n'étant pas préparés, il doit partager le lit de la reine.
  2. Primi Visconti rapporte que c'est elle qui avait déniaisé le jeune roi Louis XIV , qui avait alors 16 ans  : « Tout affreuse qu'elle était, le prince étant fort jeune, l'ayant trouvé seul à l'écart dans le Louvre, elle le viola, ou du moins le surprit, de sorte qu'elle obtint ce qu'elle désirait » . On prétend même que, nullement gêné, il serait retourné plusieurs fois dans son lit. Certains avancent que c'est la reine mère, Anne d'Autriche, qui avait inventé ce stratagème dans le but de s'assurer si son fils était « propre au mariage » .
  3. Ordre dont il était le grand maître.
  4. Le roi descendait dans la nef les jours où il communiait. Lorsque le roi assistait à la messe du rez-de-chaussée, il prenait place sur un prie-dieu : deux rangées de suisses battait du tambour jusqu'à ce qu'il fût agenouillé. Deux maîtres des requêtes restaient de part et d'autre du prie-Dieu, prêts à recevoir les éventuels suppliques adressées au souverain : le principe d'un libre accès au souverain durant la manifestation publique de sa dévotion était respecté durant toute la messe.
  5. On parlait alors des bons jours du roi.
  6. Le roi ne prenait pas le deuil en noir, mais en violet couleur du deuil de l'évêque. Au cours de la messe , le célébrant ne devait pas oublier d'accomplir non moins de dix inclinations profondes en direction du souverain, que celui fut présent dans la nef ou la tribune royale. À l' offertoire , le roi était encensé de trois coups doubles immédiatement après le célébrant, c'est-à-dire avant les cardinaux, évêques et autres clercs éventuellement présents. Pendant la messe basse, deux clercs de la Chapelle agenouillés, devaient tenir des flambeaux allumés de la fin de la préface jusqu'à l'élévation incluse, une disposition prévue également pour la messe basse célébrée par un évêque.Lors des cérémonies de l' Ordre du Saint-Esprit , s'il y avait prestation de serment, le roi disposait d'un fauteuil placé sous un dais, du côté de l' Évangile , une situation qui rappelle précisément aussi celle de l'évêque officiant. Le roi disposait alors exclusivement du baldaquin, privilège en principe réservé aux évêques pour toutes les églises de leur diocèse et l'évêque officiant devait se contenter d'une banquette ou d'un faldistoire, comme s'il était en présence d'un prélat supérieur en dignité ou en juridiction. À Versailles , dans la chapelle définitive, le prie-Dieu du roi était placé entre les deux rangées des stalles des lazaristes, c'est-à-dire dans le chœur liturgique, lieu en principe réservé aux clercs. Cette prérogative rappelle celle de l'empereur byzantin, qui seul avait eu le droit de franchir la barrière du chancel.
  7. Le chiffre treize rappelle la cérémonie alors accomplie en souvenir du miracle datant de l'époque de saint Grégoire le Grand , lorsque ce Pape vit arriver un ange, sous l'apparence d'un treizième enfant, à la Cène qu'il était en train de célébrer.
  8. La prédication à la Chapelle du roi venait sanctionner une renommée montante, acquise dans les grandes paroisses parisiennes exigeantes ; cette prédication ouvrait la carrière de l'épiscopat.
  9. À cette époque, ce resserrement politico-religieux n'est pas propre à la France. L'Angleterre, après l'exécution de Charles I er , que Louis XIV connut à l'âge de 11 ans en même temps que la Fronde , imposa, en 1673, le Test Act qui interdit jusqu'en 1829 aux catholiques l'accès aux fonctions publiques et aux Chambres des lords et des communes.
  10. Le mot désignait un spécialiste des monnaies antiques.

Références

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  10. Archives départementales des Yvelines - Saint-Germain-en-Laye (B 1629-1640 ; vue 110/140 ; page 103 du registre) - Acte d'ondoiement du , de Monseigneur le Dauphin (pas de prénom donné ; noté en marge de l'acte : ondoyment de Louis quatorze Roy de France).
  11. On dit jusqu'au XVII e  siècle inclus, Louis Quatorzième.
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  20. Puis continûment, à partir de 1673. Lorsque la calvitie devient importante, il adopte une perruque complète avec différentes longueurs et bouclages selon les circonstances (chasse, messe, souper, cérémonie officielle avec notamment la « perruque in-folio » ou « à la Royale », volumineuse perruque d'apparat au gros bouclage en étage) réalisées par Jean Quentin, premier barbier du roi ou Benoît Binet , perruquier du roi. Source : Hélène Delalex, Louis XIV Pour les Nuls , First, , p.  84 .
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  345. Liste selon Y.M. Bercé, qui ajoute que le roi était attentif à sa progéniture extra-conjugale qu'il aimait beaucoup. Chacun fut reconnu par lettres patentes et ceux qui survécurent reçurent le nom de Bourbon, furent titrés et dotés. Cela concerne les maîtresses de longue date. Les enfants illégitimes, s'il y en eut, ont par nature une origine problématique.

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