| The Beatles | |
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| Les Beatles à leur arrivée à New York le 7 février 1964. En haut : John Lennon et Paul McCartney . En bas : George Harrison et Ringo Starr . | |
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| Alias | The Fab Four The Fabs |
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| Pays d'origine | |
| Genre(s) | Pop rock Rock psychédélique (+) |
| Années actives | de 1960 à 1970 (réunion en 1994-1995 pour le projet Anthology ) |
| Label(s) | |
| Site internet | www.thebeatles.com |
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| Membres | John Lennon Paul McCartney George Harrison Ringo Starr |
| Anciens membres | Pete Best Stuart Sutcliffe |
| Entourage | Jane Asher Neil Aspinall Pattie Boyd Brian Epstein Mal Evans Astrid Kirchherr George Martin Linda McCartney Yoko Ono Billy Preston Derek Taylor Klaus Voormann |
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The Beatles est un groupe musical britannique originaire de Liverpool . Composé de John Lennon , Paul McCartney , George Harrison et Ringo Starr , il demeure, en dépit de la séparation de ses membres en 1970 , l'un des groupes de rock les plus populaires au monde. En douze ans d'existence, et seulement sept ans de carrière discographique, les Beatles ont sorti douze albums , de 1963 à 1970 , et ont composé plus de 200 chansons , soit en moyenne un album tous les neuf mois , productivité particulièrement remarquable dans la période 1963 - 1966 , où, entre les tournées incessantes et la participation à deux longs métrages , ils ont publié sept albums , treize singles et douze maxis .
Les chansons des Beatles ont marqué les années 1960 — elles sont même considérées comme la « bande-son » de cette décennie — et les générations suivantes, et leurs mélodies ont été adaptées à de nombreux genres musicaux , notamment le jazz , la salsa , le reggae ou la musique classique (symphonique) et baroque . Au XXI e siècle , le groupe jouit toujours d'une grande popularité ; ses chansons sont jouées et reprises dans le monde entier. Le duo d' auteurs-compositeurs Lennon/McCartney reste célèbre comme créateur de standards qui ont fait l'objet de milliers d'adaptations dans les décennies suivantes.
Les Beatles demeurent les artistes ayant vendu le plus grand nombre de disques au monde. Ce chiffre était déjà estimé par EMI dans les années 1980 à plus d'un milliard de CD, vinyles et même 78 tours en Inde vendus à travers la planète, et il a continué à augmenter jusqu'à aujourd'hui [ 1 ] . Par ailleurs, un biographe de Paul McCartney a calculé qu'à tout moment, l'une des interprétations de la chanson Yesterday (on en dénombre plus de 3 000 [ 2 ] ) était jouée par une radio quelque part dans le monde.
« Placés à la proue [ 3 ] » de l'évolution de la jeunesse et de la culture populaire des années 1960, leur style, leur habillement, leurs discours, leur popularité planétaire, leurs consciences sociale et politique grandissantes au fil du temps, ont étendu l'influence des Beatles bien au-delà de la musique, jusqu'aux révolutions sociales et culturelles de leur époque.
Sommaire
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Membres du groupe
- John Lennon (né John Winston Lennon à Liverpool , le 9 octobre 1940 , devenu John Ono Lennon lors de son mariage avec Yōko Ono en 1969, et mort assassiné à New York , le 8 décembre 1980 ) : auteur-compositeur , guitare rythmique , chant , piano , claviers , percussions , harmonica , basse (à l'occasion), fondateur du groupe, membre de 1957 à 1970 ;
- Paul McCartney (né James Paul McCartney à Liverpool , le 18 juin 1942 , devenu Sir James Paul McCartney par anoblissement en 1997) : auteur-compositeur, basse , chant, piano, claviers, guitares, percussions, batterie (à l'occasion), membre de 1957 à 1970 ;
- George Harrison (né à Liverpool , le 25 février 1943 , et mort à Los Angeles , le 29 novembre 2001 ) : auteur-compositeur, guitare solo , chant, sitar , instruments indiens variés, percussions, claviers , synthétiseur , basse (à l'occasion), membre de 1958 à 1970 ;
- Ringo Starr (né Richard Starkey à Liverpool , le 7 juillet 1940 ) : batterie , percussions, chant, auteur-compositeur occasionnel, membre de 1962 à 1970 .
John Lennon a résumé les débuts du groupe ainsi :
« Il était une fois trois petits garçons nommés John, George et Paul, de leur nom de baptême. Ils décidèrent de se mettre ensemble parce qu'ils étaient du genre à se mettre ensemble. Quand ils furent ensemble, ils se demandèrent pour quoi faire, après tout. Alors il leur poussa tout à coup des guitares et ils formèrent du bruit. Au début, cela n'intéressait personne [ 4 ] . »
Le « cinquième Beatle »
Le titre de « cinquième Beatle » fut attribué à un moment ou à un autre à :
- Stuart Sutcliffe , pour son rôle aux débuts du groupe en tant que bassiste , notamment à Hambourg ;
- Pete Best , batteur du groupe de 1960 à 1962 ; remplacé par Ringo Starr ;
- Neil Aspinall , road manager des Beatles dès leurs débuts et jusqu'en 1963, puis leur assistant personnel. Il a été à la tête de la compagnie Apple Corps durant près de 40 ans avant de prendre sa retraite en février 2007 , un an avant sa mort en mars 2008 ;
- Klaus Voormann , artiste, ami des Beatles et dessinateur de la pochette Revolver et du coffret The Beatles Anthology ;
- Brian Epstein , découvreur, puis manager des Beatles jusqu'à sa mort en 1967 ;
- George Martin , patron du label Parlophone , division d' EMI , qui les auditionna puis les engagea à l'été 1962. À partir de là, il produisit la quasi-totalité de leurs albums et écrivit la plupart des arrangements et des instrumentations avec les Beatles, jouant fréquemment des claviers . Il a continué, jusqu'à aujourd'hui, à produire les albums post-Beatles, comme la série The Beatles Anthology et la compilation Love ;
- Jimmy Nicol , batteur qui remplaça Ringo Starr, malade, pour une dizaine de concerts lors de la tournée australienne des Beatles en juin 1964 ;
- Derek Taylor , attaché de presse et confident des Beatles. George Harrison a déclaré en 1988 « Il n'y a eu que deux cinquième Beatle : Neil Aspinall et Derek Taylor » ;
- Billy Preston , claviériste qui participa à l'enregistrement de l'album Let It Be et que l'on entend aussi sur quelques pistes d' Abbey Road ( 1969 ).
Malgré la longue liste de prétendants, et pour sa contribution active à la musique des Beatles, dont il fut le producteur du début à la fin de leur carrière discographique, arrangeur et fréquent musicien additionnel, c'est à George Martin que doit revenir ce titre symbolique.
Histoire du groupe
1957 à 1962 : la formation et les débuts
Des Quarrymen aux Beatles
« Rien ne m'a vraiment touché jusqu'au jour où j'ai entendu Elvis . S'il n'y avait pas eu un Elvis, il n'y aurait pas eu les Beatles [ 4 ] . »
— John Lennon
John Lennon est un adolescent de Liverpool élevé par sa tante « Mimi » — Mary Elizabeth de son vrai nom [ 5 ] . Son père, Alfred « Freddie » Lennon, un marin, a rapidement délaissé sa mère, Julia Stanley, et son enfant qu'elle n'avait pas les moyens de garder seule auprès d'elle. Dès qu'il découvre Presley et le rock 'n' roll , John veut devenir musicien, se procure une guitare et ne tarde pas à monter son premier groupe, The Quarrymen .
Le 6 juillet 1957 [ 2 ] , à Woolton dans la banlieue de Liverpool, John Lennon , qui a alors 16 ans, et son groupe de skiffle donnent un concert pour la fête paroissiale de l'église St. Peter. À la fin du concert, Ivan Vaughan , un ami commun, présente Paul McCartney à John Lennon . Paul prend alors une guitare et joue Twenty Flight Rock d' Eddie Cochran devant un John un peu éméché mais néanmoins très impressionné. Quelques jours plus tard, Pete Shotton, autre membre des Quarrymen propose à Paul de se joindre au groupe. Celui-ci, qui n'a que 15 ans, accepte.
En février 1958 [ 2 ] , sur l'insistance de Paul, et malgré les réticences de John qui le trouve trop jeune, George Harrison intègre le groupe comme guitariste solo . À trois – guitaristes et chanteurs – au sein d'une formation à géométrie variable qui s'appellera à tour de rôle, The Rainbows et Johnny and the Moondogs [ 6 ] , avec ou sans batteur, ils jouent dans les clubs de Liverpool , comme le Jaracanda, un coffee-shop dirigé par Alan Williams qui officie en tant qu'agent pour le groupe débutant. Ils se produisent également au Casbah, dirigé par Mona Best, la mère de leur futur batteur Pete Best . D'autres portes s'ouvrent ensuite, dont le Cavern Jazz Club, alors que le rock 'n' roll et le Mersey Beat , les styles des groupes de Liverpool, deviennent populaires dans cette ville.
Autodidactes , influencés par le rock 'n' roll ( Elvis Presley pour commencer, mais également Chuck Berry , Buddy Holly , Little Richard , Gene Vincent et bien d'autres) et le blues noir américain, ils jouent les morceaux de rock du moment « à l'oreille », sans partitions . Mais dès le départ aussi, John Lennon et Paul McCartney s'associent et s'entendent pour écrire ensemble des chansons , par dizaines, affinant leur technique au fur et à mesure. Quelques-unes d'entre elles ressortiront sur les albums des Beatles des années plus tard [ 2 ] . Ils partagent également un drame qui les rapproche : Paul McCartney a perdu sa mère Mary, terrassée par un cancer du sein en 1956 , tandis que la mère de John, Julia, meurt écrasée par une voiture conduite par un policier ivre en 1958 [ 6 ] .
Les futurs « Fab Four » utilisent différentes variantes de leur nom (Beetles, Silver Beetles, Long John and the Silver Beatles, Silver Beats) avant de se fixer sur le mot-valise « Beatles [ 7 ] » pendant l'année 1960 . Il s'agit en fait de références au groupe accompagnant Buddy Holly , The Crickets, et au film L'Équipée sauvage avec Marlon Brando , où il est question d'un gang du nom de « Beetles » (« scarabées »). Il fait aussi référence au rythme ( beat ) du rock 'n' roll (appelé beat music ). Les quatre adoptent définitivement cette appellation (attribuée à John Lennon et Stuart Sutcliffe ) en août 1960 , lorsque débute leur premier engagement sérieux, que leur a déniché Alan Williams à Hambourg , où ils vont rencontrer Klaus Voormann et Astrid Kirchherr .
Les séjours à Hambourg
Bruno Koschmider, propriétaire de l' Indra Club et du Kaiserkeller engage donc les Beatles à Hambourg, sur les indications d'Allan Williams.
Cinq jours avant de partir pour l'Allemagne, le 17 août 1960 [ 2 ] , ils ont auditionné et engagé Pete Best comme batteur , alors que Stuart Sutcliffe est leur bassiste depuis le début de l'année. Mais ce dernier, copain de John Lennon, qui a pu rejoindre le groupe tout simplement parce qu'il avait assez d'argent (artiste-peintre en devenir, il a vendu une de ses toiles) pour s'acheter un instrument, ne sait pas en jouer. Il se produit dos au public afin que cela ne se voie pas. Ou carrément, joue sans que son instrument ne soit branché à un ampli [ 8 ] . Sutcliffe tombe amoureux d' Astrid Kirchherr (qui prend les premières photos du groupe, des clichés restés célèbres [ 9 ] ) et décide de rester à Hambourg en 1961 lorsque ses camarades regagnent l'Angleterre. Entre leurs différents voyages en Allemagne, ils continuent à se produire à Liverpool et dans ses environs, se constituant un solide noyau de fans, mais restent inconnus au-delà du « Merseyside », se retrouvant notamment, en décembre 1961, à jouer devant 18 personnes à Aldershot dans la lointaine banlieue de Londres [ 8 ] .
Paul McCartney , jusque-là guitariste au même titre que John Lennon et George Harrison, est devenu le bassiste du groupe (ses deux camarades n'étant pas enthousiastes pour tenir ce rôle) après le départ de Sutcliffe. Lequel décède à 21 ans le 10 avril 1962 [ 2 ] d'une congestion cérébrale, trois jours avant que les Beatles ne posent à nouveau le pied sur le sol allemand pour un nouvel engagement de sept semaines au Star Club .
Les Beatles font en tout cinq séjours à Hambourg (d'août à novembre 1960, de mars à juillet 1961, d'avril à mai 1962, puis en novembre et en décembre 1962 [ 2 ] ), le premier d'entre eux étant interrompu simultanément par le renvoi en Angleterre de George Harrison car il est encore mineur et les expulsions de Paul McCartney et Pete Best pour avoir involontairement mis le feu à leur loge [ 4 ] . Pour satisfaire le public des clubs de la cité hanséatique, les Beatles élargissent leur répertoire, donnent des concerts physiquement éprouvants, et recourent aux amphétamines pour rester éveillés. Les jeunes gens sont par ailleurs logés dans des conditions difficiles, quasiment insalubres [ 4 ] .
D'autres groupes liverpuldiens se produisent à Hambourg, comme Rory Storm and the Hurricanes , dont le batteur se nomme Ringo Starr . Les Beatles envient sa notoriété et apprécient sa compagnie. Les deux groupes partagent l'affiche de très nombreuses fois à Liverpool [ 8 ] , et se retrouvent au Kaiserkeller du côté de la Reeperbahn pendant plus d'un mois en octobre et novembre 1960 où Ringo aura l'occasion de jouer avec eux [ 6 ] .
C'est aussi à Hambourg qu'ils décrochent leur premier contrat d'enregistrement, chez Polydor , et en tant qu'accompagnateurs du chanteur et guitariste Tony Sheridan . Le 45 tours My Bonnie par Tony Sheridan and The Beat Brothers est publié en octobre 1961 .
« J'ai grandi à Hambourg, pas à Liverpool » dira plus tard John Lennon. Évoquant cette période des débuts, il racontera aussi :
« Quand les Beatles déprimaient et se disaient « On n'ira jamais nulle part, on joue pour des cachets merdiques, on est dans des loges merdiques », je disais « Où on va, les potes ? », et eux, « Tout en haut, Johnny ! », et moi « C'est où ça ? », et eux « Au plus top du plus pop ! » ( to the toppermost of the poppermost ), et moi « Exact ! ». Et on se sentait mieux [ 4 ] . »
Par ailleurs, nostalgique de cette époque « cuir », on entend aussi John Lennon expliquer dans le disque Anthology 1 :
« Ce que nous avons fait de meilleur n'a jamais été enregistré. Nous étions des performers , nous jouions du pur rock ( straight rock ) dans les salles de danse ( Dance Halls ), à Liverpool et à Hambourg, et ce que nous générions était fantastique. Il n'y avait personne pour nous atteindre en Grande-Bretagne ( There was nobody to touch us in Britain ) [ 10 ] . »
En 2008 , Hambourg a dédié une place de la ville au groupe [ 11 ] .
L'apport décisif de Brian Epstein
À leur retour d' Allemagne , les Beatles ont acquis la maturité qui leur manquait, techniquement d'abord, sur scène ensuite. Après leurs deux premiers voyages formateurs à Hambourg , le 9 novembre 1961 , Brian Epstein vient voir les Beatles au Cavern Club de Liverpool, le café souterrain où ils se produiront près de 300 fois jusqu'au 3 août 1963 [ 2 ] . Disquaire à l'origine, Epstein n'a jamais dirigé de formation musicale auparavant mais connaît quelques-uns des à-côtés qui mènent à la popularité d'un artiste. Il va devenir leur mentor et les propulser au rang de musiciens professionnels. Il va leur faire abandonner les vêtements en cuir pour une nouvelle tenue vestimentaire. Il va gommer leur image de sauvages.
Les Beatles devront maintenant jouer en complet veston, comme les professionnels, avec leur coupe de cheveux caractéristique. Inventée par Astrid Kirchherr pour certains, par John Lennon et Paul McCartney à l'issue d'un court séjour à Paris en septembre 1961 , pour d'autres, la « coupe Beatles » était déjà celle du personnage Moe dans Les Trois Stooges [ 12 ] . Brian Epstein fait aussi le tour des maisons de disques afin de leur faire signer un contrat d'enregistrement.
Epstein multiplie sans succès les tentatives auprès des grandes compagnies discographiques. Un échec chez Decca restera célèbre. Les Beatles y sont auditionnés le 1 er janvier 1962 [ 2 ] en enregistrant 15 titres en une heure. Dick Rowe, le directeur artistique ( A&R ) de Decca, sera surnommé dans le milieu « The man who turned down the Beatles » (l'homme qui rejeta les Beatles) pour avoir dit au jeune manager « Rentrez chez vous à Liverpool, M. Epstein, les groupes à guitares vont bientôt disparaître [ 13 ] ».
L'intuition de George Martin
Finalement, seul George Martin , alors producteur chez Parlophone , une division d' EMI , se montre intéressé. Début mai, Brian Epstein lui a fait écouter les bandes Decca [ 14 ] , rendez-vous est fixé pour une audition dans les studios EMI d'Abbey Road, le 6 juin 1962 [ 2 ] .
Quatre jours après être revenus d'Hambourg où ils honoraient un engagement au Star Club , leur 3 e séjour dans la ville allemande, les Beatles arrivent aux studios de la route de l'abbaye . George Harrison raconte ainsi cette première audition :
« Les autres membres du groupe m'ont presque tué lorsque George Martin nous a enregistrés pour la première fois. En nous rejouant la bande, il nous a demandé : « Y a-t-il quelque chose qui ne vous plaît pas ? » Je l'ai regardé et j'ai dit : « Pour commencer, je n'aime pas votre cravate », et les autres : « Oh non ! On essaie de décrocher un contrat ici ! » Mais George avait lui aussi le sens de l'humour [ 13 ] . »
« Ça a brisé la glace! », note-t-on du côté du personnel technique des studios EMI [ 14 ] .
George Martin a une intuition. Il décèle le potentiel des Beatles et décide de les « signer », mais il n'aime pas beaucoup le style de Pete Best et suggère de le remplacer pour les premières véritables sessions d' enregistrement . Le groupe ne se fait pas prier et s'en sépare en août 1962 pour le remplacer par Ringo Starr , avec qui les affinités sont bien plus grandes. Une éviction brutale, qu'ils n'annoncent même pas eux-mêmes à Pete Best – c'est Brian Epstein qui s'en chargera [ 6 ] . Ce renvoi ne sera pas sans conséquence. George Harrison explique :
« On avait joué au Cavern Club et les gens hurlaient « Pete est le meilleur ! » (jeu de mots avec « Best » en anglais), « Ringo jamais, Pete toujours ! » C'était devenu lassant, et je me suis mis à les engueuler. Après le concert, on est sortis des loges, on est entrés dans un tunnel tout noir, et il y a quelqu'un qui m'a balancé un coup de poing dans le visage. Je me suis retrouvé avec un œil au beurre noir. Qu'est-ce qu'il ne fallait pas faire pour Ringo [ 4 ] ! »
Ils enregistrent les 4 et 11 septembre de la même année leur premier single , Love Me Do . Pour la version de Love Me Do présente sur l'album Please Please Me , le batteur est Andy White, musicien de studio, tandis que sur le single publié le 5 octobre 1962 , c'est Ringo Starr qui tient la batterie ; George Martin ne voulait pas prendre de risques avec un autre batteur qu'il considérait médiocre. Toutefois, Ringo Starr – qui n'a jamais oublié cette « humiliation » – joue du tambourin sur la version de l'album [ 6 ] , et ce premier titre publié par EMI sera pratiquement le seul où ce n'est pas lui qu'on entend derrière les « fûts ».
À l'instigation de Brian Epstein qui met à profit son expérience de disquaire, les Beatles vont désormais alterner des sorties de disques isolées (« 45 tours » ou « singles ») qui ne sont pas sur les albums et d'albums dont sont extraits des singles lancés plus tard, accréditant ainsi l'idée qu'acheter un album des Beatles est une « valeur sûre » où l'on trouve déjà « les succès que les autres ne découvriront que demain ».
Pete Best, amer de son éviction des Beatles, sort son propre album, Best, of the Beatles (la virgule a son importance), dont la pochette est une photo où il est batteur du groupe et entouré des autres, mais celui-ci reste anecdotique. Les bizarreries des Beatles les plus recherchées de l'époque ont été leurs premiers enregistrements avec Tony Sheridan , les fameuses « bandes Decca » de janvier 1962 (que l'on finit par entendre en partie trois décennies plus tard sur le disque Anthology 1 ), leurs chansons, qu'ils interprètent en allemand et où ils se contentent de réenregistrer leur voix sur les bandes instrumentales existantes (finalement publiées sur le disque Past Masters, Vol. 1 en 1988 ), et des chansons sorties en 78 tours en Inde .
1963 à 1966 : la Beatlemania
Le 5 octobre 1962 sort Love Me Do qui n'atteint que le 17 e rang au palmarès britannique. Ce n'est pas encore la « Beatlemania », mais il s'agit là d'une grande satisfaction pour le groupe, particulièrement au moment où le titre passe à la radio [ 4 ] . Mais leur deuxième 45 tours, Please Please Me , dont les paroles sont ambiguës pour l'époque (« You don't need me to show the way, girl », que l'on peut traduire par « tu n'as pas besoin que je te montre la voie, fille ») est propulsé au premier rang. Les Beatles obtiennent ainsi l'occasion d'enregistrer un album complet, ce qu'ils feront en 585 minutes (9h45) le 11 février 1963 [ 15 ] . Intitulé Please Please Me et sorti le 22 mars 1963 , cet album atteint également la tête du hit-parade où il se maintient durant sept mois.
Partie de Liverpool — où ils continuent jusqu'en août 1963 à enflammer le Cavern Club —, la popularité des Beatles se répand dans tout le Royaume-Uni qu'ils sillonnent inlassablement, y effectuant quatre tournées cette année-là [ 16 ] . Les succès se suivent : From Me to You en avril, puis She Loves You en août sont classés nº 1 au hit-parade. She Loves You et son fameux « Yeah Yeah Yeah! » rend les Beatles célèbres dans toute l'Europe. Leur passage, le 13 octobre 1963 dans le très populaire show télévisé londonien Sunday Night at the Palladium marque le début du phénomène que la presse britannique baptise la « beatlemania [ 2 ] ». Disquaires pris d'assaut, ferveur généralisée, jeunes filles en transe… Le groupe va aligner douze n° 1 successifs dans les charts britanniques de 1963 à 1966 [ 17 ] , jusqu'à la publication en février 1967 du single « double face A » Strawberry Fields Forever / Penny Lane , seulement n° 2 (mais premier aux États-Unis ).
Le 4 novembre 1963 [ 2 ] , les quatre musiciens de Liverpool se produisent devant la famille royale au Prince of Wales Theatre de Londres pour le Royal Command Performance, où un John Lennon, irrévérencieux, avant de se lancer dans l'interprétation de Twist and Shout dit au public : « On the next number, would those in the cheaper seats clap your hands? All the rest of you, if you'll just rattle your jewelry! / Pour notre prochain titre, est-ce que les gens installés dans les places les moins chères peuvent taper dans leurs mains ? Et tous les autres, agitez vos bijoux [ 6 ] ! »
En 1963, John Lennon et Paul McCartney écrivent partout, à n'importe quel moment, dans le bus qui les amène d'un lieu de concert à l'autre, dans leurs chambres d'hôtel, dans un coin des coulisses avant de monter sur scène, dans l'urgence avant d'enregistrer, quelquefois en une seule prise, autant de titres qui vont marquer leur histoire et celle de la musique rock [ 14 ] .
En tête des hit-parades, Please Please Me n'est remplacé à la première place que par le deuxième album du groupe, With the Beatles , publié le 22 novembre 1963 . Ces deux disques sont exportés aux États-Unis respectivement sous les noms de Meet the Beatles et The Beatles' Second Album , en ayant préalablement subi divers traitements tels que le raccourcissement de la liste des chansons, la modification de l'ordre des pistes, ou bien celle du son (écho, stéréo, etc.).
Dans un premier temps, les maisons de disques américaines affichent leur mépris pour ce qu'elles pensent être un phénomène passager. Leur cinquième 45 tours, I Want to Hold Your Hand , est leur premier nº 1 sur le marché américain et y reste du 1 er février au 14 mars 1964 . Il sera détrôné par She Loves You du 21 au 28 mars, suivi de Can't Buy Me Love du 4 avril au 2 mai. Le classement du Billboard Hot 100 du 31 mars 1964 aux États-Unis fait apparaître cinq titres des Beatles aux cinq premières places : la « beatlemania » qui avait débuté au Royaume-Uni se propage de l'autre côté de l'Atlantique, et dans le monde entier.
Analyse du phénomène
La « Beatlemania » fut un phénomène d'ampleur et à plusieurs facettes. La jeunesse prend goût à se coiffer et s'habiller « à la Beatles », comme en témoignent les photos de l'époque prises dans les rues. Ils deviennent des trend-setters , expression anglophone que l'on peut traduire en français par faiseurs de mode ou leaders de tendances .
Les disquaires se spécialisent sur la discographie des Beatles, et pour mieux gérer ses stocks, la société EMI/Parlophone propose la présouscription des albums et des singles à suivre, même s'ils sont encore à l'état de projet. Les pré-commandes atteignent dès lors des sommets astronomiques : par exemple, 2,1 millions pour Can't Buy Me Love en 1964 [ 18 ] .
Des magazines spécialisés fleurissent, comme le célèbre Beatles Monthly , (aussi connu sous le nom de Beatles Book , 77 éditions de 1963 à 1969, intégralement republiées de 1977 à 1982) et se vendent comme des petits pains.
L'atmosphère hystérique des concerts rend parfois ceux-ci presque inaudibles [ 19 ] . Le premier ministre britannique, Harold Wilson , remarque néanmoins que ces artistes constituent pour le pays une excellente exportation, notamment en termes d'image : celle de jeunes gens souriants, polis, bien habillés, et pleins d'un humour très britannique lors des interviews. Ils sont décorés par la reine du Royaume-Uni, le 12 juin 1965 , de la médaille de membre de l' Empire britannique ( Member of the British Empire , ou MBE ). C'est en fait la plus basse des décorations. Certains MBE — dont plusieurs sont des vétérans et des chefs militaires —, froissés, renvoient par dépit leur propre croix à Sa Très Gracieuse Majesté. John Lennon répliqua qu'il aimait mieux recevoir cette distinction en divertissant [ 6 ] . Les vrais honneurs arrivent beaucoup plus tard, quand Sir James Paul McCartney, ainsi que Sir Michael Jagger , des Stones , sont anoblis en 1997 .
Extrêmement liés, par le simple fait qu'ils sont les seuls à « vivre la beatlemania de l'intérieur », considérant se trouver dans l'œil du cyclone, voyant tout le monde s'agiter frénétiquement autour d'eux, se soudant autant que possible, très amis, les Beatles se voient affublés du surnom de « monstre à quatre têtes » au plus fort du phénomène [ 4 ] .
Dans les années 1960 , l'industrie musicale est en pleine expansion. Désormais, il est possible de donner des concerts dans des salles de plus en plus grandes. À la télévision, les émissions sont de plus en plus regardées par un public familial. Les Beatles participent dès 1963 à de nombreux shows avec les animateurs les plus populaires de la télévision britannique et bientôt américaine, et sont les premiers à passer dans une émission diffusée en « Mondovision », dans le monde entier en juin 1967 , avec la chanson All You Need Is Love .
Depuis 1965, les Beatles ne chantaient pratiquement plus qu'en playback à la télévision et Paul s'en expliquait : « Nous faisons un très important travail de studio, corrigeant inlassablement la moindre imperfection avec une précision maniaque. Pas question d'offrir aux téléspectateurs, alors que ce son existe, un autre son déformé par les mauvais studios des plateaux de TV ». Toujours en 1965, les Beatles prennent la résolution de ne plus donner d'autographes : « Nous n'avons tout simplement pas assez de bras, et nous devons tout de même pouvoir utiliser nos guitares de temps en temps ! »
Les Beatles ont l'intelligence de mêler à des standards du rock comme Kansas City des chansons susceptibles de plaire à la génération précédente ( Till There Was You , You Really Got a Hold on Me ; Besame Mucho reste dans les cartons). À noter que ces chansons, y compris Besame Mucho , font partie du répertoire des Beatles depuis Hambourg [ 20 ] .
Pour ne pas se faire cataloguer comme « mods » et perdre le public des « rockers », Brian Epstein a eu une idée : les Beatles, retrouvant un moment le cuir de leurs débuts, vont sortir un EP ( extended play ) de quatre titres de rock pur et dur ( Matchbox , I Call Your Name , Long Tall Sally et Slow Down ) qui est le « disque des initiés » et montre « ce que les Beatles savent vraiment faire quand ils le veulent ». Satisfaits par cet « os à ronger », les rockers ne dénigrent plus les Beatles eux-mêmes, mais les fans qui achètent leurs autres disques en ne sachant pas ce qu'est la vraie musique des Beatles, qui ont montré qu'ils savaient faire bien mieux que de la pop. Pour se concilier ce public — mais aussi pour se faire plaisir — la présence d'un « standard de rock » devient un « incontournable » des albums [ 21 ] .
Dans le film A Hard Day's Night , tourné en noir et blanc pour ne pas coûter trop cher — mais aussi pour masquer le fait qu'ils n'ont pas la même couleur de cheveux — et réalisé par Richard Lester , les Beatles orchestrent habilement leur propre légende, avec un humour très britannique. Cet humour devient délirant avec le film suivant, Help! , sorti à l'été 1965, en couleurs, où les Beatles se moquent d'eux-mêmes. On va jusqu'à les comparer aux Marx Brothers , ce que John estime excessif. George Harrison , lui, noue une solide amitié avec Eric Idle et le groupe des Monty Python .
L'humour britannique reste une composante incontournable des Beatles. Quelques exemples tirés d'interviews :
« Que craignez-vous le plus ? La bombe atomique ou les pellicules ? (ricanements)
- La bombe atomique, puisque nous avons déjà des pellicules (hurlement de rire de l'auditoire) »
« Pouvez-vous nous chanter quelque chose ?
- L'argent d'abord ! »
« Répétez-vous beaucoup ?
- Pour quoi faire ? Nous jouons déjà en concert tous les soirs, vous savez. »
« Vous jouiez autrefois des standards. Pourquoi ne le faites-vous plus ?
- Parce que maintenant, nous en créons. »
« Ringo, êtes-vous des mods ou des rockers ?
- Personnellement, je suis un moqueur » (cette réplique sera reprise dans le film A Hard Day's Night )
« Comment avez-vous trouvé l'Amérique ?
- En tournant à gauche au Groenland ! » (cette réplique sera aussi reprise dans le film A Hard Day's Night)
L'album Rubber Soul sera plus tard ainsi nommé pour pasticher l'expression « plastic soul » (qui se traduit par « âme influençable »). Rubber Sole , qui se prononce presque à l'identique, signifie « semelle de caoutchouc » !
John Lennon avait soigné son personnage avant-gardiste en écrivant en 1964 et 1965 deux livres de courtes nouvelles dans un style imagé et surréaliste, In His Own Write , puis A Spaniard in the Works . La critique de l'époque ne leur fait pas bon accueil, mais Christiane Rochefort traduit en français le premier sous le titre « En flagrant délire ».
Entre-temps, le fan club des Beatles travaille à chouchouter un réseau de fans à qui on concède des bonus comme des photos inédites et des disques hors commerce offerts à Noël : un Christmas Record sortira ainsi chaque année durant les fêtes, jusqu'en 1968. Brian Epstein intervient pour la partie organisation et George Martin pour la partie musicale. Dès le début des années 1960 , George Martin fait à tout hasard enregistrer un album de musique symphonique inspirée des Beatles. Un autre, plus élaboré, suit bien plus tard pour le remplacer. Vers l'an 2000, un disque nommé Beatles Go Baroque et issu des pays de l'Est fait de même.
Passage à l'Olympia de Paris
À l'avènement de leur gloire internationale, et donc en laissant de côté leurs prestations au Star Club d' Hambourg et au Cavern Club de Liverpool , c'est à l' Olympia de Paris et durant trois semaines (du 15 janvier au 4 février 1964 ), à raison d'un, deux ou trois shows quotidiens, soit 41 apparitions en tout [ 22 ] , que les Beatles ont joué le plus longtemps au même endroit.
Après un « tour de chauffe » au cinéma Cyrano à Versailles , ils donnent leur premier spectacle à l'Olympia le 15 janvier. L'affiche est imposante et donne tout son sens au mot « Music-hall ». Daniel Janin et son orchestre, les Hoganas, Pierre Vassiliu , Larry Griswold, Roger Comte, Gilles Miller et Arnold Archer, acrobates, jongleurs, humoristes, chanteurs se succèdent sur la scène avant la deuxième partie du spectacle avec les trois têtes d'affiche au fronton du Boulevard des Capucines : Trini Lopez , Sylvie Vartan et les Beatles. Passant à chaque fois en dernier, est-ce à dire qu'ils sont les vedettes de cette série de shows ? Tout dépend en fait qui le public est venu voir, ce qui forgera son point de vue sur la question.
Les passages des Beatles sont assez courts puisqu'ils ne jouent à chaque fois que huit titres : From Me to You , Roll Over Beethoven , She Loves You , This Boy , Boys , I Want to Hold Your Hand , Twist and Shout , Long Tall Sally [ 22 ] .
La surprise pour eux, c'est que la salle est composée en majorité de garçons, et qu'ils n'entendent pas pour une fois, les cris féminins stridents qui les accompagnent d'habitude [ 4 ] . Au fur et à mesure, et malgré quelques incidents techniques au début, les Beatles conquièrent leur public.
Durant leur séjour à Paris, les jours de relâche leur permettent d'aller faire un tour aux studios Pathé-Marconi de Boulogne-Billancourt . Le 29 janvier , ils y enregistrent leurs deux titres en langue allemande : Sie Liebt Dich ( She Loves You ) et Komm, Gib Mir Deine Hand ( I Want To Hold Your Hand ). Le premier est entièrement enregistré, voix et instruments (en 14 prises), le second n'est qu'un ajout vocal sur leurs propres pistes instrumentales. Le même jour, ils mettent également en boîte un nouveau tube composé par Paul : Can't Buy Me Love [ 23 ] .
C'est aussi à Paris que les Beatles apprennent qu'ils viennent de décrocher leur premier N°1 aux États-Unis : I Want To Hold Your Hand . Cette nouvelle provoque une grande scène de joie collective dans leur chambre du George-V ; Mal Evans raconte :
« Quand je suis rentré dans la pièce je suis resté stupéfait. Debout sur un fauteuil, John prononçait une sorte de discours dont je n'arrivais pas à saisir un mot. George donnait des bourrades à Ringo et je me demandais encore ce qui se passait quand Paul me sauta sur le dos ! Ils étaient heureux comme des collégiens en vacances et, à la réflexion, je reconnais qu'il y avait de quoi [ 4 ] . »
La conquête de l'Amérique
Trois jours après leur dernière prestation à l'Olympia, une foule immense est à leurs côtés à l'aéroport londonien d' Heathrow , au moment où ils s'embarquent pour le Nouveau Monde. De l'autre côté de l'Atlantique, c'est encore la foule — plus de 3 000 fans — qui les attend lorsqu'ils se posent sur le tarmac de l' aéroport international John-F.-Kennedy de New York , le 7 février 1964 . Un événement majeur va secouer l'Amérique moins de 48 heures plus tard : plus de 70 millions de personnes (soit 45 % de la population) assistent en direct à leur première prestation télévisée, lors du Ed Sullivan Show diffusé sur CBS le 9 février . Une audience record pour l'époque, qui reste encore de nos jours la plus élevée de l'histoire, hors retransmissions sportives. Certains médias iront jusqu'à dire que cet événement télévisuel a redonné le moral à l'Amérique encore profondément traumatisée, 77 jours après l' assassinat du Président Kennedy [ 24 ] . [ 25 ]
Après un premier concert dans des conditions difficiles au Coliseum de Washington — la scène est au milieu de la salle, comme un ring, la batterie doit pivoter et les musiciens se retourner pour faire face à une partie ou à l'autre du public, le matériel fonctionne mal, etc. — et un nouveau passage dans le Ed Sullivan Show en direct de Miami le 16 février , les « Fab Four » (en français les « quatre fabuleux ») rentrent au pays. L'Amérique est emportée par la Beatlemania, un rendez-vous est pris pour une première tournée de 25 dates à travers le pays, à guichets fermés, du 19 août au 20 septembre 1964 [ 26 ] . C'est pendant cette tournée estivale des États-Unis que les Beatles rencontrent Bob Dylan , et que ce dernier leur fait essayer la marijuana pour la première fois [ 6 ] . Une découverte qui a une importance incontestable dans l'évolution de leur musique. La légende veut que Dylan ait pris le « I can't hide » (« je ne peux le cacher ») de I Want to Hold Your Hand pour « I get high » (« je plane ») et qu'il ne se soit ainsi pas gêné pour proposer un « reefer » aux Beatles [ 4 ] .
L'histoire d'amour entre les Beatles et l'Amérique, où ils enchaînent les Nº1 en 1964 et 1965 , trouve un point d'orgue le 15 août 1965 en ouverture de leur seconde tournée de ce côté de l'Atlantique. Ce jour-là, ils sont le premier groupe de rock à se produire dans un stade , le Shea Stadium de New York, devant 56 000 fans déchaînés et dans des conditions singulières pour ce genre de spectacle dans une telle arène, sous les hurlements de la foule. Les Beatles se produisent seulement munis de leurs amplis Vox , et sont repris par la sono du stade, c'est-à-dire les haut-parleurs utilisés par les « speakers » des matches de base-ball . Il en résulte que ni eux ni le public n'entendent clairement une note de cette prestation historique. Les documents filmés ce jour-là démontrent cependant que les Beatles arrivent à jouer, et que c'est John Lennon qui les empêche de se retrouver paralysés par l'événement en multipliant les pitreries, comme parler charabia en agitant ses bras pour annoncer un titre en se rendant compte que personne ne peut l'entendre, ou maltraiter un clavier avec ses coudes au moment de l'interprétation de I'm Down [ 4 ] .
Pionniers, initiateurs de la British Invasion , terme utilisé aux États-Unis pour y décrire la prédominance des groupes de pop rock anglais — parmi lesquels les Rolling Stones , les Who ou encore les Kinks — au milieu des années 1960 , voilà les Beatles abonnés aux premières places des charts américains jusqu'à la fin de leur carrière. Ils y détiennent d'ailleurs toujours, aujourd'hui, un record absolu avec 170 millions d'albums vendus sur ce seul territoire. « La musique n'a plus jamais été la même depuis lors » affirme la RIAA (Recording Industry Association of America) [ 27 ] .
Cinéma et « œufs brouillés »
Quoi de mieux que le film A Hard Day's Night (dont le titre français est Quatre garçons dans le vent ) pour aborder et comprendre ce qu'était la Beatlemania en 1964 ? La bande-son de ce faux documentaire humoristique réalisé en noir et blanc par Richard Lester , qui connaît un succès international, est aussi le troisième disque des Beatles (sorti en Angleterre le 10 juillet 1964 ). Le titre a été accidentellement créé par Ringo Starr ; sortant à une heure avancée des studios, il a dit « It's been a hard day » (« cela a été une dure journée »), puis s'apercevant que c'était la nuit, a ajouté « …'s night » (« …de nuit [ 2 ] »). Il représente un tour de force de John Lennon, auteur et chanteur principal de 10 des 13 chansons. Il est à cette époque au sommet de sa prépondérance sur le groupe [ 2 ] . C'est le premier album des Beatles à ne comporter aucune reprise, tous les titres étant signés Lennon/McCartney . Il inclut notamment la première ballade portant réellement « la patte » de Paul McCartney, And I Love Her , ainsi que de nombreux futurs N°1. Encore une fois, deux éditions différentes sont réalisées pour l'Angleterre (Parlophone - 14 titres) et les États-Unis (Capitol - 11 titres).
Pressés de toutes parts, littéralement poussés vers les studios au milieu d'incessantes tournées, les Beatles sortent dans la foulée, le 4 décembre 1964 , Beatles for Sale (titre évocateur : « Les Beatles à vendre »), où ils se contentent de reprendre en studio leur répertoire scénique du moment en y incluant quelques nouvelles chansons, comme Eight Days a Week , I'm a Loser , Baby's in Black et No Reply ou une très ancienne comme I'll Follow the Sun . Le disque comprend donc six reprises de rock 'n' roll et sera livré avec une pochette, qui comme celle de With the Beatles [ 28 ] (et d'autres à venir) deviendra une des plus pastichées des décennies suivantes [ 29 ] . Au même moment, le titre I Feel Fine de John Lennon, publié en single le 27 novembre , est N°1 durant cinq semaines. Il démarre par un « feedback » de guitare ou effet Larsen , le premier du genre dans le rock, que l'on pourrait croire accidentel, alors que cet étonnant effet est délibéré. « Je défie quiconque de trouver la présence d'un feedback sur un disque avant I Feel Fine » assure John Lennon [ 4 ] .
La « beatlemania » bat toujours son plein en 1965, lorsque sortent le film Help! — tourné par les Beatles dans les volutes de fumée de cigarettes très spéciales [ 4 ] — et le disque du même nom . Seule la moitié des titres de l'album fait partie de la bande-son du film dont Ringo Starr est la vedette, et trois chansons vont marquer l'histoire du groupe, autant de N°1 dans les charts. Help! d'abord, où John Lennon, il l'avoue plus tard, se met à nu en appelant au secours. Le succès, la célébrité, ne lui apportent aucune réponse, il est, dit-il, dépressif et boulimique, dans sa période « Elvis gros [ 4 ] ». Ticket to Ride ensuite, considéré par Lennon comme le titre précurseur du hard rock [ 4 ] avec ses effets de guitare, ses roulements de toms et sa basse insistante.
Yesterday enfin, la chanson mythique de Paul McCartney qu'il joue à tout son entourage, une fois composée sous le titre de travail Scrambled Eggs (« œufs brouillés ») se demandant sincèrement et interrogeant à la ronde pour savoir s'il a bien inventé cette mélodie ou si elle ne vient pas de quelque part, tant elle paraît évidente [ 3 ] . Elle devient la chanson la plus diffusée et la plus reprise du XX e siècle (près de 3 000 reprises ). Yesterday et son fameux arrangement pour quatuor à cordes, suggéré et concocté par George Mart