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La «  baisse tendancielle du taux de profit  » (BTTP) est une théorie en économie et économie politique , dont la plus célèbre exposition vient du chapitre 13 du Capital, Volume III de Karl Marx [ 1 ] . Des économistes aussi divers que Adam Smith [ 2 ] , John Stuart Mill [ 3 ] , David Ricardo [ 4 ] et Stanley Jevons [ 5 ] désignaient explicitement la BTTP comme un phénomène empirique qui devait être expliqué, mais ils divergeaient quant aux raisons pour lesquelles la BTTP pouvait nécessairement se produire [ 6 ] .

Rappels sur les crises et le capitalisme

Marx a repris et travaillé le concept de classe sociale pour décrire les inégalités empiriques qui s'accroissaient au XIXe siècle et se sont accrues depuis. Il constate, notamment dans Les luttes de classe en France , que dans toute société se trouve un nombre important de classes différentes. Mais le mode de production capitaliste tend à structurer la société autour de deux classes antagonistes que sont la bourgeoisie et le prolétariat . Or selon Marx dans le développement historique du mode de production capitaliste, qui n'est pas une organisation économique figée mais en constante transformation, la relation entre ces deux classes se caractérise par un rapport de force social, la lutte des classes , car la bourgeoisie est propriétaire du capital alors que le prolétariat est uniquement détenteur de sa force de travail. Les bourgeois pour exister (individuellement) ne peuvent faire autrement que chercher à maximiser leurs profits. Selon les marxistes le capitalisme est donc traversé par des contradictions économiques et sociales qui mettent sa viabilité en cause [ 7 ] .

La baisse tendancielle du taux de profit

Définition

La concurrence entre les capitalistes les pousse à innover et donc à augmenter leur productivité (quantité de valeur d'usage/temps de travail), remplaçant les travailleurs par des moyens de production et augmentant la composition organique du capital. Cela a pour effet de diminuer la valeur qui ne peut être produite que grâce à la force de travail d'un être humain.

Le taux de profit

Baisse tendancielle du taux de profit aux États-Unis avec comparaison de la composition organique du capital.

Le taux de profit est le thermomètre de la santé économique du capitalisme. Il permet d'observer le ratio investissement de départ sur la plus-value finale.

où Pl est la plus-value (dans le sens où c'est la valeur accaparée par le capitaliste, sans tenir compte des dépenses de celui-ci), C le capital constant avancé (les moyens de production ), V le capital variable avancé (c'est-à-dire le salaire).

La seconde formule permet d'isoler C/V qui représente la composition organique du capital (le ratio investissements salaires sur investissements capital comme des machines). De même elle isole Pl/V qui représente le taux d'exploitation (e). L'augmentation du taux d'exploitation sera interprété comme une baisse du salaires vis-à-vis de la plus-value accaparée.

En sachant que :

où Vmp est la valeur des marchandises produites et Va la valeur ajoutée (créée par les travailleurs).

Une variante de la formule du taux de profit est celle qui fait apparaître le capital fixe (qui est la partie du capital constant qui transmet une partie de sa valeur à la marchandise : bâtiment, machine...)

On rapporte le montant total des profits au capital fixe, l'évolution du ratio profit/VA évolue plus ou moins comme le taux d'exploitation et le ratio VA/capital évolue comme l'inverse de la composition organique du capital. On note qu'ici, c'est le profit et non le taux de profit qui est utilisé dans la formule; le profit représentant les gains "brut" effectués par les capitalistes.

Effet d'une baisse du taux de profit

Les effets à terme de la baisse du taux de profit sont la baisse de la valeur unitaire des moyens de production et l'augmentation du taux d'exploitation.

Baisse tendancielle du taux de profit et déclenchement des crises

Il semble y avoir relation de cause à effet entre les crises (l'interruption du processus de production) et la chute du taux de profit. L'explication la plus simple est que le taux de profit étant trop bas, les capitalistes cessent d'investir dans l'économie « réelle ».

Mais, si, selon les marxistes, cette loi est vraie au niveau global, au niveau d'une branche, un capitaliste plus productif peut augmenter son taux de profit en accaparant de la plus-value dans les entreprises (de la même branche) où la productivité est basse. Cela explique pourquoi la dynamique du capitalisme mène à des crises récurrentes même si la baisse du taux de profit n'est pas continue et uniforme.

Par ailleurs face il ne s'agit pas d'une explication de type mécaniste dans laquelle la loi abstraite conduit à l'effondrement du capitalisme. Marx inscrit ce mécanisme économique dans l' historicité propre aux sociétés humaines. La loi exprime la contradiction fondamentale du mode de production capitaliste, entre le développement des forces productives et les rapports de production capitalistes (entre la valeur d'usage et la valeur, ou plus simplement entre la satisfaction des besoins humains et la logique capitaliste).

Interprétation de la baisse tendancielle du taux de profit comme loi économique

Selon les marxistes et leur approche économique, la loi peut avoir une autre interprétation. Les approches dites "multicausales" estiment que la baisse tendancielle du taux de profit est une cause prépondérante au déclenchement des crises mais que la baisse n'est ni globale ni le seul facteur. En effet, de nombreux autres facteurs viennent atténuer la baisse ou aggraver la crise. De plus, la croissance démographique et l'amélioration technologique des moyens de production (en plus de l'augmentation de l'armée de réserve du capital) en font le déclencheur de crise localisée et non pas une baisse historique [ 7 ] .

D'autres marxistes plus "orthodoxes" estiment qu'il y a effectivement une baisse globale du taux de profit historiquement et qu'elle ne s'observe que sur le temps très long (deux siècles ne sont pas suffisants pour la constater) [ 8 ] .

Certain marxiens ou d'inspiration marxiste estiment qu'il y a au contraire une augmentation du taux de profit plus récemment en raison, par exemple, de la technologie et de son développement exponentiel [ 9 ] .

Reprise de la loi et critiques

Reprise de la baisse tendancielle du taux de profit dans d'autre contexte

Thomas Piketty aussi traite la théorie de la baisse tendancielle du taux de profit avec l' accumulation du capital [ 10 ] .

Réfutation de Philippe Simonnot

Philippe Simonnot offre une réfutation formelle de la théorie marxiste :

«  Soit V le "capital variable" correspondant aux salaires et C le capital constant correspondant aux machines, outils, bâtiments, terre, etc. Soit encore pl, la plus-value tirée par le patron du travail des salariés. On définit E, le taux d'exploitation par l'équation E = pl/V, et P, le taux de profit par l'équation P = pl/(C + V). La composition "organique" du capital de l'entreprise considérée est définie par l'équation K = (C + V)/V.
A l'aide de ces différentes équations, on peut exprimer le taux de profit (P) en fonction de la composition organique du capital (K) et du taux d'exploitation (E). En effet, pl = V.E ; P = V.E/(C + V) ; donc P = E/K.
Or, dans les conditions de concurrence parfaite qui est le cadre de référence de Marx, le taux d'exploitation (E) et le taux de profit (P) sont les mêmes dans toutes les branches de production quelle que soit la composition organique du capital. Or la dernière équation montre que si la composition organique du capital (K) varie de branche à branche ou d'entreprise à entreprise, le taux d'exploitation étant donné et partout le même, le taux de profit (P) varie de branche en branche ou d'entreprise à entreprise. Ce qui est impossible. » [réf. nécessaire]

Articles connexes

Références

  1. Il est également désigné par Marx comme la « loi » de la tendance à la baisse du taux de profit "(LTRPF). Comme expliqué dans l'article, il existe des différends sur l'existence ou non d'une telle loi. Parmi les autres termes utilisés, on peut citer « la baisse du taux de profit », la « tendance à la baisse du taux de profit », la « baisse du taux de profit » et la « baisse tendancielle du taux de profit ». Le taux de profit moyen sur le capital de production est généralement écrit comme r = S / (C + V).
  2. Adam Smith « La richesse des nations », chapitre 9. Voir aussi [Philip Mirowski], "Adam Smith, Empiricism, and the Rate of Profit in Eighteenth-Century England." History of Political Economy , Vol. 14, No. 2, Summer 1982, pp. 178-198.
  3. John Stuart Mill , Principles of Political Economy (1848), Book 4, chapter 4. Bela A. Balassa, "Karl Marx and John Stuart Mill." Weltwirtschaftliches Archiv , Bd. 83 (1959), pp. 147-165.
  4. David Ricardo , Principles of Political Economy and Taxation , chapter 6. Maurice Dobb, "The Sraffa system and critique of the neoclassical theory of distribution." In : E.K. Hunt & Jesse G. Schwartz, A Critique of Economic Theory . Penguin, 1972, p. 211-213.
  5. W. Stanley Jevons (1871), The Theory of Political Economy . Harmondsworth, Penguin Books, 1970, pp. 243-244.
  6. Tony Aspromourgos, "Profits", in: James D. Wright (ed.), International Encyclopedia of the Social & Behavioural Sciences . Amsterdam: Elsevier, 2015, 2nd edition, Vol. 19, pp. 111-116.
  7. a et b Tendance Claire, «  Une analyse marxiste de la crise économique  », Université d'Été du NPA ,‎ ( lire en ligne )
  8. (en) Guglielmo Carchedi, Crises and falling profitabilty, Empirical evidence ,
  9. «  La théorie des ondes longues et le capitalisme contemporain par Michel Husson  » , sur www.ernestmandel.org ,
  10. Thomas Piketty, Le Capital au XXI e  siècle , chapitre 6, p.  360
Texte soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Baisse tendancielle du taux de profit de Wikipédia (Historique).

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